Prévoyance vieillesse 2020 le vote approche
Alors que la campgane sur la votation du 24 septembre bat son plein retour sur les enjeux de la réforme des retraites

Dans une dizaine de jours, les citoyens et citoyennes suisses sont appelés aux urnes pour dire s'ils acceptent ou refusent la réforme des retraites adoptée en mars par le Parlement. L'occasion de revenir sur les principales modifications et de donner la parole à Paul Rechsteiner, président de l'USS qui se bat pour le double Oui, et à Valérie Borloz, du comité de gauche pour le Non.

La campagne pour la votation du 24 septembre sur la réforme des retraites tourne à plein régime. Les arguments pour et contre se confrontent dans les médias et sur la place publique. Du côté du Oui à Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020), une vaste alliance réunit le comité des organisations syndicales, emmené par l'Union syndicale suisse (USS) et ses fédérations, celui de la gauche, PS en tête, et un comité bourgeois rassemblant notamment le PDC, le PBD et la Fédération des entreprises romandes. Rappelons que l'assemblée des délégués de l'USS avait décidé ce printemps de soutenir la réforme, après des débats nourris, en particulier dans les assemblées nationales d'Unia et du SSP, où le soutien avait été décidé à de courtes majorités. Dans le camp du Non, le Comité de gauche contre PV2020, présent essentiellement en Suisse romande et au Tessin, qui regroupe des unions et sections syndicales locales, des organisations de gauche et de retraités. Il avait saisi le référendum contre la réforme. Du côté du Non également, mais pour d'autres motifs, le Parti libéral-radical et l'UDC. Les deux objets soumis au vote, la Loi sur la réforme de la Prévoyance vieillesse 2020 et l'arrêté fédéral sur le relèvement de la TVA pour financer l'AVS, sont étroitement liés. A quelques jours de la votation, le point avec Paul Rechsteiner, président de l'USS et conseiller aux Etats, artisan du compromis adopté par les Chambres, et une opposante, Valérie Borloz, secrétaire de l'Union syndicale vaudoise (USV).


Sylviane Herranz

 

2x OUI
Paul Rechsteiner, président de l'Union syndicale suisse (USS)


L'USS avait combattu avec succès la hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans en 2004 et la baisse du taux de conversion de 6,8% à 6,4% en 2010. Elle a aussi toujours dénoncé les prévisions alarmistes du Conseil fédéral sur les comptes de l'AVS. Aujourd'hui, l'USS soutient ces mesures et tient aussi des propos alarmistes sur l'avenir de nos retraites. Qu'est-ce qui a changé?

A une très large majorité, y compris de voix romandes, les délégués de l'USS ont considéré que Prévoyance vieillesse 2020 était au bout du compte une réforme positive. PV2020 assure les retraites, maintient le niveau des rentes et améliore les rentes de celles et ceux qui ont des revenus bas et moyens, notamment des femmes. Le financement de l'AVS est solide. Mais nous avons toujours dit qu'il fallait un financement supplémentaire pour absorber la génération du «baby-boom». Le coût de la solution proposée est raisonnable et ne sera plus jamais aussi abordable. Le taux de TVA n'augmentera qu'en 2021 de 0,3% à 8,3%. En même temps, un milliard de TVA est transféré de l'AI à l'AVS sans que les gens n'aient de surcoût. Avec un Non, ce milliard disparaîtra dans les poches des commerçants et sera perdu pour l'AVS.

Selon l'Ofas, PV2020 pérennise l'AVS pour les 10 prochaines années. Que va-t-il se passer ensuite?
Pour l'heure, il est primordial d'assurer les retraites avec un double Oui à PV2020. Un horizon de 10-15 ans est raisonnable. Economiesuisse, le PLR, l'UDC & Cie. combattent PV2020 pour mener l'AVS dans les chiffres rouges et pour ainsi imposer des péjorations des rentes et une hausse de l'âge de la retraite. L'histoire de l'assurance invalidité nous a montré ce qui se passe quand on n'accorde pas le financement nécessaire à une assurance sociale. De l'autre côté, si les rendements dans le 2e pilier restent aussi bas, il faudra renforcer davantage l'AVS. Avec PV2020 nous faisons un pas important dans cette direction.

L'USS dit qu'en votant Oui à la réforme, le projet de la droite de porter l'âge de la retraite à 67 ans pour tous est bloqué. Des garanties ont-elles été obtenues sur ce point?
Même en cas de Oui, le PLR et les organisations patronales continueront de militer pour l'âge de la retraite à 67 ans. Mais avec des finances de l'AVS saines, les syndicats auront la tâche beaucoup plus facile pour leur barrer la route. Et nous allons les combattre avec force.

