Ambiance Far West sur les chantiers neuchâtelois
Les partenaires sociaux dénoncent le manque de moyens pour endiguer le travail au noir et le dumping salarial

Des ouvriers ont fui lors d'un contrôle la semaine dernière sur un chantier du Littoral neuchâtelois. Pour les partenaires sociaux, la coordination entre les services de l'Etat fait défaut, les moyens en personnel et les outils juridiques manquent pour intervenir efficacement, laissant les contrôleurs des chantiers démunis devant des fraudes manifestes.

«Le Far West se propage sur les chantiers!» L'Association neuchâteloise pour le contrôle des conditions de travail (ANCCT), l'Association cantonale des entreprises de plâtrerie-peinture (ANEPP) et Unia ont lancé, dans un communiqué commun, un pavé dans la mare la semaine dernière. En cause, un contrôle de l'ANCCT sur le chantier d'un petit lotissement de villas à Areuse qui a mal tourné. A la vue des contrôleurs, trois ouvriers ont pris la poudre d'escampette. L'un d'eux a néanmoins pu être rattrapé par un inspecteur. Le fuyard a déclaré travailler pour une entreprise fribourgeoise, DS peinture. Or, cette société à responsabilité limitée a été radiée du Registre du commerce en 2011 suite à une procédure de faillite et n'est pas connue de la commission paritaire fribourgeoise... Elle exerce une activité de sous-traitant pour le compte d'une autre entreprise de peinture, Miralb, installée, elle, dans le canton de Berne. Les deux sociétés emploient sept travailleurs, d'origine kosovare, sur ce chantier du Littoral neuchâtelois.

Toujours à leur premier jour d'essai
«Cela dure depuis décembre. A chaque contrôle sur ce chantier, on se retrouve devant de nouveaux travailleurs qui en sont à leur premier jour d'essai. Ils n'ont pas de contrat de travail ni d'autorisation de séjour, nous n'avons obtenu aucune pièce», indique Edy Zihlmann, secrétaire syndical d'Unia Neuchâtel, de retour du chantier. Ces éléments laissent à supposer du travail au noir, des infractions à la convention collective de travail et d'autres abus. «Mais en tant que commission paritaire, nous ne pouvons pas faire grand-chose.» Contactée, la police s'est déclarée non compétente et il a fallu lourdement insister, selon les partenaires sociaux, pour que l'Office de contrôle, l'organe chargé de la surveillance du marché du travail neuchâtelois, daigne se déplacer sur les lieux.

A chaque fois, c'est le binz
«On appelle les services de l'Etat, mais ils ne servent à rien, c'est à chaque fois le binz», se désole le secrétaire syndical. «Pour les partenaires sociaux, les compétences sont trop compartimentées, la coordination entre les services fait défaut, les moyens en personnel et les outils juridiques manquent pour intervenir efficacement, laissant les contrôleurs des chantiers démunis devant des fraudes manifestes. «Nous en avons assez et voulons mettre le holà en faisant pression sur l'Etat et les autorités.» Surtout que cette impuissance des pouvoirs publics et cette tolérance envers les fraudeurs posent de plus en plus problème alors que les partenaires sociaux notent une véritable dégradation de la situation. «Si cela continue, on va arriver au point où se trouve le Tessin.» Le secrétaire syndical pointe une pression énorme sur les prix, «qui est à notre sens organisée, comme l'a montré Alpen Peak», et des chaînes de sous-traitance, qui deviennent la norme. «La sous-traitance génère le flou et à quoi peut servir le flou si ce n'est à tricher?»

Besoin de moyens et de coordination
L'été dernier, six ouvriers polonais employés à Sainte-Croix et soutenus par Unia avaient mené une longue grève pour réclamer un salaire correct. Ils n'étaient payés que neuf francs de l'heure par la société Alpen Peak. A la suite de cette affaire, un groupe de travail avait été constitué à Neuchâtel réunissant des représentants de l'Etat et des partenaires sociaux, duquel il n'est toutefois encore rien sorti. «Il est urgent que soient concrétisées les pistes trouvées dans ce groupe de travail», estime Catherine Laubscher, présidente de l'ANCCT et secrétaire régionale d'Unia Neuchâtel. Les partenaires sociaux demandent aussi une meilleure coordination entre les services concernés, une amélioration de l'appareil législatif et une augmentation du nombre de contrôles et des moyens en personnel.
Edy Zihlmann a pu rencontrer des représentants des deux entreprises incriminées et du maître d'ouvrage, la société immobilière Michel Wolf, qui se sont engagés à effectuer les formalités et à présenter des documents. Affaire à suivre.

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 21 du 24 mai 2017

 
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