Avec ton salaire j'engage deux temporaires
Unia Genève exige la réintégration de deux ouvriers licenciés et remplacés par des temporaires

Employés depuis 13 et 25 ans, deux ouvriers âgés de plus de 50 ans ont été licenciés brutalement par Belloni. Fondée en 1872, cette société figure parmi les leaders genevois du gros œuvre et elle est l'une des plus importantes entreprises de second œuvre en Suisse.

Unia Genève défend deux syndiqués licenciés par Belloni. Après, respectivement, 13 ans et 25 ans de service, le façadier Diego*, 55 ans, et le peintre Julio*, 59 ans, ont été remerciés par cette entreprise active tout à la fois dans le gros œuvre et le second œuvre. «Un matin, on était en train de travailler quand le chef de chantier m'a appelé. Il m'a dit: on n'a plus besoin de toi, avec ton salaire, je peux engager deux temporaires. Ça a été pire qu'un choc», témoigne Julio. «On m'a dit la même chose», affirme Diego. «On a rangé nos outils et on est rentré à la maison.» Les deux ouvriers sont dégouttés. «Je suis repassé sur le chantier quelques jours plus tard et j'ai constaté la présence de trois nouveaux intérimaires», assure Diego. «Les temporaires coûtent moins cher, on peut leur mettre la pression et leur demander le maximum», ajoute Diego.

De vieux chevaux à l'abattoir
«Il n'y a aucun respect pour la durée du travail accompli. Après 25 ans dans l'entreprise, on est viré sur le coin d'une table de chantier comme si on avait travaillé 15 jours», déplore Dominique Deillon, secrétaire syndical d'Unia Genève. «Belloni prétend sur son site respecter ses collaborateurs, mais dans les faits les travailleurs sont traités comme de vieux chevaux qu'on envoie à l'abattoir pour les remplacer par des plus jeunes», image José Sebastiao, lui aussi secrétaire syndical d'Unia Genève. «C'est extrêmement scandaleux.»
Les secrétaires syndicaux se sont rendus au siège de Belloni à Carouge pour obtenir des éclaircissements sur ces licenciements justifiés dans les lettres de congé par une «restructuration» du secteur isolation extérieure dans un cas et par une «baisse d'activité» de la peinture dans l'autre. «Des discussions avec le directeur, il est ressorti que l'on reprochait au premier de faire trop bien son travail, alors qu'il n'y a plus de temps pour fignoler et qu'il faudrait bâcler et en faire juste assez pour que le client soit satisfait, et au second d'être un peu trop râleur. Mais on présume que les raisons sont purement financières», indique Dominique Deillon.
«Les licenciements de travailleurs âgés deviennent courants dans le second œuvre. Ces mauvaises pratiques du gros œuvre sont aujourd'hui exportées dans le second œuvre. Il y a des entreprises qui n'ont plus d'employés fixes parce que les temporaires sont payés au minimum de la convention collective, qu'ils ne peuvent pas se plaindre et qu'on peut les faire courir toute la journée. Le travail temporaire devient un problème social. On détruit les conditions de travail et la vie de ces travailleurs et de leur famille. Il faudrait limiter le nombre d'intérimaires dans les entreprises à 10%», explique José Sebastiao.

La retraite s'éloigne
«Il sera très difficile à Diego et Julio de trouver un autre emploi, ils risquent de se retrouver à l'aide sociale. Leur seul espoir est d'être réintégré chez Belloni.» Les deux ouvriers risquent de se voir barrer l'accès à la retraite anticipée à 62 ans. «On a travaillé toute la vie, cotisé toute la vie... Et on perd tout», soupire Julio. «Belloni réalise un chiffre d'affaires de 40 millions de francs rien que dans le second œuvre. La société, qui a beaucoup de commandes publiques, a ainsi obtenu pour plus de 10 millions de travaux sur le Ceva. Elle a les moyens de garder ces travailleurs jusqu'à la retraite», estime José Sebastiao. «Nous exigeons leur réintégration. Si d'ici fin octobre nous ne l'avons pas obtenue, nous nous rendrons directement au siège du groupe Frutiger, qui a racheté Belloni au début de l'année. Et nous appelons le secteur du second œuvre à participer massivement à la manifestation du 21 octobre de la construction.»

Jérôme Béguin

* Prénoms d'emprunt

 

Edition n° 41/42 du 11 octobre 2017

 
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