Militante tout-terrain
Engagée sur plusieurs fronts Françoise Pitteloud ancienne élue socialiste est restée fidèle à ses convictions

Elle a été de nombreuses luttes, et l'est encore. Même si, depuis sa retraite, la Valaisane d'origine vit en grande partie dans son chalet du val d'Hérens.
Françoise Pitteloud naît à Martigny en 1951, et grandit à Sion dans une famille de la petite bourgeoisie. Son grand-père PDC de l'aile «conservatrice» devint conseiller national au même âge qu'elle, puis conseiller d'Etat en charge de l'Instruction publique. Quant à son père, capitaine à l'armée, «machiste et méprisant les femmes», il ne souhaitait que des fils. «A sa permanente déception, il aura 4 filles et un seul fils», relève Françoise, deuxième de sa fratrie, qui se construira donc en réaction aux positions de son père. En révolte, elle s'inscrit dans la mouvance beatnik et hippie. A 18 ans, elle subtilise le passeport de sa sœur aînée et fugue avec son amoureux de l'époque, qui lui désertait l'armée suisse. Recherchés par Interpol et par la justice militaire, une équipée mouvementée commence alors pour le jeune couple qui traversera en auto-stop une partie de l'Afrique jusqu'en Côte d'Ivoire. «Les poches vides, nous avons été engagés dans une scierie exploitée par de riches Libanais dans le nord de ce pays. Ceux-ci massacraient les plantations des cultivateurs d'ananas, et ne leur versaient pas les compensations financières promises.» Une expérience marquante pour celle qui, 40 ans plus tard, est l'un des membres actifs du Collectif contre la spéculation sur les matières premières.

Eveil politique
Leurs passeports ayant été volés, les fugueurs doivent rentrer en Valais, et se marient rapidement car le concubinage était interdit en ces temps-là. Ils s'installeront à Lausanne pour y étudier. Françoise Pitteloud se forme comme éducatrice spécialisée, tout en se plongeant dans l'ébullition politique qui régnait dans la capitale vaudoise dans les années 70. Elle entre au Parti socialiste, avec l'objectif de renforcer une aile gauche «qui existait encore à l'époque». Elle devient présidente de la Jeunesse socialiste vaudoise puis vice-présidente du Parti socialiste vaudois. «Les luttes antimilitaristes, les campagnes pour la semaine de 40 heures, contre la Police fédérale de sécurité, contre la TVA, et pour la défense du droit d'asile ont marqué cette période», raconte celle qui, en 1981, sera élue députée, puis en 1983, conseillère nationale.
Entre-temps, les jeunes mariés se sont quittés «en bonne intelligence». Avec son nouveau compagnon, Françoise Pitteloud aura trois enfants nés en 1980, 1984 et 1990. Au Parlement, aux côtés des pionnières, elle est alors la seule jeune mère. Elle luttera pour obtenir plus de garderies à Lausanne, et créer des structures d'accueil pour écoliers, et bien sûr pour une assurance maternité.
Membre de la Commission des affaires étrangères elle s'engagera dans la lutte contre l'Apartheid en Afrique du Sud, pour le droit du peuple Saharaoui à l'autodétermination, pour la Pologne alors sous le joug du colonel Jaruzelski. Mais aussi pour un Service civil digne de ce nom et l'interdiction de licencier des femmes enceintes.
«En plein débat sur l'affaire des fiches, j'ai participé à la bataille pour l'accès des citoyens espionnés à leurs dossiers, et fais partie du Comité de lancement de l'initiative fédérale contre l'Etat fouineur», ajoute-t-elle.

Quitter le parti
A ce moment, elle décide de ne pas se représenter pour une troisième législature. Epuisée de jongler entre son mandat, sa profession d'éducatrice spécialisée, et sa famille, malgré l'appui sans faille de son compagnon auprès de leurs enfants, elle se retrouve surtout totalement en désaccord avec la ligne politique du Parti socialiste suisse qu'elle quittera en 2004. «Celui-ci, aligné sur la sociale démocratie européenne, participait sans états d'âme à la privatisation de La Poste, des CFF, de l'électricité», analyse Françoise Pitteloud. «L'actuel projet de Prévoyance 2020 se fait sur le dos des femmes et aussi sur les rentiers actuels et futurs de la LPP et de l'AVS quoi qu'on nous raconte. Quant à la RIE III, acceptée dans le canton de Vaud, mais heureusement rejetée au niveau national, elle est un symbole de ce marché de dupes.»
De la profession qu'elle a exercée durant 40 ans, Françoise Pitteloud dit qu'elle l'a pratiquée avec passion dès son premier stage avec des personnes handicapées mentales. «Je suis tombée amoureuse de ces êtres non conformes, différents, si spontanés dans leurs relations, et d'une si grande vulnérabilité.» Elle travaillera, entre autres, de nombreuses années au Service éducatif itinérant auprès d'enfants de tous les milieux et de toutes les origines. «Chaque jour avec ces familles d'horizons et de classes sociales différentes était un voyage», se souvient-elle avec émotion.
Toujours sensible à la cause des plus faibles, des paysans, et engagée dans de nombreuses associations, Françoise Pitteloud est portée par ses convictions restées intactes «qu'un autre système est possible». «Un monde où les richesses créées par le travail seraient redistribuées et non plus accaparées par ceux qui saccagent la planète.»

Aline Andrey

 

Edition n° 13 du 29 mars 2017

 
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