Loth Electricité épinglée par la profession
Le Comité des électriciens vaudois a dénoncé les fraudes à la CCT perpétrées par l'entreprise Loth Electricité

Le 23 mars, lors d'une action devant le siège de Loth Electricité à Etoy, le Comité d'action des électros vaudois a exigé de l'entreprise qu'elle se mette en conformité avec la convention du secteur. Des employés et ex-employés, victimes de mobbing et de pratiques «douteuses», demandent réparation. Une première pour le comité, qui compte bien continuer à dénoncer les employeurs sans scrupule.

Ils étaient une quarantaine jeudi dernier en fin de journée devant le siège de Loth Electricité à Etoy. Le Comité des électriciens vaudois, composé de travailleurs de la branche et emmené par deux syndicalistes d'Unia Vaud, a dénoncé publiquement l'entreprise pour avoir violé à plusieurs reprises la convention collective de travail (CCT) et pour exercice de concurrence déloyale envers les entreprises du secteur. Aux abonnés absents, les employeurs ont refusé toute rencontre, renvoyant le comité à leur avocat.
Tout commence il y a quelques semaines, lorsque six travailleurs de Loth Electricité poussent la porte du syndicat pour se plaindre de mobbing. «L'entreprise, qui compte une cinquantaine d'employés, a instauré un régime de peur», rapporte Pablo Guarino, secrétaire syndical Unia. «Par solidarité, les électriciens membres de notre comité ont souhaité dénoncer publiquement les pratiques déloyales et les violations de la CCT commises par cet employeur.»

Infractions multiples
Unia relève d'abord des infractions en matière de salaire minimum: principalement des ouvriers envoyés sur des chantiers genevois payés au tarif vaudois, à savoir 22 francs de l'heure au lieu des 24,68 francs en vigueur au bout du lac. «Cela représente un manque à gagner de plus de 4000 francs sur moins d'une année pour l'un des travailleurs», souligne Pablo Guarino.
Loth Electricité est ensuite accusée d'enfreindre les règles en matière de temps de travail. Alors que la CCT stipule que les temps de déplacements entre l'atelier et les chantiers sont considérés comme du temps de travail, Loth Electricité exigerait de ses employés qu'ils soient présents à l'atelier dès 6h50, mais ne seraient rémunérés qu'à partir de 7h30, heure d'arrivée sur le chantier, et ce jusqu'à 16h30, heure à laquelle ils quittent le chantier. «Le préjudice financier pour l'employé sur une longue période se chiffre à plusieurs milliers de francs», explique Unia.
Autre grief, les déductions injustifiées sur salaires. C'est ainsi que, fiches de paie à l'appui, deux travailleurs se sont chacun vus sucrer 900 francs pour payer les franchises de voitures endommagées, un a vu son salaire amputé de 1112 francs pour des frais de carrosserie, et un dernier a été privé de 4 jours de salaire pour «mauvais travail»... «Il n'y a pas de discussion possible, les sommes sont tout simplement retirées alors que certains contestent les faits, s'indigne Pablo Guarino. Sans oublier que légalement, on ne peut pas déduire plus d'un dixième du salaire...»
Enfin, d'autres pratiques «douteuses» indignent le comité, comme le forfait de 250 francs pour les repas et les déplacements, qui varie de mois en mois, illicite puisque les déplacements, encore une fois, doivent être considérés comme du temps de travail. De même, les travailleurs se voient punis s'ils ne rendent pas leurs rapports de travail hebdomadaire à temps ou s'ils sont mal remplis. Risque encouru? Le salaire est versé avec cinq jours de retard. «L'entreprise met une pression au rendement inadmissible sur ses employés, dénonce Unia. L'employé se voit menacé d'avoir une partie de son salaire retenu pour "mauvais travail" si le chantier prend plus de temps que prévu».

Prendre ses responsabilités
«Loth Electricité s'est imposée de manière agressive sur le marché lémanique en cassant les prix, et ce sur le dos des travailleurs», pointe Pablo Guarino. Le Comité d'action des électros vaudois et le syndicat continuent d'exiger une rencontre avec la direction de l'entreprise incriminée afin de traiter les cas individuels et qu'elle se mette en conformité avec la CCT. «Ils n'ont pas l'air de mesurer l'ampleur de la situation», regrette Pablo Guarino.
Il s'agit d'une première pour le comité, créé il y a tout juste un an et prêt à remettre le couvert. «Ce sont les travailleurs qui ont lancé l'idée de cette action par solidarité avec leurs collègues, relate le syndicaliste. Mais leur objectif est de dénoncer plus largement les employeurs voyous, dans l'intérêt de tous.»

Manon Todesco

 

 

Edition n° 13 du 29 mars 2017

 
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