Valais: Non au shopping dominical
Unia Valais s'oppose à une éventuelle extension des ouvertures dominicales des commerces et est prêt à lancer le référendum

Réunis en assemblée le 22 avril dernier à Sion, une centaine de délégués d'Unia Valais ont adopté trois résolutions. L'une porte sur le lancement d'un référendum en cas d'ouverture des commerces quatre dimanches par an. L'autre réclame des modifications législatives pour lutter contre les faillites à répétition. La troisième enfin, liée au soutien à la réforme PV2020, exige la mise en place de mesures concrètes en faveur de l'égalité salariale. Précisions.

Pas question de sacrifier des dimanches sur l'autel du shopping. Réunis en assemblée le 22 avril dernier, une centaine de délégués d'Unia ont notamment débattu du projet de loi actuellement au parlement visant à élargir les horaires d'ouverture des magasins. Le Conseil d'Etat s'est en effet montré favorable à une motion déposée en avril 2015 par le PLR Marcel Delasoie et le PDC Philipp Matthias demandant que les communes puissent autoriser les commerces à ouvrir leurs portes quatre dimanches par année, entre 6h et 22h, lors de manifestations. «Une proposition extrême», s'indigne Jeanny Morard, secrétaire régional d'Unia Valais. «C'est la plus permissive au niveau national, que ce soit sur le nombre de dimanches comme la fourchette horaire. Les salariés de la vente subiraient une détérioration massive de leurs conditions de travail.» Et le syndicaliste de rappeler qu'à l'heure actuelle, les magasins valaisans n'ont le droit d'ouvrir qu'un dimanche par an, de 13h à 18h, dans le cadre des fêtes de fin d'année, à l'exception de ceux situés en zone touristique.
Le fait que les employés pourraient, sur une base volontaire, accepter ou non de travailler le dimanche comme la majoration de 50% des heures n'ont pas suffi à convaincre les délégués. Qui ont qualifié, dans leur résolution, ces arguments de «leurres fallacieux». «Nous savons que si une vendeuse refuse de travailler, elle sera quelque temps plus tard pénalisée, d'une manière ou d'une autre.» Le supplément salarial n'a pas davantage poussé l'assemblée à changer de point de vue, quand bien même elle a reconnu qu'il pouvait se révéler alléchant dans une branche où les rémunérations sont particulièrement basses. «En Valais, le salaire minimal est de 3250 francs brut par mois x 12», chiffre Jeanny Morard, précisant que le secteur, en l'absence d'une convention collective de travail (CCT), est soumis au contrat type, avec des dérogations possibles.
Les délégués ont aussi relevé que les extensions d'ouverture profiteraient avant tout aux grandes surfaces et affaibliraient encore les petits commerces de proximité, générateurs de liens sociaux, sans pour autant réduire le tourisme d'achat.

Nécessité d'une CCT
Dans ce contexte, ils sont prêts à lancer le référendum si la législation valaisanne donne son feu vert aux ouvertures dominicales - actuellement, le projet est traité par la Commission d'économie qui consulte les différents partenaires. «Les chances alors de succès? Bonnes. Sur ce sujet, nous avons toujours rencontré un écho favorable. Les autres syndicats soutiendront très certainement aussi la démarche. Et nous comptons également sur le support des petits magasins.» Le syndicat disposera alors, dès le lancement du texte, de trois mois pour récolter 3000 signatures. S'il n'hésitera pas à mener ce combat, il reste persuadé de la nécessité de conclure une CCT de force obligatoire dans la branche. «Actuellement, cette question est au point mort. Nous en avions conclu une avec l'Union commerciale valaisanne, mais elle n'est jamais entrée en vigueur, les grandes surfaces réclamant en échange un assouplissement des horaires d'ouverture auquel les petits commerces s'opposaient.»
Le Valais compte 6000 à 7000 personnes travaillant dans la vente.

Sonya Mermoud


Halte aux faillites à répétition et mesures pour l'égalité salariale
Deux autres résolutions ont encore été adoptées par l'assemblée. La première vise à lutter contre les faillites à répétition. «Pour ne pas avoir à payer les salaires, les charges sociales ou leurs fournisseurs, de plus en plus d'entreprises, de l'artisanat du bâtiment notamment, souvent conseillées en cela par des avocats ou fiduciaires, ont recours à un stratagème pervers: la mise en faillite pour renaître aussitôt sous une nouvelle raison sociale et continuer leurs activités», a dénoncé Unia. Dans ce contexte, les délégués se sont prononcés en faveur d'instruments propres à mettre un terme à ces pratiques. Et exigent notamment des modifications législatives qui ne permettraient plus aux administrateurs ayant déjà opté pour ce type d'artifice ou à ceux ayant été condamnés pour faillite frauduleuse, de créer de nouvelles sociétés. Afin de faire barrage à la pratique des prête-noms, les proches ne devraient pas non plus, estiment-ils, être autorisés à ouvrir une entreprise œuvrant dans le même secteur d'activités.
La deuxième résolution est liée à la réforme PV2020, qui prévoit une augmentation des rentes, mais aussi le relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans. Si les délégués ont décidé de soutenir le projet, ils exigent néanmoins des mesures efficaces en faveur de l'égalité salariale. Parmi celles-ci: des contrôles approfondis dans les entreprises avec les partenaires sociaux, une adaptation des salaires discriminés dans les 5 ans ou encore des sanctions à l'encontre des sociétés qui ne se soumettraient pas à la loi. Et de rappeler: «L'égalité salariale n'est pas un cadeau offert aux femmes, mais une obligation inscrite dans la Constitution.»
SM

 

 

 

Edition n° 18 du 3 mai 2017

 
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