Genève action payante sur un chantier
Unia Genève a obtenu du patron qu'il intervienne auprès de la SSE pour négocier la limitation du travail temporaire

Depuis quelques semaines, Unia Genève déclare la guerre au travail temporaire dans la construction. Après celui de la Nouvelle Comédie, le syndicat s'est attaqué à un chantier privé de l'entreprise D'Orlando sur lequel 55% des travailleurs étaient intérimaires. Le patron s'étant engagé à intervenir auprès de la faîtière patronale pour l'ouverture de négociations, le chantier a été débloqué quelques heures plus tard.

Grâce à une nouvelle action coup de poing d'Unia Genève sur un chantier de D'Orlando, le directeur de l'entreprise a pris l'engagement d'intercéder auprès de la Société suisse des entrepreneurs genevoise (SSE), dont il est membre, pour que s'ouvrent des négociations sur la limitation du travail temporaire sur les chantiers du canton.
Retour sur l'action: au petit matin du 14 décembre, Unia s'est rendu sur un chantier privé de D'Orlando au 5 chemin de l'Etang à Genève, sur lequel travaillaient quatre employés de l'entreprise et cinq de l'agence d'intérim Sigma Advisor, soit un ratio de plus de 55% de temporaires. «Nous avons bloqué les portes d'accès au chantier ainsi que la grue», décrit Yves Mugny, responsable du bâtiment chez Unia Genève. Pour rappel, si le taux de travailleurs temporaires ne doit pas dépasser les 10% sur les chantiers publics de la ville de Genève, les chantiers privés ne sont soumis à aucune réglementation. Vers 9h, le directeur, Fabrice D'Orlando, se rend sur place. Après une discussion avec les syndicalistes présents, l'entrepreneur promet qu'il interviendra auprès de sa faîtière pour que les pourparlers entre les syndicats et la SSE reprennent rapidement. Sur ces bonnes paroles, le chantier, paralysé depuis plus de deux heures, a pu rouvrir.

Agir vite
Unia salue évidemment la démarche de D'Orlando, mais reste sur ses gardes. «Maintenant il faut que la SSE se positionne rapidement et que de vraies négociations s'ouvrent, sinon il est clair que nous reprendrons nos actions», prévient Yves Mugny.
Plus déterminé que jamais, Unia Genève a décidé il y a quelques semaines de déclarer la guerre au travail temporaire dans la construction, générateur de grande précarité dans le secteur. «Jusqu'ici, les actions d'Unia ont visé des chantiers publics, dont le syndicat estime qu'ils doivent avoir une valeur d'exemple pour le secteur, rappelle le syndicat. Aujourd'hui, après le refus des employeurs de négocier une limitation du travail temporaire et après l'échec de la conciliation à la Chambre des relations collectives de travail (CRCT), Unia s'attaque aux chantiers privés des grandes entreprises genevoises.» En effet, le 19 octobre dernier, une assemblée de 400 maçons votait une résolution par laquelle ils réclamaient la limitation du travail temporaire à 10%. Forts de cette résolution, les syndicats demandaient aux employeurs l'ouverture de négociations pour introduire cette limitation dans la CCT. Le 10 novembre, la SSE et le Groupement genevois d'entreprises du bâtiment et du génie civil refusaient cette demande. Afin d'obtenir la négociation demandée, les syndicats saisissaient alors la CRCT. «Hélas, ce jeudi 7 décembre le tribunal n'a pu que constater l'obstination patronale à refuser toute négociation, laissant ainsi la gangrène du travail temporaire se répandre sur les chantiers genevois», regrette Unia.
La balle est désormais dans le camp des patrons. «Les employeurs du secteur sont prévenus: tant qu'ils ne bougent pas, ils nous auront sur le dos!» conclut Yves Mugny.

Manon Todesco

 

 

Edition n° 51/52 du 20 décembre 2017

 
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