Grève payante chez Lassueur SA
Les employés de l'entreprise d'électricité Lassueur SA à Yverdon ont été en partie payés suite à deux jours de grêve

Le 26 et 27 juillet, les employés de Lassueur SA se sont mobilisés avec le soutien d'Unia pour réclamer plus de 70000 francs d'arriérés de salaire. Le lendemain de la grève, ils recevaient leur salaire de juin. Et le 4 août, celui de juillet. Une reprise de la société est en cours.

«Lassueur froide pour les ouvriers» pouvait-on lire sur l'une des pancartes de grève entamée le 26 juillet très tôt le matin par les travailleurs de Lassueur SA, pour réclamer plus de 70000 francs d'arriérés de salaire. Celui de juin, mais aussi des heures supplémentaires, des vacances et le 13e salaire non payés aux employés licenciés ou ayant démissionné. Une dizaine depuis le début de l'année. De surcroît, des charges sociales n'ont pas été versées depuis mars par la direction de l'entreprise d'électricité sise à Yverdon. La décision de la grève et de l'occupation des locaux de la société a été prise en désespoir de cause par les cinq employés actuels dont trois apprentis.
«Je ne suis pas en guerre contre mon employeur, je me bats pour mes droits. Celui d'être payé pour mon travail. Je ne demande aucun dédommagement», a expliqué Jean-Marc Hugentobler, chef de projet dans l'entreprise, lors de la première matinée de cessation de travail. «Depuis mars, je reçois mon salaire entre le 17 et le 20 du mois suivant, je comptabilise 416 heures supplémentaires, et je n'ai toujours pas été payé pour le mois de juin... Comment je fais avec mes factures?» A ses côtés, son collègue, Florian Dartevel, vit une situation semblable. Il relève l'importance de la solidarité entre collègues. Deux électriciens du Comité d'action créé par Unia ont fait le déplacement pour les soutenir. «Je suis en vacances à la montagne, mais je suis redescendu», lance l'un d'eux sans perdre le sourire. «C'est normal d'être là!»
Un ancien travailleur est également présent lors de ce premier jour de grève. Au vu de la situation de plus en plus difficile, il a trouvé un emploi ailleurs, mais une partie de son salaire de juin, son 13e salaire et ses vacances n'avaient toujours pas été payés. Une situation qui se retrouve chez trois autres ex-employés de Lassueur SA ayant mandaté Unia pour faire valoir leurs droits.

Premier semestre difficile
Cette société, fondée en 1970 et reconnue dans la région, semble connaître des problèmes financiers depuis l'automne 2016. Mais c'est depuis mars que le versement des salaires a commencé à prendre de plus en plus de retard. «Le patron me demandait de comprendre sa situation. Mais après plusieurs mois, je n'ai plus confiance. J'ai envoyé deux mises en demeure, restée sans réponse écrite», renchérit Jean-Marc Hugentobler. «Je n'ai rien contre mon directeur en tant que personne, mais en tant qu'entrepreneur, oui. Car il y a manquement.» Laurent Schopfer, qui avait repris la société en 2009, n'a pas souhaité répondre à nos questions. Il a expliqué toutefois au journal 24heures que le contexte a été difficile durant les trois premiers mois de l'année... Un argument qui ne justifie pas ses méthodes selon Laurent Tettamanti, secrétaire syndical d'Unia en charge de l'artisanat: «Il n'a pas seulement réduit son personnel, il a viré un à un ses employés sans leur payer leur dernier salaire et le prorata de leur 13e salaire.» Et de souligner aussi des entorses à la convention collective. Celle-ci fixe le temps de travail hebdomadaire à 40h, alors que chez Lassueur SA, les employés accomplissaient contractuellement 41h25. Un employé était aussi payé en dessous du salaire minimum.

Versement partiel
Après une nuit passée dans les locaux de Lassueur SA et deux heures de discussion avec le patron jeudi 27 juillet dans l'après-midi, les employés décidaient de suspendre la grève. En échange: le versement immédiat des salaires de juin, soit un montant de 20000 francs net, ainsi que l'engagement formel de recevoir les salaires de juillet au plus tard le 4 août, grâce à une avance sur travaux d'un chantier en cours. Ce qui a été fait. Le paiement des heures supplémentaires et du solde des salaires des ex-employés va être discuté par le syndicat avec un potentiel repreneur. Des contacts sont déjà en cours et un accord est attendu pour la mi-août. Si c'est le cas, les deux employés actuels garderont leur poste. Les apprentis ont déjà chacun trouvé une place dans des entreprises de la région pour continuer leur formation.


Aline Andrey

 

 

 

Edition n° 32/33 du 9 août 2017

 
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