Nettoyage une victoire d'étape pour Unia
Dénoncée par le syndicat pour de graves violations des conditions de travail l'entreprise Nettoie'Net a été exclue des marchés

Unia se félicite de cette victoire syndicale. Toutefois, il rappelle que le dispositif de contrôle actuel est lacunaire pour lutter efficacement contre le dumping et le travail au noir. Pour inverser la tendance, Unia suggère l'instauration de vrais contrôles inopinés sur les marchés publics ou encore l'exclusion des entreprises frauduleuses. Enfin, le syndicat appelle à l'internalisation des services de nettoyage au sein de l'Etat.

Nettoie'Net a été mise hors d'état de nuire à l'Aéroport de Genève. En effet, l'entreprise de nettoyage s'est fait exclure de tous les marchés publics du site le 15 août dernier pour une durée de deux ans. Rappelez-vous, en avril dernier, Unia avait dénoncé Nettoie'Net pour avoir recouru au travail au noir mais aussi pour avoir violé à de multiples reprises la Loi sur le travail et la convention collective de travail (non-respect des salaires minimaux, heures de travail non comptées, semaines de plus de 43, voire 50, heures de travail, non-respect des heures de repos légales...).
Unia a d'abord interpellé l'Aéroport de Genève puis le chef du Département de la sécurité et de l'économie (DSE), Pierre Maudet. Les entreprises ayant soixante jours pour se mettre en conformité après le constat d'une violation, ces derniers se sont limités aux dispositions en vigueur. «Tant que les entreprises paient les amendes quand elles se font pincer, elles ne risquent rien», déplore Camila Aros, secrétaire syndicale à Unia. Refusant de se limiter à cette réponse, cette dernière est revenue à la charge et a finalement obtenu une rencontre avec les représentants de l'Aéroport, du DSE et de l'Office cantonal de l'inspection et des relations du travail (Ocirt). «Tout l'enjeu était de prouver qu'il y avait du travail au noir, j'ai donc dû convaincre les travailleurs en question de m'accompagner. Grâce à leurs témoignages, Nettoie'Net a été éjectée de l'Aéroport.» Hélas, Camila Aros n'arrivera pas à convaincre les nettoyeurs de MPM facility services, entreprise aussi dénoncée en avril: la société, après s'être mise en conformité avec les usages, continue à exercer sur le site de l'Aéroport.

Revendications
«On se félicite de cette victoire syndicale, commente la secrétaire syndicale, mais nous avons dû prouver tous les faits nous-mêmes. Il y a une vraie incohérence entre le discours de l'Aéroport, qui exige à travers ses contrats le respect des usages, et le fait qu'aucun moyen ne soit donné pour contrôler que ce soit le cas. Ces largesses du système bénéficient aux employeurs mal intentionnés pour œuvrer en toute impunité sur les marchés publics.»
Dans ce contexte, Unia demande une vraie volonté politique de lutter contre la sous-enchère salariale et le travail au noir. Pour ce faire, il est urgent d'améliorer le dispositif de contrôle. Le syndicat propose la possibilité d'exclure les entreprises fautives de tous les marchés publics dès la première violation conventionnelle; de mettre en place de vrais contrôles inopinés des services de l'Etat sur tous les marchés publics et d'autoriser le libre accès des syndicats sur tous les lieux de travail afin de détecter efficacement les cas problématiques sur les marchés publics comme dans le privé. Enfin, pour Unia, le seul moyen de s'assurer de l'absence de dumping et de travail au noir reste l'internalisation des services de nettoyage au sein de l'Etat.

Portes béantes pour les fraudeurs
«C'est un jeu de dupes, opine Yves Mugny, responsable du secteur du bâtiment à Unia. D'un côté le discours officiel affiche une tolérance zéro face au travail au noir et aux violations des usages, et de l'autre, on accepte que des entreprises violent constamment les règles pendant des années dans la mesure où ils paient leurs amendes. Aujourd'hui, les portes sont béantes pour les fraudeurs. Pour avoir des conditions de travail dignes, il faut des organes de contrôle efficients. La question est de savoir si l'Etat veut, ou pas, s'en donner les moyens et se montrer exemplaire...»

Manon Todesco

 

 

Edition n° 40 du 4 octobre 2017

 
Imprimer l'article
 
Haut de la page