Travailleurs en grève chez Walo
La trentaine d'ouvriers de la succursale de Genève que le groupe zurichois a décidé de fermer exigent un meilleur plan social

Les travailleurs de Walo Bertschinger ont entamé mercredi dernier une grève reconductible. Se plaignant de pertes économiques sur les dernières années, le groupe zurichois de génie civil a décidé de fermer sa succursale genevoise et de se séparer de tous ses collaborateurs. Les ouvriers refusent le plan social proposé par la direction.

A Genève, les travailleurs de Walo Bertschinger ont entamé mercredi dernier une grève reconductible.
Le 17 mars, les syndicats Unia, Syna et SIT avaient bloqué les six chantiers genevois de Walo. Se plaignant de pertes économiques sur les dernières années, le groupe zurichois de génie civil, qui emploie plus de 2200 salariés à travers le pays, a décidé de fermer cette succursale et de se séparer de tous ses employés. Les travailleurs ont refusé le plan social proposé par la direction, soit une indemnité équivalant à un mois de salaire pour solde de tout compte. Ils réclamaient un mois de salaire par année d'ancienneté et des mesures permettant de garantir aux salariés âgés de plus de 55 ans - c'est-à-dire la moitié des ouvriers - le droit à la retraite anticipée à 60 ans. Ils demandaient aussi que six employés congédiés à la fin de l'année dernière soient intégrés dans le licenciement collectif et le plan social. A l'issue de cette journée de blocage, les syndicats avaient saisi la Chambre des relations collectives de travail. Mais la direction de Walo a refusé de négocier sous l'égide de l'organe genevois de conciliation des conflits du travail et a commencé à procéder aux licenciements.
Au matin du mercredi 29 mars, une trentaine de travailleurs, soit l'ensemble des ouvriers de Walo, se sont mis en grève afin d'obtenir un plan social «digne de ce nom». Les travaux sur six chantiers ont été abandonnés et un piquet de grève formé à la rue Caroline, dans le quartier des Acacias.

Assemblée du personnel animée
Le lendemain, au deuxième jour de grève, les travailleurs se sont réunis en assemblée générale. Les trente ouvriers présents ont longuement débattu d'un mandat de négociation en vue d'une nouvelle rencontre avec la direction prévue dans l'après-midi. Menée par Yves Mugny, responsable du secteur construction d'Unia Genève, la discussion animée a donné lieu à de nombreux votes. Les salariés ont d'abord examiné les propositions de reclassement. Walo fait miroiter une douzaine de postes dans sa succursale de la région lausannoise. Les participants ont convenu de l'importance de garantir des droits aux personnes qui seraient réengagées, notamment celui de bénéficier d'une indemnité de déplacement. La direction a aussi avancé l'idée que les travailleurs âgés de plus de 50 ans fassent appel à la cellule de reclassement mise en place dans ce but par la Commission paritaire du gros œuvre. «Nous avons commencé il y a trois mois, nous avons une trentaine de dossiers et pour le moment aucun travailleur n'a retrouvé un poste», a expliqué Thierry Horner, responsable du gros œuvre du syndicat SIT. «Il ne faut pas y placer trop d'espoir, surtout qu'en peu de temps nous avons perdu 700 emplois fixes dans le secteur à Genève.» D'où l'exigence de maintenir en emploi les ouvriers âgés de plus de 55 ans afin de garantir leur droit à la retraite anticipée à 60 ans.

Six mois de salaire, c'est important
Les débats ont ensuite porté sur les indemnités de licenciement puisque des licenciements semblent inévitables. «On espérait que Walo conserve un noyau à Genève, en attendant que les activités redémarrent comme ce fut le cas au début des années 1990. Cette antenne pourrait être dirigée depuis Lausanne, qui s'occupe déjà des ouvriers employés à Neuchâtel, dans le Jura et en Valais. On a très bien compris qu'ils ne veulent pas s'ennuyer avec ça. Ils veulent clôturer et ne plus entendre parler de nous», a regretté Jean-Marie, conducteur d'engins, qui, après 33 ans de boîte au compteur, n'est plus qu'à 11 mois de la retraite. «On a calculé que Walo concède dans l'ensemble comme indemnités de licenciement l'équivalent de 58 mois de salaire, ce qui correspond à 350000 francs. C'est une plaisanterie!», a lancé Thierry Horner. Peut-être que la barre avait été placée un peu haut, comme l'a relevé Jean-Marie, qui a qualifié de «rêve» la revendication initiale d'un mois de salaire par année d'ancienneté. «On ne me donnera jamais 33 mois de salaire. Il faut aussi penser aux jeunes et aux parents qui auront besoin de cette indemnité.» Au final, les ouvriers se sont mis d'accord pour six mois de salaire pour tous et un forfait de 2000 francs par année d'ancienneté, avec une majoration selon l'âge et la situation familiale. «Même si ce n'est pas facile, il faut accepter de perdre un peu pour ne pas risquer de tout perdre. Mais pour ceux qui ne trouveront pas de travail, six mois de salaire, c'est six mois de bouffe et c'est important», a conclu Jean-Marie.
Pour Paolo, délégué syndical de Syna qui est aussi intervenu à de nombreuses reprises dans le débat, «tout le monde a pu participer à la décision et fixer des objectifs à ceux qui vont négocier». Le jeune machiniste espère qu'un accord pourra vite être signé pour mettre un terme au conflit, la grève constituant selon lui «une mauvaise pub» pour les travailleurs qui vont chercher un emploi ailleurs.
Malheureusement, une entente n'a pas pu être trouvée à l'issue de l'entrevue avec la direction. «L'employeur est venu avec une nouvelle proposition qui inclut enfin dans le plan social les collaborateurs licenciés en 2016. L'échéance des licenciements des plus de 55 ans est repoussée, mais pas annulée, et la grille d'indemnités pour cette catégorie est légèrement meilleure. Par contre, les personnes réengagées dans le canton de Vaud seront exclues du plan social. Ce qui au final ne coûte pas plus cher à Walo», indique Yves Mugny.
La grève s'est poursuivie vendredi et continuait encore lundi au moment du bouclage de ce numéro. Une nouvelle réunion avec la direction était prévue ce jour-là, mais a été repoussée à une date ultérieure


Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 14 du 5 avril 2017

 
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