La mobilisation paie chez Givaudan
Sous la menace d'une grève la direction est revenue sur ses pas et a accepté les revendications du personnel

La nouvelle CCT de Givaudan, durement arrachée, contient des améliorations salariales et sociales, notamment l'augmentation de la participation à la prime maladie, la hausse des salaires à l'embauche ou encore la limitation du travail temporaire. Tout cela aurait été impossible sans la détermination des travailleurs, et sans leur solidarité. Le président de la délégation syndicale, Xavier Henauer, en témoigne.

Les 300 employés soumis à la CCT de Givaudan à Vernier (GE) peuvent enfin souffler. Après cinq mois d'intenses négociations en vue du renouvellement de la convention collective de travail (CCT), leur délégation syndicale, soutenue par Unia, a réussi à renégocier et à améliorer la CCT ainsi qu'à augmenter les salaires pour les trois années à venir. C'était loin d'être gagné d'avance! En effet, les partenaires sociaux n'arrivant pas à trouver de terrain d'entente lors de leurs discussions, un premier projet de la direction du leader mondial des parfums et des arômes leur a été soumis en mai. Celui-ci prévoyait de réduire de plus de moitié la prime d'équipe du personnel travaillant en 2x8 pour les nouveaux engagés, d'imposer le paiement de certaines heures supplémentaires à la place du rattrapage en temps ou encore de geler l'augmentation des salaires les plus élevés. Face à ces attaques aux piliers de la CCT, le personnel de Givaudan, réuni en assemblée générale le 16 mai, a balayé à 99% la proposition patronale. Allant beaucoup plus loin ce jour-là, ils étaient 95% à voter pour entamer une grève. Les employés n'auront pas eu besoin d'en arriver là: face à leur détermination, la direction a tout de suite fait machine arrière et accepté leurs revendications.

Nouveaux acquis
La nouvelle CCT, qui prend effet rétroactivement au 1er avril 2017 et qui court jusqu'à 2020, ne perd donc aucun de ses acquis, et gagne quelques avantages supplémentaires. Parmi ceux-ci, une augmentation salariale de 1,5% pour 2017, 1,2% pour 2018 et également 1,2 % pour 2019, une augmentation de la participation à la prime maladie chaque mois (de 200 à 220 francs), la valorisation des salaires d'embauche de 30 francs par année et l'intégration dans la CCT des horaires (ce qui n'était pas le cas jusqu'ici). Enfin, Givaudan s'est engagé à maintenir le travail temporaire à un faible niveau, notamment, concrètement, en réduisant de 3 à 2 ans la durée maximale des contrats d'intérim dans l'entreprise. «Il est rare de voir des entreprises où les travailleurs se mobilisent aussi massivement, relève Garance Mugny, secrétaire syndicale chez Unia. C'est grâce à cette forte mobilisation que l'on a réussi à faire reculer la direction sur toutes ses propositions et à obtenir ces avancées. Le résultat est satisfaisant, même si certains auraient voulu plus au vu des milliards que brasse Givaudan...»

Manon Todesco



«La solidarité entre les travailleurs m'a touché»:

Xavier Henauer, président de la délégation syndicale de Givaudan
«Le processus de négociation devient de plus en plus difficile. Manifestement, le concept de partage des richesses selon les multinationales est bien différent du nôtre, syndicalistes. A Givaudan, nous avons la chance d'avoir une délégation syndicale solide avec une confiance réciproque avec les travailleurs, et c'est grâce à cela que nous avons de bonnes conditions de travail. Il y a trois ans, la direction avait attaqué les fondements de la CCT en touchant tout le personnel. Cette fois, elle a tenté de nous diviser en ciblant les futurs engagés et les anciens, mais la solidarité a gagné: les anciens se sont battus pour les futurs et les jeunes ont refusé que les salaires des anciens soient gelés. Il y a eu un vrai esprit de corps. A l'issue de l'Assemblée générale du 16 mai, on a proposé un paquet social et un paquet salarial, c'était à prendre ou à laisser, avec une menace de grève. Tout a été accepté en l'état à la condition d'accepter 1,2% d'augmentation salariale pour 2018 et le même pourcentage pour 2019 sans négocier comme à l'habitude ces augmentations annuellement. Socialement, on a obtenu un jour de vacances en plus pour les apprentis, on a fait un premier pas contre le travail temporaire qui a fortement grimpé dans certains secteurs et on a réussi à maintenir la participation supplémentaire à la prime maladie pour les salariés dont le conjoint ne travaille pas ou à moins de 50%. Pour la délégation syndicale, c'est une victoire. Certains collègues auraient aimé obtenir plus, mais au regard de ce que nous aurions pu perdre, nous restons gagnants.»
Propos recueillis par MT

 

 

Edition n° 24 du 14 juin 2017

 
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