Le rock comme violon d'Ingres
Restaurateur et organisateur de manifestations, Vincent Steudler évolue au gré de ses envies et inspirations...nombreuses

Certains construisent leur vie professionnelle selon un plan de carrière bien défini. Pas Vincent Steudler, 52 ans, aujourd'hui restaurateur et organisateur de manifestations culturelles, qui a toujours fonctionné à l'envie et au besoin de relever constamment de nouveaux défis. Répondant à son plaisir des rencontres et de la découverte. Soutenu par une insatiable curiosité, un optimisme inconditionnel et un amour viscéral de la musique. «Mes goûts en la matière sont éclectiques, mais je viens essentiellement du monde du rock'n'roll. Ce qui m'intéresse toutefois par-dessus tout, c'est l'émotion que me procure la musique live, qu'elle soit générée par un récital classique ou de l'électronique. Cette émotion constitue un véritable moteur dans mon existence», précise Vincent Steudler qui se laissera guider par cette passion tout au long de son parcours. Qu'elle s'exprime durant ses loisirs ou dans le cadre de son travail.

D'une manifestation à l'autre
Journaliste de formation, Vincent Steudler entame sa carrière dans une agence de presse nationale et couvre différents festivals comme le Montreux Jazz ou le Paléo, à Nyon. Il se charge ensuite de la communication du Festival rock de Leysin et organise parallèlement des concerts à La Chaux-de-Fonds, sa ville natale. «Il n'y avait autrefois que peu d'offres en matière de concerts. Il fallait toujours se déplacer. Avec d'autres personnes, nous avons décidé de changer la donne. De se mobiliser pour obtenir des salles, organiser la venue d'artistes.» Avec, à la clef, de belles réussites comme la création du club de musique Bikini Test. L'homme élargit ensuite ses centres d'intérêts aux arts en général. Et participe, un an plus tard, au lancement du festival de spectacles de rue, «La Plage des Six Pompes» ou encore à «2300 Outer Space», consacré aux films fantastiques, contribuant au rayonnement culturel de La Chaux-de-Fonds. Il fonde aussi l'Association Petzi, regroupant l'ensemble des clubs de musique de Suisse avant de se retirer de la structure, trop occupé par sa nouvelle fonction de directeur de Couleur 3, prise en 1997. «Un ovni radiophonique» qu'il quitte, cinq ans plus tard, avec des sentiments mitigés.

Qu'importe le flacon
«C'était une grosse machine, l'antithèse du milieu associatif d'où je venais. Mais j'y ai beaucoup appris en matière de management et ouvert mon esprit à différents styles musicaux», relève Vincent Steudler qui retournera alors à ses anciennes amours, l'organisation de manifestations, et enchaînera les mandats en indépendant. Une palette d'événements variée dont, depuis 2010, la coordination de la Caravane des quartiers. Cette manifestation lausannoise itinérante et interculturelle vise à favoriser les relations entre les habitants via des spectacles, concerts, expositions... «Un projet d'intégration intergénérationnel très enrichissant, travaillant avec l'humain et réunissant des personnes de tous azimuts. J'ai eu beaucoup de plaisir à le faire. Dans chaque quartier, l'expérience était différente. Il a fallu composer des programmes sur mesure.» Dans les cordes de l'ex-journaliste toujours prêt à se lancer dans de nouvelles aventures du moment où celles-ci le séduisent. Et alors qu'il organise désormais aussi des événements... au sein des deux restaurants saisonniers qu'il gère avec un associé à Neuchâtel. Comme des soirées avec DJ ou une Fête du port concrétisée par des puces nautiques, des activités sur le lac et bien sûr de la musique. Passion quand tu nous tiens...


Pas de temps à perdre

«J'ai toujours envie d'aller de l'avant, de me lever le matin», lance ce quinquagénaire un rien impatient et irrité par «l'immobilisme, l'incompétence, la médiocrité ou encore le conservatisme par facilité». «Je n'apprécie guère les personnes qui estiment impossible de faire les choses différemment parce qu'on les a toujours réalisées ainsi.» La force de Vincent Steudler? Sa foi dans les projets qu'il pilote, son ouverture aux autres, mais aussi, relève-t-il, un cercle d'amis fidèles. Sa belle énergie lui joue toutefois aussi des tours, l'homme étant toujours partant pour de nouvelles réalisations. «Je m'enflamme. Il faudrait que je me calme», note Vincent Steudler qui confie n'avoir pas profité l'an dernier de son jardin, et conscient de tirer largement sur la corde. Une boulimie créative qui s'est encore renforcée depuis l'an 2000, après que l'homme, alors malade, ait frôlé la mort. «Je sais que tout peut s'arrêter immédiatement. La deuxième chance reçue m'a conforté dans l'idée qu'il n'y a pas de temps à perdre à s'embêter», relève le rescapé. Qui affirme encore appréhender la vie sans peur et avec spontanéité. Et être prêt, le jour où il ne sera plus en adéquation avec les orientations prises, à repartir à zéro, ailleurs. Gageons que quoi qu'il choisisse, la musique sera toujours de la partie. Un art aussi prétexte à ses nombreuses escapades dans des villes européennes, l'homme voyageant «beaucoup et le plus souvent possible» pour élargir encore son regard. Vibrer à des concerts, des expositions, échanger... Et de conclure: «On n'est jamais à l'abri d'un succès.» Comprenez l'addition de petites choses porteuses d'émotions propres à toucher cet homme sensible qui tombe aussi volontiers sous le charme d'un paysage de montagne. «Quand on atteint le sommet, lance ce passionné de marche, on a une vision à 360 degrés. Sans limites. Ça me ravit.» Positif jusqu'au bout de l'effort...

Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 12 du 22 mars 2017

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page