Bombardier première assemblée
Réunis à Villeneuve par Unia la cinquantaine de salariés présents demandent une nouvelle rencontre sur le lieu de travail

Abasourdis par l'ampleur de la restructuration annoncée à Villeneuve, les travailleurs présents à l'assemblée veulent une nouvelle rencontre cette semaine sur le site pour que davantage de salariés puissent y participer. Et des informations claires de la direction.

La cinquantaine de travailleurs de Bombardier réunis jeudi dernier après le travail à Villeneuve ont mandaté Unia pour qu'une nouvelle assemblée puisse être organisée sur le site de l'entreprise, durant les heures de travail ou la pause de midi, afin que davantage de salariés y participent. Elle devrait se tenir cette semaine.
Jeudi, la rencontre visait à informer le personnel sur ses droits en matière de consultation après l'annonce, par Bombardier Suisse, de la suppression de 650 emplois fixes et temporaires entre Zurich et Villeneuve (voir L'ES du 14 juin). Ce dernier site étant le plus touché. Près de 60% d'intérimaires y travaillent pour honorer le «contrat du siècle» des CFF, soit la livraison de 62 trains à deux étages.
Depuis cette annonce, les chiffres sont plus clairs. Bombardier a publié le 15 juin un communiqué dans lequel la société précise que dans la période 2017 à 2018, 167 postes «pourraient» être supprimés en Suisse, «dont 35 seulement à Villeneuve». Il s'agit là des emplois fixes. Concernant les temporaires, Bombardier écrit que les missions temporaires ayant permis le lancement de la production des trains des CFF «seront progressivement réduites, comme initialement prévu. 483 missions pourraient être ainsi concernées, sachant qu'aujourd'hui 807 personnes sont employées à Villeneuve». Ces chiffres «restent indicatifs», prend soin de préciser le constructeur, et «subordonnés» aux discussions ouvertes avec les partenaires sociaux et aux besoins de la production des trains à deux étages.

«Ils nous ont vendu du rêve»
Pendant l'assemblée, les travailleurs ont dit leur colère d'avoir appris les nouvelles par la presse. Certains avaient été vaguement informés par des responsables peu avant, mais sans chiffres précis. Autre sujet de la discussion, la précarité de la condition de travail des temporaires. Certains sont intérimaires depuis de longs mois, voire des années. Un travailleur expliquait, juste avant la séance, avoir un contrat à durée indéterminée avec son agence d'intérim. Et il n'est pas le seul. Selon un autre salarié, un apprenti ayant fait son CFC d'électricien chez Bombardier est temporaire depuis 6 ans, à 25 francs de l'heure. «J'ai commencé l'automne dernier. Ma boîte d'intérim me disait qu'il y aurait du boulot jusqu'en 2025», relevait un autre. «Ils nous ont vendu du rêve», s'indignait un jeune.

Marché public en question
«Est-ce juste que Bombardier recourt à des travailleurs précaires alors qu'ils construisent des trains suisses? C'est un marché public!» a questionné Noé Pelet, responsable de l'industrie à Unia Vaud, devant l'assemblée, ajoutant que le syndicat a l'intention de défendre tous les travailleurs, fixes et temporaires. Sa collègue Isabelle Smekens a invité les salariés à se saisir de la période de consultation ouverte le 8 juin pour poser toutes les questions possibles à la direction: «Elle est obligée de répondre.»
«Le personnel souhaite qu'Unia s'occupe de cette affaire, indique Carlo Carrieri d'Unia après la réunion. Nous travaillons avec la commission du personnel pour qu'une nouvelle assemblée puisse être convoquée rapidement.» Une rencontre entre Unia et les commissions du personnel de Villeneuve et de Zurich devait aussi se tenir lundi, à l'heure où nous mettions sous presse.
Pour la suite, sera-t-il possible de préserver les emplois? Selon Isabelle Smekens, il s'agit d'abord d'obtenir des informations claires de la direction sur l'avenir du site et sur les détails du plan de restructuration. «Les travailleurs sont en droit de savoir ce qui se prépare. Et de s'exprimer sur leur vision de la fin de la commande des CFF. Ces informations, on ne les obtiendra que si l'on entre en consultation. Dans une seconde étape, nous envisagerons de discuter d'un plan social, y compris pour les temporaires.»

Sylviane Herranz


 

Témoignage

«Ça vaut la peine de se battre!»

Pierre-Alain Geiser, logisticien, 40 ans. Après 11 mois d'intérim chez Bombardier Transport à Villeneuve, il a obtenu un contrat fixe en février 2016

«Ce n'est pas une tuile, c'est un camion entier qui nous est tombé dessus! Quand on a lu 20 Minutes le vendredi, c'était l'effarement. 550 postes de travail à Villeneuve sur 800 emplois... Et nous n'avons aucune explication. On ne sait pas pourquoi il faut supprimer ces postes. La direction n'a pas organisé de grandes séances pour informer le personnel comme elle le faisait parfois.
Quand j'ai été engagé en fixe, c'était génial. Mais injuste aussi pour ceux qui étaient là depuis plus longtemps. Quand on vous engage en intérim pour une durée de 2, 3, 4 ou 5 ans, on ne peut rien planifier. Un de mes collègues est là depuis 6 ans. Il doit avoir la cinquantaine. C'est plus dur que pour les jeunes. Quoi que. Pour ces derniers, c'est un moyen de pression. Un poste instable les incite à ne pas réclamer. L'intérim peut être un choix pour certains, mais là, pour la majorité ça ne l'est pas.
Il y a aussi quelque chose qui cloche avec ces contrats d'intérimaire à durée indéterminée. Ce n'est pas normal que plus de la moitié du personnel soit temporaire. Ce n'est pas correct. Cette commande des CFF est financée avec nos impôts. J'en ai pris conscience lors de la séance avec Unia. Ce n'est pas juste que l'argent public soit dépensé pour développer la précarité. Lorsqu'on lance un projet de ce type, qui va durer 2 ou 3 ans, ce serait possible d'engager les gens en fixe avec un contrat à durée déterminée. Ces collègues sauraient quand leur job prendrait fin, mais bénéficieraient des mêmes conditions que nous. Mais ça, Bombardier n'en veut pas... Lorsque je suis passé en fixe, j'ai touché exactement le même salaire net. Ce qui a changé, c'est la cotisation à la caisse de pension. Je payais 70 francs par mois à l'agence d'intérim, et je paie maintenant 300 francs par mois chez Bombardier. C'est vrai, les temporaires leur coûtent moins cher.
Maintenant, nous demandons à la direction qu'elle donne une information précise à tout le personnel. Pour l'avenir, je suis à la fois pessimiste, quand on voit comment ces multinationales gèrent leurs employés. On n'est qu'un numéro sur la liste. Et en même temps, je suis optimiste. Ceux qui ne luttent pas n'auront aucune amélioration. Ceux qui luttent peuvent obtenir quelque chose, même si ce n'est pas beaucoup. Mais au moins nous aurons essayé. Pour les temporaires, il faudrait de meilleures conditions de travail, et aussi un plan social. Et obtenir des contrats fixes. Car un an c'est déjà long, alors quatre... Ça vaut la peine de se battre, pour obtenir des améliorations et parce que c'est de l'argent public qui est investi!»
Propos recueillis par SH

 

Edition n° 25 du 21 juin 2017

 
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