La Vaux-Lierre centre de soins des oiseaux sauvages
L'association la Vaux-Lierre basée à Etoy recueille plus d'un millier d'oiseaux par année

Merles, milans, étourneaux, éperviers, corneilles, chouettes, faucons et autres volatiles ont leur hôpital à Etoy. Sur la côte vaudoise, la Vaux-Lierre prend soin des oiseaux sauvages en détresse. Ouvert toute l'année, le centre reçoit du printemps à l'été surtout des oisillons, tombés du nid, nourris pendant plusieurs semaines avant d'être relâchés. Reportage.

Les oisillons piaillent, alors que leur papa d'adoption, Damien Juat s'active autour des petits volatiles affamés pour les nourrir à tour de rôle. Multi-instrumentiste, il manie la pince, le biberon et... le téléphone. Car les appels sont nombreux. Et en cette période, ce sont généralement ceux de personnes ayant retrouvé des petits hors du nid. «Si le nid est visible et encore utilisé par les autres oisillons, et si l'oiseau n'est pas blessé, c'est bien de le remettre dedans. Sinon, il faut observer si les parents viennent le nourrir. Car généralement on compte 15 jours d'incubation, 15 jours dans le nid et 15 jours de nourrissage hors du nid quand l'oiseau apprend à voler. Si ce n'est pas le cas, amenez-les-nous dans un carton avec des petits trous, tenus à l'ombre. Etre confiné dans l'obscurité calme l'oiseau», explique le passionné qui travaille pour plusieurs associations en tant qu'ingénieur en gestion de la nature, guide et paysagiste.
Si la Vaux-Lierre est ouverte tous les jours de l'année, en cas d'absence du personnel, il est possible de déposer l'oiseau dans une des petites cases, sorte de boîtes aux lettres, à l'entrée du centre de soins. De l'une d'elles, Damien Juat en ressort une petite corneille, et fait un rapide bilan des ailes, des plumes et du jabot. «Ça va, il est assez gros. L'oiseau n'est pas affamé. Tout va bien.» Peu de temps après, sa bienfaitrice téléphonera pour prendre de ses nouvelles.
«On essaie d'être au plus proche de ce qui se passe dans l'environnement naturel. Mais si on nourrit les oisillons de 8h à 19h environ, leurs parents, eux, les nourrissent de 5h à 22h, et avec une plus grande diversité. Les oiseaux nocturnes mangent plutôt en fin de journée, pour respecter autant que possible leur rythme», explique Damien Juat. «On laisse aussi les oiseaux sortir des box pour qu'ils puissent faire leurs expériences de vol à l'intérieur, avant de les mettre dans les volières internes puis externes.»
Une des règles à tenir des quatre employés du centre ainsi que des bénévoles de l'association: minimiser les contacts. «Sinon il peut y avoir une telle imprégnation que l'oiseau ne pourra pas être remis en liberté, car il ne s'en sortirait pas. Or notre objectif est qu'il garde son caractère sauvage. Si des gens apprivoisent un oiseau comme un petit chien, même si ça part d'une bonne volonté, c'est à son détriment. Sans compter que légalement, il est interdit de garder un animal sauvage chez soi.»

Dérèglement des écosystèmes
Le jeune homme n'a pas une minute à lui en cet après-midi pourtant calme. «Hier, ma collègue a recueilli une vingtaine d'oiseaux...» Majoritairement des oisillons retrouvés hors du nid. Il arrive aussi qu'un animal soit blessé. Généralement les causes en sont les chats, les voitures, les vitres, les câbles, les filets de pêche ou de vigne. Comme l'explique la Vaux-Lierre sur son site: «Le chat domestique que nous aimons aussi n'étant bien évidemment pas un prédateur naturel, il exerce bel et bien une forte pression sur l'écosystème.» Et de rappeler que des petites clochettes aux colliers peuvent sauver des vies.
«C'est une grande question que de laisser faire la nature ou d'intervenir. Reste que dans notre environnement de plus en plus urbanisé, je crois qu'il est juste de sauver les animaux qui peuvent l'être. Car notre impact est considérable. En Suisse, beaucoup d'endroits naturels propices aux oiseaux ont été détruits, surtout les zones humides, les marais, les rives du lac... Il y a un dérèglement des écosystèmes», dénonce Damien Juat. «Peut-être que nous sauvons des oiseaux qui, du fait de leur faiblesse, seraient morts dans la nature, mais nous en recueillons aussi qui n'auraient pas eu de problème si l'on respectait leur environnement.»

Quand la volière s'ouvre
Après les étourneaux, les corneilles, les pigeons et les merles, Damien Juat nourrit maintenant des torcols fourmiliers. «C'est un oiseau très joli et rare, qui bénéficie d'un programme de conservation en Suisse. C'est d'autant plus important que ces petits survivent et soient remis en liberté...»
Le lâché est toujours un moment fort pour le jeune homme, qui, malgré son éthique, avoue s'attacher à ses protégés. «J'y repense souvent. Lorsqu'il y a un orage, comme hier, je me demande où ils sont, si tout va bien... On est un peu fou. C'est ça le boulot passion», lance-t-il en riant. Par contre, certains oiseaux ne pourront pas être relâchés, comme ce cygne handicapé ou cette corneille apprivoisée. Et d'autres meurent, de maladie ou de blessures trop profondes...
«C'est étrange, ces dernières années, beaucoup d'aigles sont intoxiqués au plomb, alerte Damien Juat. Des recherches sont menées par la Station ornithologique de Sempach.» Cette dernière est aussi l'un des centres de Suisse à s'occuper des oiseaux sauvages. Il y a aussi le Musée d'histoire naturelle de Fribourg et le Centre ornithologique de Genthod ou encore celui de réadaptation des rapaces de Bardonnex dans le canton de Genève. C'est là que la Vaux-Lierre transfère ses grands oiseaux après avoir soigné leurs ailes cassées.
Depuis 30 ans, le centre de soins d'Etoy s'est agrandi pour faire face au nombre de plus en plus important d'oiseaux amenés. «Les gens s'occupaient-ils moins des oiseaux blessés avant ou y a-t-il davantage d'accidents? En tout cas, chez nous cela ne cesse d'augmenter», relève Damien Juat.
Heureusement, il y a aussi de bonnes nouvelles. L'alouette lulu, dont le jeune homme est responsable du programme de conservation, est revenue après des années de disparition, dans la région viticole genevoise. «Elle mange les insectes seulement, c'est donc aussi positif pour les vignerons!» Et de conclure, enthousiaste: «Tous les oiseaux sont fascinants. C'est une chance de pouvoir les côtoyer au quotidien.»

Aline Andrey

La Vaux-Lierre, chemin de la Vaux 17, 1163 Etoy, 021 808 74 95. L'association est toujours à la recherche de dons et de bénévoles...
Plus d'informations: www.vaux-lierre.ch

 

 

Edition n° 28/29 du 12 juillet 2017

 
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