Des ailes à son rêve
Ecoexplorateur et conférencier Raphaël Domjan se prépare à effectuer un vol stratosphérique à bord d'un avion solaire

Toujours plus loin. Toujours plus haut. Poussé par un optimisme inconditionnel. Porté par une cause écologique dont il se fait le défenseur, le Neuchâtelois Raphaël Domjan n'attend plus qu'une météo complice pour tester son avion solaire, SolarStratos. Un biplace de 450 kilos, prêt à déployer ses ailes photovoltaïques d'une envergure de 24 mètres, qui devrait, avant la fin de l'année, trouver sa vitesse de croisière et grimper à 25 kilomètres. Ce record d'altitude jamais atteint par les courriers traditionnels, Raphaël Domjan, initiateur de l'aventure et pilote, le tentera alors au côté d'un certain Bertrand Piccard. «Nous volerons ensemble, nous ne sommes pas en compétition», précise l'homme de 45 ans, qui espère bien contempler la courbure de la terre et les étoiles en plein jour. Un défi technique et humain que l'écoexplorateur, terme qu'il s'est taillé sur mesure, relève dans un but bien précis: promouvoir les énergies renouvelables et prouver leur extraordinaire potentiel. «La démonstration vaut bien plus que la théorie. Mes explorations sont toutes en lien avec le développement durable», affirme le quadragénaire, intarissable sur le sujet, estimant que nous disposons de la technologie nécessaire pour s'affranchir des énergies fossiles. Sous réserve de changer nos méthodes et mentalités. Et alors qu'il prône une transition rapide mais «sans mettre en péril notre civilisation».

Dans le sillage du soleil
«La planète va mal. Les signes du dérèglement climatique sont très inquiétants, les voyants au rouge. Et il n'est pas sûr que nous éviterons le pire. Mais certaines personnes ont pour mission de lancer des alarmes, d'autres de proposer des solutions concrètes. Nous devons renoncer aux énergies fossiles au plus vite, tout en agissant de manière intelligente. Contribuer à prendre cette direction plutôt que de se battre contre. Sauf pour le charbon, qu'il faut abandonner de suite», poursuit le chantre du solaire qui se positionne aussi en faveur d'une meilleure répartition des richesses. Et, via les énergies propres, mise sur la création de nouveaux emplois. Une vision bien rodée d'un rêveur pragmatique qui n'en est pas à son coup d'essai. Entre 2010 et 2012, cet ingénieur a fait le tour du monde à bord d'un bateau solaire voguant à une vitesse de 6 nœuds avec quatre autres membres de l'équipage. Imaginé par Raphaël Domjan, conçu avec son équipe, l'esthétique catamaran a bouclé le périple de 60000 kilomètres en 585 jours, propulsé uniquement par les rayons de l'astre du jour, glissant, sans bruit, sur tous les océans. Et Raphaël Domjan de se souvenir avec émotion de ce voyage extraordinaire et de l'accueil chaleureux réservé aux navigateurs aux différentes étapes. Entre enthousiasme, fascination et optimisme... Un projet parmi bien d'autres encore, comme ses kayaks équipés de panneaux photovoltaïques testés en régions polaires, un taxi solaire et électrique ou encore la création, avec un ami d'enfance et son frère, du premier hébergeur Internet solaire au monde... Sans oublier, par le biais de sa Fondation SolarPlanet promouvant la protection de l'environnement et de la biodiversité, différentes initiatives humanitaires où le soleil occupe toujours le premier rôle, pourvoyeur d'énergie d'une centrale pour une communauté péruvienne sur les bords du lac Titicaca, assurant l'éclairage d'une salle d'accouchement au Mali en partenariat avec l'ONG Terre des hommes...

Le bonheur au quotidien
«Je suis un aventurier qui veut faire rêver, mais avec un but collectif et commercial. J'espère que mon avion solaire servira au développement de projets utiles», relève encore ce précurseur en matière d'écologie expérimentale, toujours prêt à relever de nouveaux défis, à franchir des seuils inconnus. Une soif d'innovation et de découverte déjà présente dans sa jeunesse. «J'ai toujours eu besoin de construire des choses. D'avoir les mains dans le moteur. A 12 ans, avec mon frère, on a bricolé une aile delta qui n'a toutefois pas fonctionné» se rappelle celui qui, gamin, était fasciné par le commandant Cousteau. Puis qui, jeune homme, cumulera les centres d'intérêts et deviendra ingénieur, pilote d'avion, guide de montagne et ambulancier. Une dernière fonction qui le conduit toujours à travailler, un à deux jours par semaine, à la centrale du 144 à Lausanne pour laquelle il a développé un système informatique et de gestion. «Je suis arrivé dans ce service en 1998. J'y suis très attaché. Je ne vais plus sur le terrain mais m'occupe de gestion du personnel et de divers projets. Une manière aussi de participer à l'effort social. Chaque jour de ma vie est ainsi, comme je l'entendais, différent», s'enthousiasme Raphaël Domjan qui affirme, sans hésiter une seconde, être heureux. Et n'avoir pas l'impression de travailler, ses différentes activités lui procurant toutes beaucoup de plaisir. Et alors que l'homme rayonne déjà de nouvelles idées au terme de l'épopée de SolarStratos... «Le temps me manque», soupire ce pionnier hyperactif, le feu de sa passion nourri à l'énergie solaire. Autant dire à une source intarissable... «Mais le jour où je m'arrêterai, ce sera, j'espère, pour contempler un monde durable.»


Sonya Mermoud

 

Edition n° 18 du 3 mai 2017

 
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