Des montagnes d'optimisme
Responsable au niveau humanitaire, enseignante et coach de vie Nezha Drissi a fait de l'aide à autrui le moteur de son existence

Dans sa langue maternelle, Nezha signifie «promenade». Un prénom de prédilection pour cette femme passionnée de voyages qui a bourlingué aux quatre coins de la planète, et par amour du dépaysement et de la rencontre, et pour des raisons humanitaires. Un intérêt aux racines précoces. A 17 ans, la Suisso-marocaine quitte son pays natal pour effectuer des études en communication en France. Puis continue son cursus universitaire en sciences politiques à Genève. Un master et deux enfants plus tard, Nezha Drissi renonce temporairement à la vie professionnelle pour se consacrer à sa famille. Mais cette hyperactive à l'enthousiasme communicatif ne tient pas longtemps en place. Et décide de se lancer dans l'organisation d'escapades culturelles dans son pays d'origine. Une de ces expéditions l'amène dans un coin du Maroc qu'elle ne connaît pas, au cœur des montagnes. Le choc! La jeune mère est confrontée à une pauvreté qui la bouleverse. Elle prend le parti d'agir. Un choix soutenu par des circonstances complices qui la mettent en contact avec des personnes organisant, dans sa patrie, une caravane médicale. Nezha Drissi contribue alors à la récolte de matériel et au recrutement de médecins et accompagne l'équipe sur place. Le 16 avril 2000 restera à jamais gravé dans son cœur: sur la route, le convoi humanitaire croise deux bergers adolescents, les pieds gangrénés par le froid.

Mourir pour des chaussures...
«Il n'y avait qu'une alternative: procéder à l'amputation ou les laisser mourir», raconte la quadragénaire, fondant en larmes à l'évocation de ce souvenir. Cet événement va sceller son engagement. «Impossible d'en rester là. Mes enfants bénéficiaient de tout le confort possible et il y avait des gosses qui risquaient de mourir juste pour des chaussures.» En 2002, Nezha Drissi crée la Fondation Althea (le nom latin de la rose trémière), aujourd'hui essentiellement active dans les soins ophtalmologiques et l'apport de lunettes en faveur de personnes démunies au Maroc. Médiation, coordination, recherche de fonds, déplacements sur le terrain... Avec l'aide de bénévoles, la charismatique et lumineuse présidente se démène pour faire tourner son ONG. Par souci de redonner un peu de ce qu'elle a reçu. Consciente d'appartenir à une classe privilégiée, d'avoir bénéficié d'une bonne éducation. Et animée d'un besoin viscéral d'aider. Une solidarité qu'elle concrétise encore auprès d'autres populations défavorisées. Spécialisée en «hygiène émotionnelle» - gestion des traumatismes, de l'anxiété, du stress, etc. - Nezha Drissi donne des consultations professionnelles et organise des ateliers de formation dans nos frontières mais fait aussi profiter des réfugiés syriens de ses connaissances. Dans cet esprit, elle se rend régulièrement dans des camps au Liban pour transmettre à des leaders communautaires son savoir en la matière. Non sans un petit côté tête brûlée, Nezha Drissi ignorant la peur. «J'ai grandi sans la connaître. C'est très dangereux... Mais, comme je suis animée d'une bonne intention, je me sens protégée.»

Soirées portes ouvertes
Quoi qu'il en soit, la coach de vie n'imagine pas rester les bras croisés devant les horreurs de la guerre. «Mon but? Aider les exilés à panser leurs blessures, à retrouver la paix intérieure», lance-t-elle, évoquant, des étoiles plein les yeux, plusieurs anecdotes touchantes de ses séjours à Chatila où les «nettoyages émotionnels» se sont révélés efficaces. «Le processus consiste à mettre l'accent sur les pires moments vécus et, via différentes techniques, à les reléguer dans le passé. Je contribue à changer des vies» sourit encore cette irréductible optimiste - «trop parfois», relève-t-elle - toujours en quête de solutions. Et remplie de bonheur quand elle parvient à apporter du positif dans l'existence d'autrui. «Ça me rend heureuse. C'est peut-être un peu égoïste de ma part», poursuit-elle trouvant dans une forme d'amour universel l'énergie à ses engagements, elle qui contribue aussi à jeter des ponts entre les cultures. «Depuis 2007 j'organise chez moi à Pully, durant le ramadan, des soirées portes ouvertes aux non-musulmans. Avec l'idée de créer un espace d'échanges où on apprend à se connaître.» Des moments conviviaux autour de repas qui permettent de tordre le cou aux préjugés. «Et de montrer que nous sommes comme vous», rigole la Marocaine naturalisée depuis belle lurette.

Des racines et des branches
«Je me considère comme un arbre qui a ses racines au Maroc et ses branches en Suisse. Les deux se révèlent essentielles», note Nezha Drissi qui, dans un souci de favoriser le vivre ensemble, forme aussi des gardiens de prison à la manière d'approcher des détenus d'origine maghrébine.
Nezha Drissi s'investit encore dans l'enseignement. Et travaille à temps partiel comme conseillère académique en santé publique et développement dans une université privée américaine à Nyon, encadrant aussi les jeunes lors de leur voyage d'études. Autant d'activités remplies par cette rayonnante femme, ce pigeon voyageur comme elle se définit elle-même qui, interrogée sur un paysage propre à l'émouvoir, cite la majesté des montagnes. «De quoi élever l'âme et nous forcer à l'humilité. On se sent alors tout petit. Insignifiant.» C'est sans tenir compte de son grand cœur... Et de sa foi en l'humanité propre à... déplacer des montagnes.

Sonya Mermoud

La Fondation Althea participe au marché de Noël solidaire à Pôle Sud, à Lausanne, du 14 au 16 décembre, les je et ve, de 17h à 22h, le sa de 11h à 20h.

 

 

Edition n° 50 du 13 décembre 2017

 
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