PV2020 prévoit la flexibilisation de la retraite entre 62 et 70 ans. L'âge de référence de 65 ans ne risque-t-il pas d'être repoussé peu à peu à 66 puis 67 ans?
La flexibilisation de l'âge de retraite est souhaité par des larges parties de la population y compris par des syndicalistes. C'est un avantage que les gens puissent partir à la retraite à 62 ans avec de meilleures conditions: les rentes AVS sont moins réduites. Et les possibilités de prendre une retraite partielle correspondent à un vœu largement répandu. Encore une fois, un Oui rend l'augmentation de l'âge de la retraite beaucoup plus difficile.

Pour les partisans du Oui, PV2020 renforce l'AVS, avec une hausse de 0,3% des cotisations permettant de payer les 70 francs de rente en plus. Or les cotisations du 2e pilier augmentent aussi, de 1% pour les 35 à 54 ans, soit en moyenne environ 0,5% sur la vie active. Ne renforce-t-on pas tout autant le 2e pilier, dont le capital de 800 à 1000 milliards va encore gonfler alors que les rentes vont stagner ou baisser?
Tout d'abord, les trois quarts des nouvelles recettes générées par la réforme vont à l'AVS. Ensuite, la première augmentation des rentes AVS depuis 40 ans ne coûte aux employés que 0,15% de cotisation salariale. C'est extrêmement bon marché pour un supplément de 840 francs par an pour une personne seule et allant jusqu'à 2712 francs par an pour un couple. Et enfin, la garantie des acquis dans le 2e pilier est importante pour maintenir le niveau des rentes malgré la baisse du taux de conversion. Ensemble ces deux mesures améliorent la situation pour les bas revenus. Particulièrement pour les 500000 femmes qui travaillent, mais qui n'ont pas de 2e pilier.

Avec un salaire assuré plus élevé, les petits salaires payeront davantage de cotisations LPP pour toucher une meilleure rente. Les cotisations d'une personne gagnant 3000 francs par mois passeront de 30 francs à presque 100 francs, sans compter la hausse de la cotisation AVS ni celle de la TVA. Un manque à gagner négligeable durant la vie active?
Au bout du compte, celles et ceux qui ont des bas revenus auront de meilleures rentes. Ceci concerne surtout les femmes qui travaillent à temps partiel. Ainsi une coiffeuse de 39 ans avec un enfant gagnant 35000 francs par an verra sa rente du 2e pilier augmenter de 226 francs par mois. Tout ceci n'est pas gratuit. Mais c'est bien meilleur marché que toutes les autres solutions.

Une personne licenciée après 58 ans pourra rester dans sa caisse de pension. C'est un plus pour les maçons qui bénéficient de la retraite anticipée à 60 ans. Mais qu'en est-il pour une vendeuse ou un mécano qui, après deux ans de chômage, s'ils ne retrouvent pas d'emploi, auront encore 5 ans sans revenu devant eux?
Il est dramatique que des travailleurs et travailleuses âgés qui perdent aujourd'hui leur emploi perdent en même temps leur droit à une rente LPP. Avec PV2020 nous corrigeons enfin le tir. En outre si la vendeuse ou le mécano ne retrouve pas de travail et doit recourir à l'aide sociale, celle-ci peut actuellement les contraindre à entamer leur capital vieillesse avant l'heure. C'est une catastrophe. Seulement avec un Oui à PV2020 nous mettons fin à cette situation indigne.

Propos recueillis par SH

 

 

 

2x NON
Valérie Borloz, secrétaire de l'USV, membre du comité de gauche contre PV2020

Pourquoi le comité s'oppose-t-il à cette réforme, présentée comme le meilleur compromis possible pour pérenniser l'AVS et les retraites?
Parce que ce compromis franchit deux lignes rouges que les syndicats avaient posées dès le départ: l'augmentation de l'âge de la retraite des femmes et la baisse du taux de conversion. De surcroît, pour l'USV, soutenir une hausse du temps de travail est juste contraire à tout notre engagement syndical historique.

L'amélioration pour les petits revenus dans le 2e pilier, touchant principalement des femmes, ainsi que les 70 francs de rente AVS en plus, ne sont-ils pas des contreparties suffisantes pour accepter la hausse de l'âge de la retraite des femmes de 64 à 65 ans?
Une femme touchant une rente moyenne de 2000 francs par mois perdra 24000 francs en travaillant jusqu'à 65 ans. Pour récupérer cette somme avec les 70 francs, et commencer à en bénéficier, elle devra attendre ses 94 ans!
Concernant le 2e pilier, les cotisations y sont déjà très élevées. Les augmenter et accroître la part du salaire assuré diminuera fortement le pouvoir d'achat des petits revenus durant toute leur vie, sans qu'ils soient sûrs d'avoir quelque chose au bout. Maintenant que le 2e pilier est en difficulté, on vient chercher les femmes et les petits salaires pour renflouer les caisses...

