Le Centre médical Baptista en état de mort clinique
Le cabinet de santé à La Chaux-de-Fonds a fermé ses portes laissant sur le carreau des collaborateurs aux salaires impayés

Unia Neuchâtel dénonce à nouveau le Centre médical Baptista. Le cabinet privé de La Chaux-de-Fonds a fermé sans que les salaires dus ne soient payés et tandis que l'administratrice semble mener un train de vie élevé.

Le Centre médical Baptista à La Chaux-de-Fonds a fermé ses portes. «Il n'y a plus d'employés, comme personne ne recevait son salaire, ils sont tous partis», a expliqué Céline Dupraz, secrétaire syndicale d'Unia, au cours d'une conférence de presse donnée la semaine passée sur la place Espacité, à deux pas des locaux abandonnés sis dans la tour Léopold-Robert 12.
Le 9 février dernier, lors d'une action coup de poing, Unia avait investi ce centre de soins privé employant une dizaine de collaborateurs pour y dénoncer de graves dysfonctionnements. Retard de versement des salaires allant jusqu'à trois mois, contrats de travail non conformes, désordre dans les assurances sociales, conditions de travail désastreuses, normes d'hygiène peu strictes, turnover étonnamment élevé... La liste des griefs était longue à l'encontre de cet établissement ouvert à l'automne 2015 et appartenant à une société à responsabilité limitée administrée par une jeune femme de 23 ans. Quelques semaines après cette action, le conflit semblait en voie de règlement. La patronne inexpérimentée s'était entourée d'avocats, qui avaient reconnu les sommes dues et proposé un échéancier de remboursement, et d'une fiduciaire chargée de la gestion administrative du centre rebaptisé La Fontaine.

Voitures de luxe
«Avocats et fiduciaire n'ont malheureusement rien pu faire. Elle a continué d'avoir un train de vie supérieur à la moyenne et une attitude déloyale vis-à-vis de ses employés en leur promettant des paiements qui n'arrivaient jamais», déplore Céline Dupraz. «A plusieurs reprises, elle a fait croire à des salariés qu'ils allaient recevoir de l'argent en leur transmettant une copie de l'ordre de paiement, mais les comptes n'étaient pas provisionnés. Elle a joué sur les sentiments des gens en allant jusqu'à pleurer», explique David Taillard. Photos pêchées sur un réseau social à l'appui, le secrétaire syndical ajoute: «Alors que les employés travaillaient sans être payés, elle passait manifestement de bons moments dans de beaux endroits. Elle s'est ainsi rendue dans des hôtels huppés de Montreux et de Cannes. De plus, elle utilise deux BMW haut de gamme comme voitures de fonction. Les frais de leasing pour de tels véhicules atteignent facilement des milliers de francs par mois.» Et les secrétaires syndicaux de montrer une réservation d'avion pour le mois de juillet: «Quand on voit que les salariés n'ont pas les moyens de payer des vacances à leurs enfants, Madame part à Ibiza», dénonce Céline Dupraz.
«J'ai trois mois de salaire impayés et deux enfants, je dois acheter à manger et des couches, je ne peux pas me payer des vacances à Ibiza ou au Portugal», confirme Diana. Cette assistante médicale engagée dès l'ouverture du centre témoigne de conditions de travail «limites» et du manque de sincérité de la directrice. «On devait se changer dans la cuisine. La dentiste n'avait pas le matériel de stérilisation adéquat et son assistante avait une formation en horlogerie. Je me suis dit que si elle achetait des voitures de luxe, ça n'allait pas trop mal, mais quand mon salaire n'a pas été versé, j'ai pensé que là elle se fichait vraiment de nous.»

Facture pour la collectivité
«On n'a jamais eu les preuves du respect des normes sanitaires ni du paiement aux assurances sociales dont les cotisations étaient pourtant déduites. Les salaires impayés s'élèvent à plus de 250000 francs à notre connaissance», relève Céline Dupraz. Unia défend douze employés membres du syndicat et deux médecins sont par ailleurs conseillés par des avocats. «Nous déposons maintenant des réquisitions de poursuite et, lorsque la faillite sera prononcée, nous pourrons réclamer les salaires impayés à l'assurance insolvabilité», indique David Taillard.
Reste que tout ou partie de l'ardoise risque d'être épongée par la collectivité, alors que la jeune entrepreneuse a créé une nouvelle société, active cette fois dans le nettoyage. Unia Neuchâtel demande par conséquent que l'Etat mette en œuvre un dispositif permettant d'empêcher les administrateurs défaillants de lancer de nouvelles entreprises. Le syndicat requiert aussi des autorités cantonales une réaction rapide en cas de non-paiement des assurances sociales et de manquement aux normes sanitaires.


Jérôme Béguin

 

«Je ne vis pas dans le luxe», assure la directrice
Contactée par L'Evénement syndical, la directrice du Centre médical Baptista conteste le chiffre de 250000 francs avancé par Unia: «Il s'agit de moins de 150000 francs.» L'administratrice nie aussi devoir trois mois de salaire à la secrétaire médicale qui a témoigné à la conférence de presse, en assurant que seul un mois reste impayé. La jeune femme va déposer le bilan et espère que la vente du cabinet de santé permettra de régler les rémunérations en retard. Si la jeune femme reconnaît des erreurs, elle reste persuadée d'avoir fait tout son possible pour faire tourner son affaire. Au sujet des BMW, elle explique que l'une appartient à son mari et que l'autre n'est plus en sa possession. «Je travaillais sept jours sur sept et c'était le seul plaisir que je m'étais octroyé. Aujourd'hui je n'ai plus de voiture.» Elle affirme ne pas s'être versé de salaire «depuis plusieurs mois, voire une année» et que son train de vie n'est pas dispendieux. Elle s'est certes rendue à Cannes et Montreux, mais dans un cas elle a été invitée à un anniversaire et dans l'autre elle s'est contentée de boire un verre dans un grand hôtel. Enfin, le vol pour Ibiza a été réservé auprès d'EasyJet, «ce qui n'est pas du luxe».
JB

 

 

Edition n° 25 du 21 juin 2017

 
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