Victoire syndicale au Qatar
Sous la pression des syndicats et Unia l'Emirat s'est engagé à autoriser les représentations des travailleurs sur les chantiers

Les conditions de travail et de sécurité sur les chantiers de la Coupe du monde de football 2022 se sont nettement améliorées en quelques mois, et ce grâce aux inspections syndicales menées par l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois et Unia. Une avancée majeure. Reste à étendre cette pratique à l'ensemble des chantiers du pays...

La persévérance des syndicats aura payé. Après avoir dénoncé pendant des mois les conditions de travail catastrophiques et l'insécurité sur les chantiers de la Coupe du monde de football que le Qatar accueillera en 2022, on peut dire aujourd'hui que la situation a changé. Finis le travail forcé, la confiscation des passeports, les salaires de misère et l'insalubrité des logements ouvriers, en tout cas pour les chantiers des huit stades. Aujourd'hui, la sécurité et les conditions de travail, ainsi que la propreté des hébergements et la nourriture dans les cités ouvrières, semblent respectées. Un progrès qui aura été arraché après un combat acharné de l'Internationale des travailleurs du bâtiment et du bois (IBB) et d'Unia.
Pour rappel, début 2015, l'IBB porte plainte contre la Fifa auprès du Seco pour mettre un terme aux centaines de morts sur les chantiers et à ces conditions de travail quasi esclavagistes. En novembre 2016, après de longues discussions, le Qatar s'engage dans un accord de partenariat avec l'Organisation internationale du travail (OIT) à changer sa législation et à améliorer les conditions de travail pour tous, notamment en autorisant les représentations de travailleurs sur les chantiers de la Coupe du monde. En janvier 2017 a eu lieu la première inspection internationale, puis la seconde en avril et une dernière en novembre. «Robert Schwitter, employé d'Unia à la centrale, a participé à ces deux derniers contrôles en qualité d'inspecteur du travail, relève Corinne Schärer, membre du comité directeur d'Unia. Il a personnellement vécu cette amélioration. Grâce à nos interventions et à la pression mise sur la Fifa et les sponsors, la situation s'est nettement améliorée en termes de paiement des salaires, de statut de séjour des travailleurs étrangers et de conditions d'hébergement. Le travail accompli au Qatar est énorme.» Par ailleurs, autre axe de l'accord passé avec l'OIT, le système de la «kafala» auquel les travailleurs étrangers étaient soumis et qui les privait de leurs droits (confiscation des passeports, interdiction de quitter le pays ou de changer d'employeur sans le consentement du patron) a été aboli.

Encore du boulot
Si les avancées ont été rapides et très efficaces sur les chantiers de la Coupe du monde, ce n'est pas le cas des autres chantiers du pays et des autres secteurs d'activité. «Nous devons maintenant nous engager pour que les conditions de travail s'améliorent également sur les autres chantiers et que l'organisation syndicale s'étende à tous les ouvriers du pays, insiste Corinne Schärer. Il reste encore beaucoup de travail à faire au Qatar, et nous espérons que les changements iront aussi vite que lors de notre campagne Carton rouge pour la Fifa.»
Pour l'IBB et Unia, les prochains défis à relever sont donc de taille: étendre les normes aux autres chantiers, prolonger les contrôles au-delà de 2018 mais aussi se confronter à l'absence de syndicat au Qatar. A savoir que le Qatar paie ses travailleurs étrangers (la majorité) selon leur pays d'origine et l'accord passé avec le pays en question. «Même si nous sommes encore loin de voir naître un mouvement syndical au Qatar, les énormes avancées que nous avons obtenues, dans des délais très courts, sont un succès, approuve Corinne Schärer. Désormais, c'est à nous de poser les jalons et d'exiger, par exemple, un salaire égal à travail égal.»


Manon Todesco

 

 

 

Edition n° 50 du 13 décembre 2017

 
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