Les délégués d'Unia renoncent au référendum
Ils demandent à l'Union syndicale suisse d'accepter la réforme Prévoyance vieillesse 2020

Le débat entre partisans et opposants de la réforme des retraites a fait rage au sein de l'assemblée nationale des délégués d'Unia tenue samedi dernier à Berne pour prendre position sur la question. Malgré la «pilule amère» que représente la hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans, la majorité de l'assemblée s'est prononcée en faveur de la réforme.

Référendum ou pas de référendum? La question était au cœur de la discussion de l'assemblée des délégués d'Unia, réunie samedi à Berne. Elle devait se prononcer sur le résultat final de la réforme Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020), adoptée la veille par le Parlement fédéral (voir encadré). Les fronts étaient tendus entre partisans et opposants. Au terme de trois heures et demie de débats, les délégués ont décidé, par 55 voix pour, 47 contre et 2 abstentions, de demander à l'assemblée de l'Union syndicale suisse (USS), qui siège ce vendredi 24 mars, «d'accepter la révision PV2020». La résolution précise que «cela signifie que l'USS ne fasse ni un référendum contre la révision ni la combatte lors de la votation». Cette résolution était présentée par le comité directeur d'Unia en guise de contre-proposition à deux résolutions appelant au référendum, l'une des comités régionaux d'Unia Genève, Vaud, Tessin et Oberland Bernois, et l'autre de la commission des femmes d'Unia, qui s'était prononcée le 18 février pour qu'Unia s'engage contre le relèvement de l'âge de la retraite à 65 ans.
Le débat a été ouvert par une «table ronde» entre deux opposants à PV2020, Alessandro Pelizzari d'Unia Genève et Valérie Borloz de l'Union syndicale vaudoise, et deux partisans, Rita Schiavi, ex-membre du comité directeur d'Unia et Paul Rechsteiner, président de l'USS. La parole a ensuite été donnée aux délégués. Plus de 30 intervenants se sont succédé à la tribune. Une bonne moitié d'entre eux, dont beaucoup de romands, tessinois et bernois, ont fustigé la réforme, alors que les autres, plutôt de Suisse alémanique et des membres du comité directeur, l'ont défendue.

Ligne rouge
Les arguments ont fusé. Pour les opposants, la hausse de l'âge de la retraite des femmes est une limite à ne pas franchir. Une ligne rouge. Un combat de toujours des syndicats qu'il est impensable « d'échanger contre un plat de lentilles » représenté par les 70 francs de plus à l'AVS. «Je ne veux pas être le fossoyeur de l'AVS», a lancé un délégué s'étonnant que «la BNS a trouvé 68 milliards pour l'UBS et qu'il n'y aurait rien pour les papy-boomers?» De nombreuses femmes ont exprimé leur colère et leur opposition à ce que cette réforme soit payée sur leur dos. Une déléguée a dit son incompréhension qu'un syndicat voulant défendre les femmes modestes accepte qu'elles travaillent «un an de plus à nettoyer les bureaux, matin et soir, à cueillir des salades sous la pluie, à emballer de la volaille dans le froid, ou à soulever des personnes âgées». Et de conclure: «Un an de vie gâchée, ça ne se négocie pas!» Une élévation à 65 ans «grotesque et pathétique et dont on ne pourra qu'avoir honte», a lancé une jeune militante, ajoutant ne pas savoir comment convaincre désormais de nouvelles personnes à rejoindre le syndicat. «Le renforcement de l'AVS ne doit pas se faire au détriment des femmes, le syndicat doit faire son travail», a lancé un délégué alors qu'un autre dénonçait un «compromis ignoble» sur le dos des femmes. Et ce, alors que les bénéfices et dividendes des entreprises augmentent. D'autres ont protesté contre le non-respect de la décision du congrès de lancer le référendum contre PV2020, et contre le revirement de certains dirigeants sur l'élévation de l'âge de la retraite. Des délégués ont aussi rappelé que la place du syndicat était dans la lutte, et non dans des négociations parlementaires. «La retraite anticipée dans la construction, nous l'avons obtenue avec la grève, en descendant dans la rue, il faut lutter ensemble», a lancé l'un d'eux.

Avantages
Les partisans de la réforme ont soutenu la position du comité directeur qui s'est prononcé à l'unanimité en faveur de PV2020. S'ils ont reconnu que les femmes étaient «appelées à faire un sacrifice», ils ne s'accordent cependant pas sur son ampleur. «Pilule amère» pour une réforme nécessaire, «grosse couleuvre à avaler», ou «petit bémol». Un délégué a relevé «l'injustice crasse» de la retraite à 65 ans, tout en soutenant la réforme qui permet, a-t-il dit, de renforcer l'AVS avec 70 francs de supplément de rente pour les nouveaux retraités. La hausse de l'âge de la retraite et les sacrifices demandés aux salariées sont aussi justifiés en raison des «améliorations apportées aux femmes gagnant moins de 4000 francs», a souligné un intervenant. «Le résultat obtenu est le meilleur possible dans le Parlement actuel», a relevé Corrado Pardini du comité directeur, qui a ajouté que «cette réforme empêche la hausse de l'âge de la retraite à 67 ans pour tous, aussi pour les hommes.» Un délégué actif dans le nettoyage a appelé à accepter la réforme car elle permettra aux personnes ayant plusieurs employeurs de cotiser au 2e pilier. Un maçon est aussi intervenu pour saluer l'avantage pour les travailleurs de la construction de pouvoir rester dans leur caisse de pension dès 58 ans en cas de licenciement, préservant ainsi leur retraite anticipée. Au final, pour les partisans de PV2020, les avantages priment sur les désavantages. «Le point le plus important, c'est le grand progrès du renforcement de l'AVS», a relevé Vania Alleva, présidente d'Unia, saluant le maintien du niveau des rentes via la compensation dans le 1er pilier. L'âge de la retraite des femmes est «une couleuvre à avaler, mais pour beaucoup de salariés, la réforme apporte une amélioration», a-t-elle conclu, avant le vote.
Les délégués ont ensuite adopté une résolution demandant à l'USS d'étudier la possibilité de lancer une initiative populaire pour ancrer dans la Constitution des instruments efficaces pour l'égalité salariale.
Ce même jour, l'assemblée nationale des délégués du Syndicat des services publics tranchait elle aussi sur la réforme des retraites. Et c'est par 22 voix contre 19 qu'elle s'est opposée au lancement du référendum.

Sylviane Herranz



Prévoyance vieillesse 2020 en bref
Le Parlement fédéral a adopté de justesse, le 17 mars, la proposition de la commission de conciliation comprenant le bonus de 70 francs pour l'AVS, proposé par le Conseil des Etats, et fixant à 0,6% le taux de TVA pour le financement additionnel de l'AVS tel que demandé par le Conseil national. Un vote obligatoire aura lieu en septembre sur la TVA.
Les principaux points de la réforme:
- Hausse de l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans.
- Baisse du taux de conversion dans le 2e pilier de 6,8% à 6%.
- Supplément de 70 francs dans l'AVS pour les nouveaux rentiers (financé par une hausse de 0,3% des cotisations AVS) et passage de 150 à 155% du plafond de la rente pour les couples.
- Hausse de 1% des cotisations au 2e pilier pour les classes d'âge de 35 à 54 ans.
- Déduction de coordination variable (40% du salaire annuel), minimum 14100 francs, maximum 21150 francs.
- Possibilité de rester dans sa caisse de pension dès 58 ans.
- Hausse de la TVA de 0,6%.
SH

 

 

 

Edition n° 12 du 22 mars 2017

 
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