Pilule amère pour les employés de Galenicare
Suite à la fermeture du siège vaudois de Galenicare Unia a dénoncé les méthodes de l'entreprise et un plan social rachitique

Licenciés la semaine passée, les employés de Galenicare - propriétaire des pharmacies Sun Store et Amavita - ont, au terme de huit mois de mobilisation, arraché un plan social minimal et la levée de l'obligation de travailler durant leur délai de congé. En présence de salariés, Unia a dénoncé le manque de considération de l'entreprise à l'égard de son personnel qui a préféré investir son argent dans la rémunération d'avocats plutôt que pour ses collaborateurs. Le syndicat a mis en garde contre ses pratiques qui mettent en péril la paix sociale et surfe à la limite de la légalité. Retour sur un feuilleton qui laisse un goût pour le moins amer aux travailleurs.

Suite à la fermeture définitive du siège vaudois de Galenicare à Saint-Sulpice, Unia a dénoncé les méthodes de l'entreprise et un plan social rachitique

«Mépris des employés, contournement des procédures, recours à des avocats peu scrupuleux...» Lors d'une conférence de presse organisée vendredi dernier à Lausanne, Unia a dénoncé les méthodes de l'entreprise Galenicare, propriétaire des pharmacies Sun Store et Amavita, visant à la soustraire à ses obligations sociales. Les critiques du syndicat ont été énoncées quelques jours après la fermeture définitive du siège de la société à Saint-Sulpice et le licenciement des 26 travailleurs restants. Un épilogue précédé d'un long et difficile processus d'accompagnement des salariés entamé le 3 mai 2016. Rappelons que Galenicare avait à cette date annoncé sa volonté de restructurer la société et de centraliser ses activités administratives à Berne. Ce projet s'est soldé par la perte, pour 107 personnes, de leur emploi sur le site vaudois. Un tiers de ces collaborateurs a été transféré dans la capitale, un autre est parti et le reste vient de recevoir son congé.

Baladés sur tout la ligne...
Revenant sur les différentes étapes d'un feuilleton qui n'a rien eu d'un long fleuve tranquille, Unia a relevé les difficultés rencontrées par les salariés pour défendre leurs droits et le manque de considération dont ils ont fait l'objet. Avec, pour derniers exemples en date, l'oubli de la direction de verser aux collaborateurs restés en poste le bonus promis fin février et le rejet en bloc de leurs propositions visant à atténuer les conséquences du licenciement. Des propositions qui, au regard du calendrier des événements, semblent n'avoir même pas été étudiées, les lettres de remerciement étant parvenues droit derrière, vraisemblablement déjà imprimées. «Le cas échéant, on a affaire à un viol de la procédure de consultation», note Jean Tschopp, juriste à Unia. «C'est un manque de respect inacceptable. Un mépris total. Il est évident que Galenicare n'a pas évalué avec soin les demandes des salariés et ne leur a prêté aucun sérieux», commente de son côté Yves Defferrard, cosecrétaire régional d'Unia Vaud. Un point de vue appuyé par la dizaine d'employés présents. «On a le sentiment d'avoir été baladés sur toute la ligne», lance l'un d'entre eux. «Les jeux étaient faits dès le départ», renchérit une autre. «La période de consultation n'a été menée que parce qu'elle relevait d'une obligation légale»... Des remarques où ont percé révolte, déception et lassitude d'une équipe très soudée, la plupart des travailleurs, actifs dans le domaine administratif, comptabilisant de nombreuses années de service. Et encore sous le choc d'un processus qui aura été marqué par des mois d'incertitude et un épilogue les laissant épuisés et sans compensations dignes ce nom.

Plan social rachitique
Yves Defferrard a en effet fustigé la «pingrerie» de l'entreprise en ce qui concerne le plan social qualifié de «rachitique». Un accord jugé tellement minimal que le syndicat a refusé de le signer, même s'il note qu'il a subi quelques améliorations par rapport à la première mouture ficelée dès le début du processus par Galenicare qui avait pourtant affirmé qu'il n'y aurait pas de licenciement... Améliorations obtenues uniquement grâce aux huit mois de mobilisation des salariés. «Mais en comparaison avec ce que peuvent offrir des sociétés réalisant des bénéfices similaires ce n'est pas acceptable.» Et le syndicaliste de dévoiler, à titre d'exemple, un plan social signé avec une entreprise vaudoise offrant des indemnités de départ nettement plus généreuses que les maigres dédommagements prévus par Galenicare. Sans parler des mesures en matière de formation et de replacement «minimalistes» ou encore des indemnités de déplacement, «insignifiantes» accordées aux personnes ayant accepté de partir travailler à Berne. Une dernière proposition qui relèvent au demeurant les salariés, manquait de clarté. «On ne savait même pas alors quel serait notre cahier des charges.» Quoi qu'il en soit, Unia s'est aussi offusqué du champ d'application de cet accord limité à cette restructuration - la validité est généralement de trois ans - et n'intégrant pas les personnes qui ne trouveraient pas leur compte à Berne «alors qu'elles auraient clairement dû pouvoir en bénéficier. «Un transfert est un congé», a précisé le juriste.

Paix sociale en danger
Le plan social a été jugé d'autant plus inacceptable par Unia que la société a, précise-t-il, dépensé des centaines de milliers de francs pour rétribuer des avocats appelés à la table de négociations. Et alors que le syndicat, pourtant mandaté par le personnel, a dû faire le forcing pour pouvoir participer aux pourparlers que n'entendait pas au départ ouvrir Galenicare et avec une commission du personnel bernoise guère sensible aux intérêts des collègues vaudois, selon leurs dires... Le ton se sera fait toutefois plus conciliant après la manifestation publique des employés en juillet dernier...
«Cette façon de faire est un nouveau moyen de compliquer la défense des droits des salariés. On assiste depuis quelque temps à cette tendance, dans les entreprises, de contourner la loi pour tenter d'échapper à leurs obligations lors de licenciements collectifs», a insisté Jean Tschopp non sans s'interroger sur l'indépendance d'avocats... choisis et rémunérés par la direction pour représenter le personnel. «Inédit. Et posant des questions de déontologie.» Yves Defferrard a évoqué clairement un «nouveau business des cabinets d'avocats pour aboutir à des packs de restructuration coûtant zéro franc, en tordant le droit à l'extrême.» «Cette irresponsabilité patronale assistée d'avocats peu scrupuleux est particulièrement inquiétante dans notre canton» a-t-il renchéri, dénonçant la dangerosité du procédé pour le maintien de la paix sociale... Et Unia de promettre de renforcer les campagnes de prévention auprès des pharmacies Sun Store et Amavita afin d'inciter le personnel à lutter pour ses droits et s'organiser.

Sonya Mermoud

 

Edition n° 10 du 8 mars 2017

 
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