Le cinéma pareil à la grande cuisine
Cinéaste valaisan et producteur de films Raphaël Blanc s'est spécialisé dans les documentaires

Cinéaste valaisan et producteur de films, Raphaël Blanc s'est spécialisé dans les documentaires. La vie de personnages d'exception au centre de ses œuvres

Décor bucolique. Soleil radieux, le Valais ne démentant pas sa réputation: Raphaël Blanc nous accueille sur la terrasse de son chalet à Ayent. Havre de paix seyant bien au cinéaste, qui se ressource dans la vie au grand air et le contact avec la nature. «Je suis né dans ce village. Si j'ai longtemps vécu à Paris et Genève, j'ai rapatrié toutes mes activités ici. Bien moins stressant. Et j'aime le Valais. Je revendique mes racines», relève le réalisateur de 66 ans qui trouve énergie et force dans cette ambiance paisible et aussi auprès de son épouse, handicapée suite à un accident intervenu il y a plus de vingt ans. «Elle est très volontaire. A ses côtés, j'ai appris à relativiser les petits bobos», confie-t-il, envisageant par ailleurs de tourner un documentaire sur les proches aidants. «Je vais faire un film sur le don de soi. Sur les personnes qui s'occupent des autres. Je connais plusieurs exemples.» Auparavant, l'homme promènera sa caméra en Birmanie pour évoquer, à travers les portraits de deux femmes et d'un homme, la problématique de la pollution du lac Inle, véritable joyau en péril. «La question de la protection de l'environnement m'interpelle et fait partie de mes chevaux de bataille», poursuit Raphaël Blanc, aussi captivé par la trajectoire de personnages d'exception. Il vient d'ailleurs de terminer un documentaire intitulé «Les voyages extraordinaires d'Ella Maillart». Une des plus grandes voyageuses écrivaines du 20e siècle aussi célèbre pour ses exploits sportifs, décédée en 1997.

Un être profond
«Une aventurière magnifique, rare, qui m'a également largement séduit par sa profondeur, sa spiritualité. Une dimension très importante dans sa vie.» Pour mener à bien ce projet, Raphaël Blanc ne s'est pas limité à rassembler témoignages et images d'archives. Il a construit une dramaturgie, reconstitué l'existence de la Suissesse en valorisant son côté spectaculaire et s'est rendu au Kirghizstan où elle a séjourné au cours de ses nombreux périples. «Nous avons passé dix jours sur place, munis d'un groupe électrogène. Avons dormi sous des tentes à 5000 mètres d'altitude. Côtoyé des nomades. C'était émouvant de marcher dans les traces d'Ella Maillart. Ce pays, fabuleux, a peu évolué», relate le cinéaste qui a alors pris toute la mesure du défi relevé à l'époque par la pionnière. «Son audace, son courage, sa liberté, ses réflexions sur la mort m'ont beaucoup touché.» Une fascination partagée par un large public de cinéphiles - le nombre d'entrées ne cessant de croître - et sachant encore que le documentaire passera aussi sur petit écran. Un succès auquel a déjà goûté Raphaël Blanc via notamment son travail sur l'explorateur aventurier Mike Horn (2005) - objet de plusieurs prix - ou encore sur le peintre Hans Erni (2009), ayant rencontré une large audience. Et alors qu'il a aussi signé différents reportages pour la télévision.

Optimisme modéré
«J'apprécie aborder des sujets plus légers. Parler de gens hors du commun. Une approche qui correspond à ma sensibilité. Avec ces trois-là comme protagonistes, je bénéficiais d'un excellent casting», affirme le Valaisan qui, citant un philosophe italien, note être doté de «l'optimisme de la volonté et du pessimisme de l'intelligence». Reste que si les spectateurs répondent le plus souvent présents au rendez-vous, le cinéaste peine à trouver les fonds pour ses projets. «L'activité est viable dans une certaine mesure, mais les aides culturelles manquent. Les subventions sont versées le plus souvent à un club très fermé auquel je n'appartiens pas. J'ai travaillé deux ans sans salaire avec ma dernière création. Aujourd'hui, je peux enfin me payer.» Des obstacles financiers qui expliquent aussi les raisons pour lesquelles Raphaël Blanc ne tourne pas de fictions, aux budgets bien plus élevés. Autrefois assistant réalisateur de José Giovanni, Claude Goretta et Robert Hossein, le Valaisan s'est pourtant formé à bonne école et aurait aimé continuer à diriger des acteurs. Pas de quoi le rendre malheureux pour autant.

Choisir les bons ingrédients
«Le bonheur, c'est de réaliser ce qu'on a envie de faire. On en est largement l'artisan. Je m'estime heureux», affirme le sexagénaire qui, s'il n'avait opté pour cette profession, se serait volontiers lancé dans la grande cuisine. «Un de mes atouts. J'aime m'y consacrer. La grande cuisine et le cinéma partagent nombre de similitudes. Il ne faut pas se tromper dans les ingrédients. Tout doit être équilibré. Dans mon métier, il s'agit de bien choisir le sujet, les acteurs, la musique, opter pour une mise en scène dynamique, un rythme adéquat...» Des techniques auxquelles il s'est déjà initié au collège à Fribourg, qui dispensait des cours de cinéma avant d'effectuer - pour rassurer son père - une formation commerciale à Sion. «Elle m'a néanmoins servi dans ma vie» déclare Raphaël Blanc, qui suivra par la suite le Conservatoire libre du cinéma à Paris. Autant d'étapes sur un riche parcours et alors que le Valaisan affirme n'avoir peur de rien. A l'exception de la maladie ou de la vieillesse, susceptible de mettre un terme aux activités. Pas étonnant dès lors qu'il reste sans voix quand on lui demande le mot de la fin. «Je n'aime pas ce mot. Je ne l'apprécie pas davantage quand il figure au terme d'un film. Je lui préfère des points de suspension.» Alors, en écho à ses préférences...

Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 32/33 du 9 août 2017

 
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