Mobilisés les travailleurs d'ABB Sécheron arrachent un accord
Après six jours de consultation collective le personnel a obtenu l'ouverture de négociations

Depuis trois semaines, les employés d'ABB Sécheron se battent contre la suppression de 100 postes de travail fixes et de 43 emplois temporaires à Genève. Ils s'opposent aux plans de la direction du groupe helvético-suédois visant à transférer d'ici à la mi-2019 la production de transformateurs de traction vers la Pologne.

Le 20 novembre, après six jours de consultation collective, un accord a été trouvé entre les employés d'ABB Sécheron et la direction. Selon la convention signée, dont les tenants restent confidentiels, les parties se donnent un délai à la mi-décembre pour mener à bien une consultation devant permettre de maintenir les emplois sur le site genevois.

Mobilisation extraordinaire
Déterminés à sauver les 150 postes de travail menacés de délocalisation, les travailleurs étaient prêts à se mettre en grève, selon les témoignages que L'Evénement syndical a recueillis. Toutefois, la convention collective de l'industrie des machines interdit formellement un tel moyen de lutte. Le personnel a donc choisi de jouer le jeu de la procédure de consultation prévue lors d'un licenciement collectif. Mais, fait inédit, l'ensemble des salariés ont voulu y participer et ne pas laisser ce rôle à une simple délégation. Durant six jours, plus de 150 salariés se sont consultés sur l'avenir de leur usine, et la production a été de fait stoppée. «On commençait à 7h du matin en nous répartissant dans des groupes de travail, pour finir à 16h avec une heure de pause à midi. Comme une journée de travail normale, mais en plus éprouvant. Nous listions les informations à obtenir de la direction et rassemblions des idées pour augmenter la productivité», explique un ouvrier. Secrétaire régional d'Unia Genève, Alessandro Pelizzari relève le caractère «assez extraordinaire» de la démarche: «Le personnel a mené cette consultation collective avec une détermination et une unité remarquables, qui a permis de développer des projets alternatifs à la délocalisation.»

Délocalisation remise en question
Si l'on en croît les médias, des menaces de licenciement avec effet immédiat auraient incité le personnel à accepter l'accord. «La direction a eu une attitude extrêmement brutale, les menaces existaient clairement, mais ce n'est pas la raison qui a poussé à arrêter la consultation collective», nuance Alessandro Pelizzari. «Nous avons réussi à définir un cadre de négociations avec la direction, qui remet en discussion le plan de délocalisation et les mesures d'accompagnement, ce qui a été jugé acceptable par le personnel. Aussi, la présence d'Unia a enfin été acceptée», indique le secrétaire régional. «Nous avons signé pour négocier», résume un membre du comité d'action du personnel. «La balle est désormais dans le camp de la direction qui devra faire preuve de bonne foi. Le personnel reste mobilisé et sera extrêmement attentif à ce que les négociations débouchent sur des vrais résultats d'ici mi-décembre», ajoute Alessandro Pelizzari.
En parallèle à ces négociations internes, des discussions ont commencé vendredi dernier au sein de la task force du Conseil d'Etat composée de représentants du canton, du personnel et de la direction. Jeudi, le Grand Conseil a voté une motion invitant le Conseil d'Etat à exercer des pressions sur la direction de l'entreprise. Le texte demande aussi un rapport détaillé sur la situation de l'industrie genevoise. «Il faut une politique industrielle qui n'avance pas au coup par coup», a dit Pierre Vanek, élu d'Ensemble à Gauche et auteur de la motion. Une délégation de travailleurs d'ABB était présente à l'entrée de l'Hôtel-de-Ville pour accueillir les députés.

Les travailleurs doivent se défendre
Des syndicalistes se sont joints au rassemblement pour témoigner de leur solidarité. «Ce qui se passe à ABB, on l'a connu à la Poste et au télécoms. Les patrons ont la même logique, il n'y a que le profit qui compte, quand ils ont fait toutes les économies possibles, ils s'en prennent aux conditions de travail et, lorsque ça ne suffit plus, ils délocalisent. C'est inacceptable. Les travailleurs doivent se défendre et les syndicats se soutenir mutuellement», estime Michel Guillot, secrétaire syndical de Syndicom. Les messages de soutien sont aussi venus de Pologne, pays où la direction d'ABB souhaiterait délocaliser la production des transformateurs de traction, tel celui du syndicat des métallos de Bombardier, client du groupe: «Nous sommes en totale opposition à la délocalisation de l'entreprise, prévue uniquement pour les profits. Nous sommes solidaires avec les travailleurs en lutte pour la préservation de leur travail.»
Les salariés d'ABB restent mobilisés. Ils ont encore organisé un rassemblement samedi dernier sur la place du Molard à Genève. Conclusion d'un travailleur: «Nous sommes plus que jamais persuadés que la décision de la direction n'est pas justifiée. On ne nous a soumis qu'une comparaison des salaires suisses et polonais, sans tenir compte de notre savoir-faire et de notre productivité. Notre combat est légitime.»


Jérôme Béguin

 

 

 

Edition n° 48 du 29 novembre 2017

 
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