Genève s'apprête à régulariser des milliers de travailleurs sans papiers
L'opration Papyrus assouplit les conditions d'obtention d'un permis B et renforce les dispositifs de contrôle

Papyrus pourrait potentiellement changer la vie de centaines, voire de milliers, de travailleurs au bout du lac qui contribuent depuis des années à la prospérité du canton, et ainsi mettre fin à une hypocrisie générale. Unia salue les autorités genevoises et fédérales, qui ont travaillé pendant six ans sur ce projet, de concert avec les associations de défense des migrants sans statut légal. Le syndicat se tient prêt à aider ses membres concernés.

Ils sont des milliers à Genève. Ils travaillent dur, ils ont un logement, se sont intégrés à leur quartier, à leur ville et ont appris à parler le français avec le temps. Ce qui leur manque, c'est un permis de séjour. Sans-papiers, ils sont les victimes faciles de patrons malveillants ou encore de logeurs peu scrupuleux et n'ont pas les armes suffisantes pour se défendre ou faire valoir leurs droits. Pourtant, tout le monde le sait, ils participent à la prospérité du canton et répondent à des besoins indispensables de la population genevoise. Pour mettre fin à cette «hypocrisie», le Département de la sécurité et de l'économie (DSE), en collaboration avec des associations actives dans la défense des droits des étrangers, a annoncé le 21 février la mise en place du dispositif Papyrus, sur une période de deux ans.

Trois axes d'intervention
La mission de Papyrus est triple. D'abord, il s'agit de clarifier et d'assouplir les conditions nécessaires à l'obtention d'un permis B: pour y prétendre, il faudra justifier un séjour continu de 5 ans pour les familles avec enfants scolarisés ou de 10 ans pour les célibataires ou les familles sans enfant; ne pas avoir de condamnation pénale; être complètement indépendant financièrement et avoir un certain niveau de français (A2). Compliqué de donner des chiffres, mais des centaines, voire des milliers, de personnes pourraient être concernées. Dans un second temps, il est prévu de renforcer les dispositifs de contrôle et d'assainissement des secteurs économiques les plus touchés par le travail au noir, la sous-enchère salariale et les abus qu'ils engendrent. C'est ainsi qu'une large campagne de contrôle du secteur de l'économie domestique sera assurée par l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (Ocirt). Par ailleurs, une bourse à l'emploi de l'économie domestique sera créée afin de mettre en relation employeurs privés et candidats, normalisés ou indigènes, visant à garantir la stabilité de l'insertion professionnelle des personnes normalisées ainsi que le respect, par les employeurs, de leurs obligations légales.
Enfin, des mesures relatives à l'insertion et la stabilisation des migrants concernés seront mises sur pied: une permanence d'information pour les étrangers sans papiers a été instituée par l'Office cantonal de la population et des migrations, dont la mission est de fournir aux étrangers sans papiers désirant légaliser leur situation l'ensemble des renseignements utiles. Une campagne d'information à destination des employeurs relative à la lutte contre la sous-enchère salariale et le travail au noir sera en outre lancée dans le courant du printemps.

Excellent accueil
Inédite en Suisse, cette initiative, soutenue et accompagnée par la Confédération, a reçu les éloges de presque toute la République, excepté de l'UDC. Dans son communiqué, le DSE se targue de s'inscrire «dans une politique migratoire juste, équitable et cohérente qui concilie humanité et fermeté». Pour les associations partenaires, il s'agit de la «meilleure nouvelle» dans ce domaine depuis très longtemps. Unia Genève, de son côté, a accueilli avec beaucoup d'enthousiasme cette avancée majeure, et assure avoir «déjà pris les mesures organisationnelles qui s'imposent afin de pouvoir répondre aux demandes de ses membres dans le cadre des démarches de régularisation».


Manon Todesco


Déjà 590 permis délivrés
En réalité, Papyrus a été développé en phase test à Genève depuis 2015, dans le secret absolu. A ce jour, le projet a permis la délivrance de 590 permis de séjour, dont 147 familles, soit près de cinq fois plus de demandes que les années ordinaires. Les dossiers de 297 personnes sont encore en cours de traitement.
Associations et autorités ne se risquent pas à évaluer le nombre de régularisations que pourrait déclencher Papyrus. Sur les 76000 clandestins estimés en Suisse, 13000 vivraient à Genève. Mais tous ne remplissent pas les critères.
L'opération prendra fin le 31 décembre 2018. Un bilan sera effectué à mi-parcours.
MT


Puis-je prétendre au permis B?
La soirée d'information du 28 février a réuni plus de 1800 sans-papiers au bout du lac. Un succès inattendu pour les associations et les syndicats. A cette occasion, des renseignements complets ont été donnés et distribués sur les critères d'admissibilité au permis B. Attention, toute demande de régularisation ne remplissant pas les critères mènera à un renvoi du pays. Il est donc capital de se renseigner et de se faire aider si besoin avant de constituer un dossier.

Horaires des permanences Papyrus du syndicat Unia Genève

Mardi: 17h-19h
Mercredi: 16h-18h
Jeudi: 10h-12h et 16h-19h
Vendredi: 16h-18h
Samedi: 14h-16h

Adresse: 5, chemin Surinam
1203 Genève

 

 

Edition n° 10 du 8 mars 2017

 
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