Unia et les salariés font reculer Coop et Migros
Face à la mobilisation du personnel les deux géants orange suspendent leur projet d'allonger les horaires

Les deux géants orange entendaient, dès le 28 août, repousser d'une demi-heure la fermeture du Léman Centre (Coop) et du MMM de Crissier, ainsi que de plusieurs de leurs succursales de l'Ouest lausannois et de la Riviera. Cette modification des horaires et des contrats de travail imposait toutefois une consultation préalable du personnel, qui n'a pas été menée.

Joli succès pour Unia Vaud. Fort de l'appui du personnel, le syndicat est parvenu à faire reculer Coop et Migros. Les deux géants orange entendaient, dès le 28 août, repousser d'une demi-heure la fermeture du Léman Centre (Coop) et du MMM de Crissier, ainsi que de plusieurs de leurs succursales de l'Ouest lausannois et de la Riviera. Les employés des deux grands distributeurs, ainsi que des autres enseignes présentes dans les centres commerciaux, n'auraient pu finir leur travail qu'à 20h et même 21h lors des nocturnes des jeudis et vendredis. Problème: ni Coop ni Migros n'ont véritablement consulté le personnel sur cette modification des horaires et des contrats de travail comme l'impose pourtant la Loi sur le travail. «Un jour, je suis arrivée au travail et mon patron m'a dit: "J'ai une mauvaise nouvelle, on va fermer 30 minutes plus tard". Lui non plus n'a pas été consulté, on a été mis au pied du mur», confirme une vendeuse de la Migros.
Unia a alors réagi au quart de tour. «Ça a bien répondu du côté des travailleurs, qui ont fait du bon boulot en relayant les informations», explique Sandrine Maeder, secrétaire syndicale d'Unia Vaud. «Nous avons convoqué une assemblée du personnel à Crissier qui a été bien suivie, alors que nous savons par expérience qu'il est difficile d'organiser des réunions dans la vente.» En outre, le syndicat a fait circuler une pétition qui a recueilli plus de 600 signatures chez Migros et plus de 200 chez Coop, montrant l'opposition du personnel à ces extensions d'horaires (lire aussi les témoignages ci-dessous). (ou ci-contre).

«Tout dépendra de la mobilisation»
Unia a dénoncé publiquement l'infraction le 24 août, en exigeant une consultation en bonne et due forme. Le lendemain, Coop a annoncé la suspension des extensions d'horaires, le temps de sonder ses collaborateurs, suivie trois jours plus tard par Migros après une nouvelle action syndicale sur place où il a fallu manœuvrer avec des vigiles peu soucieux du respect des libertés syndicales. «Sans la mobilisation du personnel, les salariés seraient aujourd'hui au boulot jusqu'à 20h et 21h durant les nocturnes. Les directions ont pris conscience du mécontentement, qui atteint un niveau très haut à Crissier», juge Sandrine Maeder. «On est satisfait, c'est encourageant, mais ce n'est pas fini», prévient la secrétaire syndicale. Unia doit maintenant veiller à ce que le personnel puisse s'exprimer librement et les deux géants orange, qui semblent déterminés à étendre leurs horaires, ont encore la possibilité de passer outre l'avis de leurs collaborateurs en émettant une justification. «Tout dépendra de la mobilisation, il faudra être très fort.» Une nouvelle assemblée du personnel a été convoquée cette semaine. «Dans un esprit constructif, nous allons faire la liste des problèmes que pose cette extension et des solutions possibles en cas d'acceptation. Nous devons aussi nous préparer à une autre intervention puisqu'une demande d'extension de 17h à 18h le samedi a été déposée auprès de la Municipalité de Crissier, ce dont les salariés ne veulent pas.»

Jérôme Béguin


«Avec des semaines de plus de 50 heures, on est déjà au bout du rouleau»

Les fermetures tardives n'ont pas les faveurs des employés des centres commerciaux de l'Ouest lausannois. Témoignages

«Personnellement, je ne suis pas opposée a priori au changement d'horaire, mais il faudrait prévoir un service de transport. Je n'ai pas de voiture et mon dernier bus part à 20h22. Lorsque le magasin ferme, je n'ai pas terminé mon travail, il faut encore faire la caisse et un peu de nettoyage et en cas de problème je vais rater à coup sûr le bus. Qu'est-ce que je fais alors, je rentre à pied? J'ai 57 ans, je n'ai pas envie de marcher loin pour attraper une autre ligne, je me suis déjà fait agresser en ville. Ça devient du grand n'importe quoi et je suis très fâchée», s'indigne une vendeuse d'une Migros de l'Ouest lausannois. «Et, si je n'ai plus d'enfant en bas âge, je pense aux jeunes mamans et papas, comment vont-ils s'organiser?»
«Si je termine une demi-heure plus tard, je ne pourrais aller récupérer ma petite princesse chez la maman de jour que vers 21h, mais je ne sais si elle pourra garder mon enfant jusqu'à cette heure-là», explique un autre vendeur qui, par crainte de représailles, tient à ce qu'on ne précise pas dans quelle enseigne il travaille. «Le problème est que ma femme travaille aussi dans le commerce de détail. Pourra-t-elle conserver son emploi faute de solution de garde? Avec deux salaires, on arrive à joindre les deux bouts, mais si elle arrêtait, je ne sais pas comment on pourrait faire», ajoute notre interlocuteur. «En raison des sous-effectifs, nous faisons des semaines de plus de 50 heures lors des vacances d'été, de fin d'année et de Pâques. J'aime ce métier que j'exerce depuis plus de vingt ans, je ne suis pas paresseux, mais on est déjà au bout du rouleau!»

«Ça devient juste insupportable»
«Je travaille depuis plus de dix ans dans ce métier; au début les conditions étaient bonnes, mais le franc fort et les achats en ligne détruisent tout, ça devient juste insupportable. Je fais régulièrement des semaines à 50 heures et parfois je ne peux même pas prendre de repas à midi. Finir à 19h30, c'est déjà tard», témoigne une employée d'une parfumerie qui, comme toutes les enseignes sises dans les centres commerciaux, serait obligée d'aligner ses horaires de fermeture. «Reculer la fermeture ne ferait que déplacer la visite de certains clients qui se pointent à la dernière minute et ne permettra pas à un magasin comme le nôtre de dégager un chiffre d'affaires suffisant pour engager du personnel», estime la vendeuse. «Il n'y a qu'à voir les nocturnes qui ne marchent pas du tout, on est tout seul dans le magasin et j'ai le temps de regarder tout un film sur mon portable.»
Constat partagé par la vendeuse de Migros: «Le soir, il n'y a plus un chat. Qu'est-ce qu'ils s'imaginent? Qu'on va faire des millions de chiffre d'affaires? Je me souviens d'une époque où on fermait à 13h le samedi, qu'on ne vienne pas me dire que de nos jours il est impossible de se passer des magasins!»
JB

 

Edition n° 36 du 6 septembre 2017

 
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