Les employés d'Henniez retrouvent un équilibre
Le 1er mai une nouvelle CCT est entrée en vigueur sur les sites vaudois de Nestlé Waters à Henniez

La planification des horaires négociée entre la commission syndicale, Unia et la direction de Nestlé Waters, qui dirige Henniez et Granini (en joint-venture), est une avancée syndicale importante. Le planning ne peut plus être modifié dans les deux dernières semaines, sans l'accord de l'employé. Et, si c'est le cas, des indemnisations importantes sont prévues.

«C'est un soulagement pour tout le monde!» Grégoire Maillard, membre de la commission syndicale, a le sourire en évoquant l'inédite planification des horaires sur le site d'Henniez et celui de Granini. Depuis le 1er mai, date de l'entrée en vigueur de la convention collective de travail (CCT) renouvelée, une indemnisation doit être versée à l'employé en cas de changement de planning dans les deux dernières semaines. Une situation qui ne s'est d'ailleurs pas encore présentée. «Avant, on était constamment sous pression. Souvent le jeudi, ou même le vendredi, on se demandait si on allait devoir travailler le samedi. En plus de bosser en trois/huit, ce qui n'est déjà pas simple. La nouvelle planification des horaires nous enlève un grand poids. L'atmosphère globale est beaucoup plus détendue. On se sent plus calme, et reconnu. Et on peut à nouveau avoir une vie familiale et amicale», explique Grégoire Maillard, employé de Granini depuis 14 ans, l'une des chevilles ouvrières de cette nouvelle CCT. A ses côtés, Timo Stoyer, président de la commission syndicale et membre de la commission du personnel*, renchérit: «C'est extrêmement positif. Nous pouvons enfin trouver un équilibre entre notre vie professionnelle et privée. Même la planification est aujourd'hui donnée beaucoup plus à l'avance, jusqu'à 5 semaines environ. C'est exceptionnel. Alors que depuis plus de deux ans, le système ne fonctionnait plus. C'était le chaos.»

Les horaires, problème n°1
En 2016, un sondage sur les conditions de travail avait été organisé auprès des travailleurs de la production par la commission syndicale et Unia. «Les collègues ont apprécié de pouvoir s'exprimer, et la commission syndicale a ainsi pu se battre pour des problèmes clairs mis sur papier», souligne Grégoire Maillard.
Les changements d'horaires ont ainsi été désignés comme la problématique numéro 1 par les quelque 120 employés conventionnés de la production, sur 240 environ au total. «Le système d'annualisation des heures - insuffisamment encadré -, en plus du trois/huit et des changements incessants du planning, était insupportable pour les ouvriers. Il arrivait aussi qu'on leur dise de ne pas venir travailler le lendemain...», explique Noé Pelet, responsable du secteur industrie d'Unia Vaud. «On a souhaité que les indemnisations se fassent en heure, et non pas financièrement comme le demandaient certains employés, car l'argent ne répare pas la flexibilité, ni ne permet de protéger leur santé.» Résultat, si un changement est demandé par l'employeur un jour avant, l'indemnisation est de 8 heures; deux jours avant, elle se monte à 4 heures; de trois à sept jours avant, à 2 heures; et de 8 à 14 jours avant, à une heure. Surtout, comme le précise le nouveau règlement: «le planning est établi par le superviseur responsable et ne peut plus être modifié sans accord, au minimum 14 jours avant la date du jour travaillé». L'employé a donc le droit de refuser tout changement dans ce délai, sans devoir se justifier. «Jusqu'à présent, sous la pression, c'était difficile de ne pas accepter», souligne Grégoire Maillard.

Fixation de salaires minimaux
La nouvelle CCT prévoit aussi des salaires minimaux. Un travailleur sans CFC (caristes, coupeurs, services généraux, local pub) touche en entrant dans la boîte au minimum 4100 francs. Un employé avec un CFC (opérateurs de production, logistique, magasiniers) au minimum 4300 francs, et un travailleur qualifié (technologues, sous-tireurs, techniciens électriciens, laborantins) 4500 francs minimum. «Ce sont des tarifs convenables, estime Noé Pelet. Car, dans l'industrie alimentaire, on est souvent à moins de 4000 francs.»
Autre point positif, en cas de force majeure qui nécessiterait l'arrêt du travail ou un accroissement de la productivité, la commission syndicale doit être consultée dans la semaine. «On ne veut pas embêter le business», tempère Timo Stoyer, étonné, comme ses camarades, d'avoir réussi à négocier cette nouvelle CCT, alors que la flexibilité est l'une des valeurs clés de l'économie. «Avec ce nouveau règlement, on ralentit un peu ce mouvement. On a réussi à dire "Stop!" pour ne pas sacrifier notre équilibre de vie. Car, sans vraiment s'en apercevoir, la flexibilité s'immisce peu à peu. Et on finit par travailler à l'appel.»
Noé Pelet ajoute: «Syndicalement, ça fait longtemps qu'on n'avait plus autant avancé sur l'amélioration des conditions de travail au quotidien; même si, bien sûr, on n'a pas réussi à avoir tout ce qu'on demandait, comme de passer de 41 heures à 40 heures hebdomadaires par exemple.» De surcroît, la pression continue d'augmenter sur les conducteurs de ligne: leurs tâches se multiplient et leur maîtrise doit être de plus en plus grande. «On ne s'arrête jamais. On doit connaître de mieux en mieux nos machines, car le bouton sur lequel on pouvait appuyer pour appeler le mécano n'existe plus. On doit aussi être capable de travailler sur d'autres lignes. On se débrouille, mais la pression est grande», relate Timo Stoyer, le regard affûté sur les conditions de travail. Pour l'heure, il espère que cette nouvelle CCT puisse inspirer d'autres sociétés...

Aline Andrey

* A noter qu'il existe au sein de l'entreprise, une commission syndicale élue par les travailleurs syndiqués uniquement, et une commission du personnel élue par tous les employés.

 

 

Edition n° 22/23 du 31 mai 2017

 
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