Le comité combat la baisse du taux de conversion qui représente, pour un même capital de 2e pilier, une diminution de 12% de la rente. Pourtant, PV2020 prévoit des compensations pour maintenir le niveau des rentes...
On devra cotiser plus, sur une plus grosse part du salaire, sans garantie que les rentes promises aujourd'hui soient versées. Par contre, le 2e pilier rapporte beaucoup d'argent aux experts qui gèrent les fonds ou aux assureurs. En 2015, les frais de gestion des caisses étaient de 4,8 milliards, soit 20 fois plus que ceux de l'AVS. Ces sommes faramineuses, on n'y touche pas, alors qu'avec PV2020, on économise 1,3 milliard par an sur le dos des femmes qui devront travailler jusqu'à 65 ans!
Une réflexion de fond sur le 2e pilier est nécessaire. Si les cotisations aux caisses de pension passaient à l'AVS, on pourrait au minimum doubler les rentes. Chacun aurait droit à une retraite digne quels que soient les aléas de la vie, maladie, chômage, etc. Le 2e pilier est un gouffre sans fond, il faut explorer des pistes pour s'en désinvestir tout en préservant les acquis de ceux qui ont déjà payé.

Les partisans de la réforme disent qu'il est dangereux de la refuser car si le Non l'emporte, ce sera la porte ouverte à la retraite à 67 ans. Qu'en pensez-vous?
On le sait, et les patrons ne s'en cachent pas, c'est l'étape suivante. Le Centre patronal vaudois appelle à accepter PV2020 et dit que c'est un premier pas nécessaire, sous-entendu qu'autre chose se prépare. Ce qui est certain, c'est que si on arrive à rejeter la hausse de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans maintenant, il n'y a aucune raison que l'on n'arrive pas à refuser la hausse à 67 ans demain si les syndicats et la gauche font leur travail. Ces 67 ans, on les combattra, il y aura un autre référendum, et on gagnera!

Propos recueillis par SH

 

Sur quoi vote-t-on précisément?

Changements dans l'AVS (1er pilier)
- hausse de l'âge de la retraite de 64 à 65 ans pour les femmes. Femmes nées en 1954 + 3 mois en 2018, en 1955 + 6 mois en 2019, en 1956 + 9 mois en 2020, dès 1957 + un an dès 2021.
- flexibilisation du départ à la retraite entre 62 et 70 ans.
- le taux de réduction en cas d'anticipation de la rente diminue, comme celui d'augmentation en cas de prolongation du travail après 65 ans.
- supplément de 70 francs par mois sur les rentes AVS pour les nouveaux retraités.
- relèvement du plafond des rentes AVS pour les couples de 150 à 155% de la rente maximale (+226 francs).
- hausse de 0,3% de la cotisation AVS (0,15% employé, 0,15% employeur).

Changements dans la LPP (prévoyance professionnelle - 2e pilier)
- baisse du taux de conversion minimal (partie obligatoire) de 6,8 à 6%, par paliers de 0,2% jusqu'en 2022.
- hausse de 1% des cotisations LPP (répartie entre employé et employeur) pour les classes d'âge 35 à 44 ans (11% contre 10% aujourd'hui) et 45 à 54 ans (16% contre 15%).
- réduction et flexibilisation de la déduction de coordination*: 40% du salaire mais au minimum 14100 francs et au maximum 21150 francs (aujourd'hui montant fixe de 24675 francs).
- mesure de protection pour la génération transitoire (45 ans et plus).
- les salariés de 58 ans et plus perdant leur emploi peuvent rester dans leur caisse de pension.

* Montant à déduire du salaire pour obtenir le salaire assuré LPP.

Modifications dans la TVA
- le taux de TVA est relevé de 0,6% en faveur de l'AVS: 0,3% en 2018 par le transfert du financement additionnel de l'AI, et 0,3% en 2021.
- le pour-cent démographique de la TVA sera entièrement consacré à l'AVS (83% aujourd'hui).


Source: Office fédéral des assurances sociales (Ofas), Prévoyance vieillesse 2020. L'objet de la votation. 11.7.2017.

 

 

Edition n° 37/38 du 13 septembre 2017

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page