Le personnel de Thermo Fisher a fait grève une nouvelle fois
Les employés de Thermo Fisher ont fait grève durant un jour avant que les discussions ne reprennent

Les discussions ont repris en toute confidentialité depuis mercredi dernier entre le syndicat Unia, la commission du personnel et la direction de Thermo Fisher pour conclure le plan social. La grève démarrée la veille a donc été suspendue. Flash-back sur les événements antérieurs à cette décision, alors qu'un accord devrait être conclu cette semaine.

Lundi 19 juin, suite aux résultats des négociations entre la direction de Thermo Fisher, la commission du personnel (CP) et Unia, l'assemblée des travailleurs appelle à la grève pour le lendemain, insatisfaite du plan social. Mardi 20 juin, ils sont 88 à suivre le mouvement. D'autres entrent par la porte de derrière, mal à l'aise, mais en se disant solidaire de la grève. Une employée en ressort pour aller travailler chez elle, dégoûtée par l'attitude de la direction. Entre ceux en déplacement, en vacances ou en congé maladie, il s'avère que seule une vingtaine d'employés travailleront ce jour-là au sein de l'usine sise à Ecublens.
Devant le bâtiment, le calme règne, entre discussions, sudokus, mots croisés et lectures. A l'ombre des arbres, seuls remparts contre la canicule, un petit air de vacances flotterait presque, si la tension n'était pas aussi tangible, entre peur, résignation, mais aussi colère face au plan social proposé. Si d'aucuns le jugent comme bon, d'autres l'estiment insuffisant en regard des plans généralement appliqués par les multinationales dans la région.
Ce plan prévoit un plafonnement du nombre d'indemnités à 52 semaines - alors que nombre d'employés ont plusieurs dizaines d'années d'ancienneté à leur actif. Quant aux préretraites, elles sont clairement insuffisantes. «On totalise 2048 années d'expérience. La direction pourrait avoir un peu d'égard pour nous», lance l'un des employés, amer.

95 postes biffés
«Et si on perdait tout le plan social?» est une question qui revient régulièrement, même si la direction s'est engagée auprès du canton à indemniser les personnes licenciées suite à la délocalisation partielle - 95 postes sur 165 - prévue en République tchèque. Suite à l'étude du groupe de travail, 11 postes dans une ligne de production ont pu être sauvés. Une étude menée après une grève de 6 jours en avril pour que la direction daigne accepter Unia, mandaté par les travailleurs, à la table des négociations. «Nous avons pu démontrer, avec des chiffres venant du terrain, que la délocalisation va coûter beaucoup plus cher que ce que nos dirigeants estiment. Je pensais qu'ils allaient nous écouter, se rendre compte de leurs erreurs. Ils n'ont fait que réfuter nos chiffres ou affirmer que la délocalisation était nécessaire», relate cette employée hautement qualifiée, dans le secteur de la recherche et du développement. Un de ses collègues relève: «Des personnes clés sont déjà parties débauchées par la concurrence. Je ne vois pas comment on va faire pour continuer à être un site d'excellence comme la direction le désigne et encore moins devenir un centre de compétences comme elle le dit, alors qu'aucun investissement ne semble se profiler et que nous n'avons aucune perspective, hormis le licenciement de nos collègues.»

Rupture
Au sein du personnel, ils sont nombreux à vanter la bonne ambiance entre collègues, la motivation et la conscience professionnelle de chacun, ainsi que les bonnes conditions de travail, malgré plusieurs périodes de chômage technique et de licenciement. Sans compter les mauvais salaires des travailleuses à domicile (10,80 francs de l'heure pour l'assemblage de pièces simples, 16,50 francs pour celles nécessitant des qualifications!) jamais augmentés depuis les années 1990. «A ce tarif, même produire en Chine leur coûterait plus cher!», lance un employé.
Reste qu'au mois d'avril dernier, la nouvelle de cette restructuration drastique et la manière de communiquer de la direction ont fait l'effet d'une douche froide et ont brisé la confiance des travailleurs envers leurs dirigeants. «Ce sont des menaces et des menaces dès le début. On a un peu la boule au ventre, mais on continue», lance un membre de la CP. Beaucoup d'employés s'expriment, mais ne souhaitent pas donner leur nom. L'un d'eux relève: «A titre personnel, ce qui me perturbe le plus, ce n'est pas la question de l'argent, mais la manière de communiquer du groupe, violente et faite d'intimidations. Je ne suis pas un serviteur, je suis un collaborateur depuis presque 30 ans. J'accepte les règles et la logique économique propre à la direction, mais elle n'a pas à nous traiter comme des larbins. Et on ne demande pas la lune...» Juste un plan social correct, à la hauteur du leadership de Thermo Fisher dans le secteur des équipements de laboratoires et d'analyses. Comme l'indique Unia, entre 2012 et 2016, le chiffre d'affaires de la multinationale américaine a augmenté de 46%, pour atteindre 18,3 milliards de dollars. Le bénéfice net a augmenté de plus de 70%, passant à 2 milliards de dollars. «Elle dispose amplement des moyens nécessaires pour sauver les emplois et assurer un plan social exemplaire aux personnes concernées par les licenciements», estime le syndicat aux côtés des grévistes, dans son communiqué du 20 juin. La réponse de la direction en ce premier jour de grève a été l'envoi d'un mail menaçant, arguant injustement que la grève était illégale, et que le travail devait reprendre au plus vite...
Le lendemain, les travailleurs ont rejoint leur poste, après avoir reçu l'assurance que le plan social était maintenu et que les discussions reprenaient entre les partenaires sociaux. A l'heure où nous mettions sous presse lundi, un accord devait être finalisé cette semaine.

Aline Andrey


Remise d'une pétition

Le mardi 20 juin, vers 13h45, une délégation d'une vingtaine d'employés de Thermo Fisher a remis une pétition munie d'un millier de signatures pour la sauvegarde des emplois. L'occasion de rappeler leur lutte aux députés vaudois réunis ce jour-là au Grand Conseil. Parmi eux, l'économiste et député socialiste Samuel Bendahan. «Ce qui arrive aujourd'hui aux employés de Thermo Fisher peut arriver demain à d'autres... Cette restructuration montre une fois de plus que les directions hors-sol ne se préoccupent pas des employés - même s'ils ont donné 20 ou 30 ans de leur force de travail - ni du tissu social économique où sont implantées leurs sociétés. Ces multinationales ne négocient pas. Or le respect du partenariat social suisse devrait être une condition sine qua non à l'établissement ou à la reprise d'une société. C'est très agressif de la part d'une entreprise de pousser ses employés à la grève.» Et Samuel Bendahan d'ajouter que les délocalisations coûtent souvent beaucoup plus cher que ce qu'estiment les sociétés. La perte de savoir-faire et de qualité étant souvent sous-estimée. Un ingénieur de Thermo Fisher relève en souriant: «La société va y perdre des plumes...» Et un autre d'ajouter: «Si nos salaires ne sont pas comparables avec ceux pratiqués en Europe de l'Est, certains clients sont prêts à payer cher, car ils connaissent le site, les gens, notre savoir-faire, la qualité de nos produits. C'est vraiment dommage de faire table rase de ce niveau d'expertise.»
AA

 

 

Edition n° 26/27 du 28 juin 2017

 
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