Salaires de 2000 francs sur un chantier
Les partenaires sociaux ont bloqué un chantier à Praz dénonçant une exploitation manifeste de travailleurs venant de Roumanie

Le 12 septembre, les régions Fribourg et Neuchâtel d'Unia, ainsi que la Fédération neuchâteloise des entrepreneurs ont bloqué un chantier à Praz, dans le canton de Fribourg. En ligne de mire des partenaires sociaux, la société neuchâteloise Bati-Strimbeanu, qui emploie six travailleurs venant de Roumanie.

Deux mille francs net. C'est le salaire que touchent six ouvriers roumains employés sur un chantier à Praz, dans le canton de Fribourg. Le 12 septembre, les régions Fribourg et Neuchâtel d'Unia, ainsi que la Fédération neuchâteloise des entrepreneurs, ont bloqué le chantier, alertant la presse sur cet emblématique cas de dumping salarial.
Au cours d'une inspection et d'investigations, l'Association neuchâteloise pour le contrôle des conditions de travail et l'Association fribourgeoise de contrôle ont constaté de multiples infractions à la Convention collective nationale du secteur principal de la construction commises par l'entreprise Bati-Strimbeanu. Domiciliée à Auvernier, sur le Littoral neuchâtelois, cette société à responsabilité limitée, active uniquement sur le canton de Fribourg, emploie six ouvriers venant de Roumanie, pays dont est aussi originaire le propriétaire de l'entreprise. Engagés à plein temps, les travailleurs ne touchent que 2000 francs net, quel que soit le nombre d'heures effectué. On est loin des 4459 francs brut au minimum prévus par la Convention collective nationale de la construction. La durée des vacances est de quatre semaines, au lieu de cinq. Le taux de couverture en cas de maladie est de 80% à la place de 90%. Il n'y a aucun relevé du temps de travail, dont la durée maximale serait régulièrement dépassée. Ni de paiement des frais de déplacement. Enfin, les inspecteurs n'ont pu obtenir d'éclaircissements sur les questions des frais de logement, de nourriture et d'assurance maladie.

Exploitation manifeste
Alors que l'occupation du chantier avait commencé, un homme s'est pointé, se présentant comme le mandataire de Bati-Strimbeanu. Cet administrateur d'Insurance & Financial Advices, une société à responsabilité limitée installée aussi à Auvernier, a assuré que la convention collective était respectée et qu'une partie du salaire était versé en nature: logement, repas, transports... Or, les fiches des salaires ne font pas état de ces versements et certains frais sont de toute façon à la charge de l'employeur, comme les transports. «Ce Monsieur est aussi gestionnaire du chantier et fournisseur de logements aux travailleurs, dont il prétend qu'ils sont rémunérés 5200 francs, mais il ne nous a toujours pas présenté de procuration prouvant qu'il représente bien Bati-Strimbeanu», explique Edy Zihlmann, secrétaire syndical d'Unia Neuchâtel. «Il est évident que la convention collective n'est pas respectée. Il s'agit de dumping salarial et d'une exploitation manifeste des travailleurs. Venant d'un pays où le salaire moyen net est d'à peine 500 euros, ceux-ci ont l'impression d'être bien payés et ne s'en rendent malheureusement pas compte», regrette le syndicaliste. «Et nous n'arrivons pas à communiquer avec le patron, qui ne comprend rien.» Reste le prétendu mandataire. «Il cherche à gagner du temps. Mais la commission paritaire va faire son travail.» L'entreprise sera sanctionnée, Edy Zihlmann en est certain.

Besoin de sanctions dissuasives
«Cette action avait non seulement pour but de dénoncer les pratiques de cette entreprise, mais aussi de montrer que sur des chantiers de toute la Suisse on trouve des situations problématiques, qui ont tendance à se généraliser. On n'est plus dans le cas particulier et, face à cette situation, nous avons besoin de sanctions dissuasives, de procédures de fermeture des chantiers, de meilleures méthodes de contrôle, d'un renforcement des mesures d'accompagnement et de plus d'engagement des pouvoirs publics. En exigeant des prix qui ne permettent pas d'offrir des salaires corrects, les maîtres d'ouvrage ont aussi leur responsabilité.»


Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 39 du 27 septembre 2017

 
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