Julien Hutin producteur de bonheur
Avec Julien Hutin administrateur du projet Missié Vélo les vélos usagés ont droit à une seconde vie auprès des migrants

«Aujourd'hui, nous sommes clairement dépassés par les événements», constate Julien Hutin avec le sourire, chargé de projet pour l'association Pro Vélo Genève. Personne ne s'attendait à un tel succès pour Missié Vélo. Lancé il y a environ un an, ce projet consiste à récupérer des vélos usagés dont les gens veulent se débarrasser, d'apprendre aux migrants comment les retaper, et enfin, de les laisser à leur disposition. Une façon de sortir cette population de l'inactivité mais aussi de leur permettre d'explorer le canton en toute autonomie. «C'est une expérience culturelle magique», souligne ce passionné de vélo de 40 ans. «C'est aussi une démarche écologique: l'élimination des carcasses de bicyclettes est problématique car les matériaux sont très polluants. Ce projet permet de donner une seconde vie à des vélos que leurs propriétaires destinaient à la casse.» Des fois, il n'y a que des pièces à récupérer. «Avec trois ou quatre vélos, ils arrivent à en faire un qui tient la route.»
La portée médiatique de Missié Vélo est telle que Pro Vélo croule sous les dons. «Nous avons un stock d'une soixantaine de vélos à expertiser.» A terme, ce que Julien Hutin - administrateur du projet - souhaite, c'est que les donateurs livrent directement les foyers de requérants d'asile afin que ces derniers gèrent en totale indépendance leur flotte de deux-roues, Pro Vélo restant à disposition pour des conseils ou de l'aide. Pour l'heure, une collaboration est établie avec le foyer Frank-Thomas et celui de Présinge. «Les migrants sont hyperfiers de leur travail!» L'idée serait d'élargir le cercle, mais le contact avec les administrations n'est pas toujours facile. «Il est moins difficile de trouver des donateurs que des personnes à qui confier les vélos...»

Saisir l'opportunité
Parti de rien, le projet prend ses marques, petit à petit. «Il y a un petit côté découverte, on y va avec beaucoup de naïveté.» Missié Vélo est né après que la commune de Bellevue contacte Pro Vélo et lui demande de l'aide pour mettre des bicyclettes à disposition des enfants dans les foyers pour qu'ils puissent se rendre plus rapidement à l'école. «C'est un projet d'opportunité, comme beaucoup d'autres ici. On n'y a jamais vraiment mis d'énergie et aujourd'hui c'est un succès. Cela permet aux migrants de voir d'autres gens que des travailleurs sociaux et de s'ouvrir au pays dans lequel ils sont. Ils ont souvent peur du monde qui les entoure. Nous, on ne les ménage pas, on vient comme on est et quand il y a un truc qui ne va pas, on ne se gêne pas pour leur dire!»
C'est grâce à ce genre d'initiative que Julien Hutin s'épanouit dans le cyclisme. «Voir le sourire sur le visage de quelqu'un est le meilleur des mercis. Je suis un producteur de bonheur.» Bavard, voire théâtral, notre féru de petite reine se présente comme «le gars qui aide sans rien attendre en retour». Né dans un quartier populaire de Genève, son enfance est loin d'être tendre, mais les épreuves de la vie forgent l'homme qu'il est maintenant. Enfant surdoué, il devra très tôt se montrer débrouillard pour s'en sortir. Militant, il devient marxiste car «c'était cool». Ado, il adopte le look punk, mais reste «un gentil punk». Il fait l'armée car son grand-père a fait la guerre. Il se soucie de l'écologie, se sent profondément féministe et humaniste et il a toujours assumé haut et fort ce qu'il pensait. En vrai touche-à-tout, il se livre à toutes les expériences que la vie lui offre. «J'ai plein de casquettes différentes, je suis un hurluberlu. Mon cerveau est toujours en train de bouillonner.»

Retour à l'enfance
Jeune adulte, il se rapproche de Pro Vélo où il commence par du bénévolat. Il trouve son premier job aux Magasins du Monde dans le commerce équitable. En parallèle, il sort diplômé de l'Université de biologie et devient professeur de sciences au Cycle d'orientation. «Pour moi, l'enseignement était avant tout une passion.» Mais sa façon de voir les choses, efficace mais trop avant-gardiste aux yeux de ses collègues et supérieurs, le poussera à tirer un trait sur son métier. Il continuera toutefois à donner des cours privés de sciences. «Depuis tout jeune, je me suis battu pour faire des choses en adéquation avec mes valeurs, et aujourd'hui, je peux me regarder en face dans le miroir.» C'est dans les années 2010 qu'il s'impliquera vraiment en tant qu'employé chez Pro Vélo. «J'arrive à gagner ma vie en pédalant, et c'est pas donné à tout le monde dans ce milieu...»
S'il est pro vélo et se réjouit de l'intérêt ambiant pour la mobilité douce, Julien Hutin est loin d'être antibagnole. «Notre mission à Pro Vélo est d'apprendre aux gens à se déplacer en sécurité, pas d'imposer le vélo partout...» Ce qu'il aime dans ce moyen de déplacement, c'est son côté libératoire. «Le vélo, ça fait du bien et ça nous ramène à l'enfance.» Epicurien, Julien Hutin a aussi voulu allier son amour de la petite reine, le commerce local et le contact humain: c'est ainsi qu'il fonde VéloVoyage et propose des balades dans le canton à la rencontre des producteurs de la région. «J'aime profondément la Suisse, je n'ai pas besoin d'aller aux quatre coins du monde, j'ai juste à prendre mon vélo pour me retrouver dans des endroits idylliques.»

Manon Todesco

Plus d'infos sur:
www.pro-velo-geneve.ch
facebook.com/missievelo
http://velovoyage.c/

 

Edition n° 48 du 29 novembre 2017

 
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