Les chantiers genevois de Walo Bertschinger bloqués
Le groupe zurichois ferme sa succursale un plan social digne de ce nom est exigé

Vendredi dernier, les syndicats Unia, Syna et SIT ont bloqué les sept chantiers de Walo Bertschinger à Genève. Le groupe zurichois de génie civil a décidé de fermer sa succursale genevoise et de licencier sa quarantaine de collaborateurs. Les syndicats réclament un plan social «digne de ce nom».

Vendredi dernier, les syndicats Unia, Syna et SIT ont bloqué les sept chantiers de Walo Bertschinger à Genève. En prétextant des «pertes sur plusieurs années», le groupe zurichois de génie civil a décidé de fermer sa succursale genevoise et de licencier sa quarantaine de collaborateurs. Les travailleurs, qui ont tous quitté le travail ce jour-là, réclament un plan social «digne de ce nom».
Après avoir offert un mois de salaire par employé à titre d'indemnité de licenciement, la direction a présenté un nouveau plan à la fin du délai de consultation. Il n'apporte toutefois de meilleures conditions qu'à 15 travailleurs, selon les calculs des secrétaires syndicaux. Huit obtiennent un mois de salaire supplémentaire et sept trois de plus. La proposition a été rejetée jeudi soir par une assemblée des salariés.

Travailleurs âgés précarisés
«Seize salariés ont plus de 50 ans et travaillent depuis très longtemps pour la société, pour certains même depuis plus de 35 ans», a expliqué José Sebastiao au cours d'une conférence de presse tenue sur la place des Alpes, à deux pas d'un chantier de Walo. «Les entreprises n'engageant pas les travailleurs de cet âge-là, les salariés vont se retrouver dans une situation difficile. Ils ne pourront compter que sur quelques missions temporaires. Dans la précarité, ils seront jetés à l'aide sociale. Certains vont perdre leur droit à la retraite anticipée à 60 ans. Et pourtant Walo, qui est l'une des trois plus importantes sociétés de génie civil de Suisse, ne concède que des miettes», a souligné le secrétaire syndical d'Unia entouré des travailleurs concernés. «Nous demandons un plan social digne de ce nom.»
Pour les travailleurs et leurs syndicats, le paiement d'un mois de salaire par année d'ancienneté serait correct. «Ce n'est pas normal de n'obtenir qu'un mois de salaire après tout ce qu'on a donné à l'entreprise. On a donné une vie», a dit un ouvrier affichant 37 ans de boîte. «Le plan social proposé est misérable, c'est inadmissible, Walo n'est pas en faillite. Le refus de négocier de la direction pousse les travailleurs à la lutte», a ajouté Jorge Klappenbach, secrétaire syndical du SIT.
Juste avant l'assemblée du personnel, une douzaine de collaborateurs ont reçu un SMS proposant un poste de travail au sein du groupe dans la région lausannoise. L'offre n'était toutefois accompagnée d'aucune contrepartie liée à la délocalisation ni de garantie sur la pérennité de l'emploi.
Une nouvelle rencontre était prévue lundi avec la direction, à l'heure du bouclage de ce numéro. «Soit l'employeur entendra le message, soit nous nous dirigerons vers des mesures de lutte plus dures», indique Yves Mugny. Pour le responsable du secteur construction d'Unia Genève, ce licenciement collectif justifie les revendications syndicales d'une meilleure protection des travailleurs âgés et d'une limitation drastique du recours au travail temporaire.

Jérôme Béguin


Témoignages

Jean-Marie
«Ils n'ont aucune vergogne», s'indigne Jean-Marie. «Les ouvriers ont toujours fait leur boulot correctement, punir les ouvriers n'est vraiment pas juste. C'est comme si on mettait une fessée à un gamin qui n'a rien fait.» Embauché en 1979, ce conducteur d'engins, qui n'est plus qu'à 11 mois de la retraite, aura vu la «longue descente» de la société à Genève. «A l'époque, nous avions 22 camions. Il y a quelques années, c'est moi qui ai arrêté le dernier», explique-t-il très ému. Pour lui, la société a souffert d'une «mauvaise gestion depuis trois à quatre ans» et des prix tirés vers le bas à Genève. «Si les patrons continuent à casser les prix, je crains que d'autres entreprises ferment.»

Paolo
Le personnel de Parker Hannifin a adressé un message de solidarité aux travailleurs de Walo. Cette attention a particulièrement touché Paolo puisque la maman de ce machiniste a travaillé dans la société carougeoise. «Elle faisait partie de la première vague de licenciements», explique l'ouvrier. «Je suis de tout cœur avec eux, ils ont raison de se battre.» Quant au papa, eh bien, il travaille aussi chez Walo. «Il y est depuis 25 ans, moi depuis 14 ans. Le plan social n'est pas convenable. Avant, on avait une société plutôt familiale, mais qui a bien changé. Le but n'est plus que de faire du fric et les bonshommes le paient sur le terrain. Depuis 2012, on a bien vu que ça ne jouait pas avec la direction genevoise, mais Zurich a laissé faire.»

 

Edition n° 12 du 22 mars 2017

 
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