Notre solidarité a été notre force
Des grévistes de l'Hôpital Riviera-Chablais prennent la parole et reviennent sur l'issue victorieuse du conflit

Deux jours de mobilisation auront suffi pour les 19 grévistes de Thermex SA. Un accord prévoyant le paiement de la totalité des indemnités repas a été conclu entre les travailleurs, soutenus par Unia et l'entreprise générale Steiner SA. Au-delà de ce cas précis se pose la question de l'explosion du travail temporaire sur les chantiers.

Après deux jours de grève avant les fêtes sur le chantier de l'Hôpital Riviera-Chablais (HRC) à Rennaz, les 19 chauffagistes de Thermex SA, soutenus par Unia, ont obtenu le paiement complet de leurs indemnités repas. Une régularisation estimée à environ 35000 francs. Par ailleurs, l'entreprise s'est engagée à garder les travailleurs au moins jusqu'au 31 mars. «La plupart ont des contrats à durée indéterminée, mais en temporaires, souligne Lionel Roche, responsable de l'artisanat à Unia Vaud. Ils peuvent donc être licenciés à n'importe quel moment. On voulait s'éviter de mauvaises surprises.» Si l'issue de ce conflit est une victoire syndicale, il soulève la question du travail temporaire, de plus en plus présent sur les chantiers vaudois. «Les équipes de travailleurs fixes sont réduites alors que la proportion de temporaires explose, constate le syndicaliste. Les entreprises travaillent en flux tendu. Elles veulent une main-d'œuvre flexible, précaire et jetable après usage. Chez Thermex, certains travailleurs bossent en temporaires depuis des années mais ne seront jamais embauchés. Il s'agit d'un réel modèle d'affaires: l'entreprise réduit ses coûts et se dégage de ses responsabilités sociales.» Dans le canton de Vaud, la loi ne prévoit aucune limitation du travail temporaire. «Cette question est une priorité pour le secteur de l'artisanat, insiste Lionel Roche. Nous voulons moins de travail temporaire et plus de contrôles sur les chantiers. Le travail temporaire doit devenir moins attractif pour les entreprises. Et il faut renforcer l'égalité de traitement entre les travailleurs.»

Manon Todesco


TÉMOIGNAGES

Mustapha, 49 ans, intérimaire
«Mon âge et mon expérience dans ce métier m'ont poussé à prendre les devants du mouvement et à motiver les troupes. Dès mon engagement en mai, j'étais révolté de voir qu'on ne touchait pas la totalité de nos indemnités repas, mais je n'avais pas d'autre perspective professionnelle et j'avais besoin d'un boulot; j'ai pris ce qu'il y avait. J'avais déjà travaillé pendant un an et demi en tant qu'intérimaire pour Thermex auparavant. Ceci dit, on bossait tous bien, on renvoyait une bonne image de l'entreprise, c'était pas juste. J'étais déterminé, prêt à lancer une grève. J'ai essayé de fédérer les collègues tout seul mais ça n'a pas marché, ils n'étaient pas prêts. Grâce au soutien d'Unia, on a réussi à créer un mouvement. Une fois qu'on était lancés, on était déterminés! Notre solidarité depuis le début de ce chantier a été notre force, on était prêts à tout, quitte à perdre notre place, et ça a payé. Sur le chantier, 90% des collègues de Thermex sont des temporaires. C'est bien connu sur ce genre de grands chantiers: les cadres ont un contrat fixe et ils gèrent ensuite la masse d'ouvriers selon leurs besoins avec des temporaires. Les entreprises tirent les prix au plus bas et nous embauchent en bas de l'échelle salariale; c'est une politique de requins, ça ne pardonne pas. Pour ma part, je vais quitter Thermex à cause du salaire. J'ai trente ans de métier et je touche clairement moins aujourd'hui qu'avant, c'est inadmissible. Le statut d'intérimaire fragilise les travailleurs, et les patrons profitent de cette faiblesse pour les exploiter, c'est dommage. Il faudrait davantage de protection et de contrôles pour éviter cela.»

Valentin, chef d'équipe, en intérim
«Il y a énormément de travailleurs temporaires sur le chantier de HRC, c'est clair, mais rien que dans notre corps de métiers, nous sommes 40 chauffagistes: c'est compliqué pour une entreprise d'en avoir autant à disposition. Pour ma part, j'y suis depuis le mois de juillet et j'ai la chance d'être dans une agence qui me paie à ma juste valeur. J'ai 12 ans de métier, dont 7 en Suisse où j'ai travaillé pour cinq entreprises différentes. Nous avons voulu garantir nos places jusqu'au 31 mars pour éviter des représailles suite à la grève, mais il y aura encore du travail jusqu'à fin 2018 et j'irai volontiers jusqu'à la fin du chantier. Pour nous, les intérimaires, ça a été plus facile de nous mobiliser, nous n'avions rien à perdre. Les employés de Thermex n'ont pas osé, c'était comme trahir le patron pour eux. Unia, ça a été l'étincelle qui a permis d'allumer le feu: jusque-là on tournait en rond, on n'arrivait à rien. Avec le recul, j'ai le sentiment que depuis le début on nous a roulé dans la farine avec cette histoire d'indemnités repas, et comme ils ont vu qu'on n'allait pas se laisser faire, ils ont reconnu leurs torts. Je pense que le fait que ce soit un chantier public a aussi été un moyen de pression supplémentaire.»
Propos recueillis par MT

 

Edition n° 1/2/3 du 17 janvier 2018

 
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