OVS personnel malmené
Les conditions de travail des employés OVS se dégradent. Unia a demandé à rencontrer la direction

A la fin décembre, Unia a demandé à rencontrer la direction d'OVS, propriétaire depuis un peu plus d'un an des anciens magasins Vögele. A l'origine de sa démarche, une baisse drastique des heures des auxiliaires, une surcharge de travail pour le personnel fixe et des tentatives d'intimidation des salariés en contact avec le syndicat. Etat des lieux et témoignage d'une vendeuse.

D'un côté, des auxiliaires qui voient leurs heures de travail diminuer drastiquement, de l'autre, du personnel fixe débordé... Mandaté par plus de 150 salariés d'OVS/Sempione Fashion AG - la chaîne italienne qui a racheté il y a un peu plus d'une année les magasins Vögele -, Unia dénonce différentes infractions à la Loi sur le travail. Dans ce contexte, le syndicat a écrit à la fin du mois dernier à la direction pour solliciter une rencontre. Une lettre de relance vient d'être envoyée... Plusieurs problèmes se posent. «Selon les témoignages recueillis, depuis de nombreuses années la plupart des auxiliaires avaient un contrat de 8h de travail au minimum par semaine mais généralement en effectuaient beaucoup plus. Aujourd'hui, le nombre d'heures hebdomadaires a chuté. Apparemment, cette catégorie de personnes n'en fait plus que 8 seulement, entraînant une énorme perte de revenu», explique Martine Vodoz, secrétaire syndicale d'Unia Vaud. Paradoxalement, les employés fixes doivent mettre les bouchées doubles et sont surchargés. Des heures supplémentaires ne seraient pas reconnues et ils auraient des difficultés à prendre leur pause, en totale violation avec la loi. «On les pousse à bout et on coupe dans les salaires des autres», s'indigne la syndicaliste.

Infractions et entourloupe
«L'entreprise tente d'imposer des modifications unilatérales des contrats de travail. Si elle persiste dans cette direction, on risque fort d'assister à un licenciement collectif déguisé» commente pour sa part Arnaud Bouverat, membre de la direction du secteur tertiaire d'Unia. Et de préciser: «Une importante diminution du temps de travail doit faire l'objet d'un congé-modification respectant les délais de congé, sauf consentement des personnes concernées. Cette tentative de passage en force n'est pas acceptable.» Les syndicalistes fustigent aussi le fait que la société ait laissé entendre à ses employés qu'elle agissait en conformité avec Unia, avec sa caution... «Une entourloupe. Le syndicat n'a jamais été contacté à ce sujet», s'énerve Martine Vodoz. Une demande de correctif par téléphone est à ce jour restée sans effet.
Colère aussi face aux tentatives d'intimidation de l'entreprise à l'égard d'employés en relation avec Unia. «La Constitution suisse garantit la liberté syndicale», tonne Arnaud Bouverat rappelant au passage que le syndicat a déjà eu des démêlés avec OVS dont un litige toujours en cours...
Quoi qu'il en soit, l'ambiance n'est pas au beau fixe dans l'entreprise qui compte quelque 140 succursales dans toute la Suisse. Et alors qu'elle semblerait aussi vouloir rajeunir les effectifs visant une autre clientèle que celle antérieure.

Aucune reconnaissance...
«On a peur pour nos places de travail. L'insécurité prédomine», témoigne Marianne (prénom fictif), employée depuis 24 ans par Vögele puis par OVS et proche de la retraite. «On doit travailler beaucoup plus vite, la pression augmente, alors que d'autres perdent des heures. Il y a plus souvent des personnes malades.» Une situation qui porte aussi préjudice aux acheteurs. «Avant, Vögele misait largement sur le service à la clientèle. Là, on a plus le temps. Et d'autant moins qu'on doit également gérer les stocks.» Des éléments qui s'ajoutent encore aux mauvais résultats de la chaîne en Suisse. «On est confronté à la concurrence en ligne et à celle des autres commerces qui se livrent une bataille des prix sans merci, mais surtout à des changements d'attitude des consommateurs. Les gens dépensent davantage pour l'électronique et moins pour leurs habits. Avant, on suivait les tendances, des couleurs, des formes. Ce n'est plus le cas aujourd'hui.» Reste que Marianne comme ses collègues avait vu l'arrivée d'OVS comme une véritable chance. «Nous misions sur un nouveau souffle. Le groupe marche bien en Italie, hélas! pas ici... Et la chaîne pratique des prix très bas. Il faut vendre le double pour faire du chiffre.» Si les problèmes financiers existaient déjà avec Vögele, Marianne déplore surtout la manière de communiquer de la direction, «catastrophique». Et le traitement du personnel. «C'est choquant. Combien de vendeurs resteront?» La pilule se révèle d'autant plus amère que l'an dernier, précise la salariée, en raison des transformations générées par le changement de propriétaire, les employés ont fait preuve d'une grande flexibilité, travaillé parfois jusqu'au double et renoncé à prendre des vacances entre juin et novembre pour finaliser le processus. «Aucune reconnaissance pour les efforts consentis. Ils disent maintenant qu'on coût cher» soupire Marianne avant de conclure: «J'aime mon travail. C'est triste de finir ma carrière ainsi...»


Sonya Mermoud

 

 

Edition n° 1/2/3 du 17 janvier 2018

 
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