La voie du méditant-militant
Michel Maxime Egger tend à unir la transformation intérieure et l'engagement solidaire et écologique

Transformer le monde ne peut se faire sans se transformer soi-même. Telle est la vision de Michel Maxime Egger, sociologue, écothéologien, responsable du laboratoire de la transition intérieure à l'ONG Pain pour le prochain et du réseau Trilogies, auteur de plusieurs essais sur l'écospiritualité et l'écopsychologie... Sa voie, il l'explique comme découlant des deux grands axes de sa vie.
D'abord son engagement citoyen et politique, en tant que journaliste engagé (de 1981 à 1993) notamment sur les questions Nord-Sud. Puis comme coordinateur de politique de développement à Pain pour le prochain: un travail de sensibilisation et de campagne pour, entre autres, l'interdiction des mines antipersonnel et des initiatives de commerce équitable (Clean Clothes avec la Déclaration de Berne, TerrEspoir). En 2002, il rejoint Alliance Sud, coordonne un dialogue avec Nestlé suite à l'assassinat d'un syndicaliste en Colombie, participe au lancement de la pétition «Droit sans frontières», premier pas vers l'initiative pour des multinationales responsables.
Cet engagement militant, Michel Maxime Egger le décrit comme la partie visible de l'arbre. Ses racines puisent dans le second axe: son chemin spirituel. Une dimension qu'il met en lumière depuis qu'il a été réengagé en 2016 par Pain pour le prochain, pour un projet bien particulier. Celui du laboratoire de la transition intérieure.

Le sens du sacré
«Je crois que, depuis tout petit, j'ai senti que la réalité ne se limitait pas à ce qu'on voit. Pour moi, l'existence d'un mystère sacré au cœur du monde a toujours été une évidence. Même si j'ai envoyé balader l'Eglise catholique à 14 ans», se souvient-il. Sa recherche du sens de la vie passe par la sociologie, puis par une année sabbatique en 1984. «Je comptais voyager partout en Asie, mais je suis resté scotché en Inde, où j'ai vécu des expériences bouleversantes...» Quelques années plus tard, Michel Maxime Egger redécouvre ses racines chrétiennes, porté par sa rencontre avec un moine orthodoxe et plusieurs mois de retraite dans des monastères, en particulier au mont Athos.
En 2004, il participe à un grand forum sur l'écologie et la spiritualité, au centre bouddhiste Karma Ling en Savoie. Depuis, il n'a cessé de développer une écologie profonde: «Il s'agit de sortir d'une approche anthropocentrique et dualiste qui voit la Terre comme un stock de ressources. Nous faisons partie de la nature, et la nature fait partie de nous. Quand on lui porte atteinte, on se porte atteinte à soi-même. C'est pourquoi il convient d'aller plus loin que la protection de l'environnement. L'enjeu est d'opérer une révolution culturelle, à la fois personnelle et collective», explique Michel Maxime Egger. «Cette transition citoyenne et spirituelle nécessite un changement de paradigme. Elle remet en cause le système économique obsédé par la croissance matérielle et la consommation. Un consumérisme qui naît d'une désorientation des désirs et de la peur de manquer.»
Entre actions de sensibilisation, formation et mise en réseau, dans un processus de cocréation et de recherche, le laboratoire de la transition intérieure tisse des liens entre des acteurs de la société civile et des milieux d'Eglise.

Sans sacrifice
Pour garder un équilibre entre son engagement intérieur et extérieur, Michel Maxime Egger a choisi de travailler à temps partiel: «On ne peut pas prendre bien soin du monde si l'on ne prend pas soin de soi.» Au quotidien, il médite et prie, et se rend dans la nature le plus souvent possible. «J'essaie de réduire mes incohérences, mais c'est le travail d'une vie», sourit cet adepte de la sobriété heureuse, qui n'a pas de voiture, vise à ne plus prendre l'avion, chauffe son logement au minimum et est en chemin vers le végétarisme... Il précise: «Le militantisme de la transition n'est pas sacrificiel. Il appelle à l'humilité, la bienveillance et le respect de la souveraineté de chacun. Nous ne sommes pas dans une écologie du «il faut», mais dans le «je désire faire cela, car cela fait sens pour moi». Pour être durable, le changement doit s'ancrer dans l'être. On n'est pas cependant dans le développement personnel, car la dimension de responsabilité citoyenne est toujours là. D'où la figure du méditant-militant qui articule transformation intérieure et engagement solidaire.»
Optimiste Michel Maxime Egger? «Non, mais plein d'espérance, car j'ai foi en l'humain. Même s'il est capable du pire, sa nature profonde aspire à la beauté et à la justice, à la lumière. Si, comme l'explique Pierre Rabhi (paysan, écrivain et penseur, ndlr), nombre de projets de la transition (agroécologie, écovillages, monnaies complémentaires, etc.) achoppent sur le "putain de facteur humain" (PFH), soit des histoires d'ego et de pouvoir, une évolution intérieure est possible pour transformer ce PFH en "précieux facteur humain".»

Aline Andrey

Pour aller plus loin:
Michel Maxime Egger, «La Terre comme soi-même» (Labor et Fides, 2012) et «Ecopsychologie» (Jouvence, 2017)
www.painpourleprochain.ch/transition-interieure
www.trilogies.ch

 

 

Edition n° 39 du 27 septembre 2017

 
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