Les syndicats rejettent les propositions indigentes sur la prévoyance vieillesse
Unia et l'USS s'opposent au relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans que propose le Conseil fédéral

Après l'échec dans les urnes du projet Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020) le 24 septembre dernier, le Conseil fédéral prépare un nouveau projet de réforme des retraites. Cette fois, l'AVS et le 2e pilier seront traités distinctement.

L'avenir des retraites marquera encore la politique suisse en 2018. Le 20 décembre, le Conseil fédéral a fixé les contours de la nouvelle réforme des retraites. Après l'échec dans les urnes du projet Prévoyance vieillesse 2020 (PV2020) le 24 septembre 2017, Alain Berset a revu sa copie. Cette fois, le conseiller fédéral propose de traiter distinctement l'AVS et le 2e pilier, en commençant par la première. Si le renforcement du premier pilier et l'augmentation des rentes semblent abandonnés, l'objectif de fixer à 65 ans l'âge de référence de départ en retraite reste inchangé. Le chef du Département fédéral de l'intérieur demeure attaché à une retraite flexible, avec la possibilité de s'arrêter de travailler dès 62 ans ou de continuer jusqu'à 70 ans. Le Département de l'intérieur doit revenir d'ici le mois prochain vers le Conseil fédéral avec les grandes lignes du projet, qui sera ficelé au printemps. Après une consultation, la réforme devrait être adoptée avant la fin de l'année par le gouvernement et sera alors présentée au Parlement fédéral. La votation devrait avoir lieu au plus tôt en 2020.

Sur le dos des femmes
Cette annonce a provoqué une levée de boucliers des syndicats. Unia dénonce dans un communiqué des «propositions indigentes» et une réforme «sur le dos des femmes». «La majorité bourgeoise a réussi à faire capoter PV2020 et aujourd'hui le Conseil fédéral revient avec le même projet, mais sans les 70 francs d'augmentation des rentes AVS», explique Aldo Ferrari, vice-président d'Unia. «Et la réforme est scindée en deux; on dit que l'avenir du 2e pilier sera discuté ultérieurement avec les partenaires sociaux. Ce serait donc à ceux-ci de trouver des solutions à la baisse des rentes du 2e pilier... Cela démontre pour la direction d'Unia que le grand vainqueur du refus de PV2020 est la droite dure: elle va imposer des mesures qui vont coûter plus cher. Je crains que le réveil ne soit douloureux. Nous l'avions prévu et annoncé, c'était d'ailleurs l'une des raisons de notre soutien à PV2020.» Quant au relèvement de l'âge de la retraite des femmes, cette fois, «il ne passe pas»: «Il n'y a pas de réelle compensation envisagée, cela paraît assez clair. Il y avait un compromis, aujourd'hui il n'y a plus de compromis, donc ce n'est pas un sujet de discussion, ce n'est plus à l'ordre du jour, on ne discute plus», martèle le responsable syndical.
L'Union syndicale suisse (USS) de son côté déplore que le Conseil fédéral ne dise rien de la baisse du pouvoir d'achat des retraités en raison de la hausse des primes maladie et des coûts de la santé, de la réduction des rentes du 2e pilier des futurs retraités, de la situation difficile des travailleurs âgés, ni encore des rentes trop basses des femmes. «Nombre de voix qui se sont prononcées contre Prévoyance 2020 étaient celles de retraités actuels qui ressentaient comme injuste le fait que seules les rentes des futures générations de retraités auraient été augmentées», relève la faîtière syndicale dans une prise de position.

Renforcer l'AVS
L'USS demande de meilleures rentes AVS financées par une hausse des cotisations, le maintien à 64 ans de l'âge de départ des femmes, «car son relèvement a été une mesure très contestée qu'une nette majorité des femmes a rejetée», ainsi que le droit à rester dans sa caisse de pension pour les travailleurs de 58 ans et plus qui perdent leur emploi. «Il est certain que l'AVS a besoin d'un financement additionnel, cela fait 43 ans que ses cotisations n'ont pas augmenté», souligne Aldo Ferrari. «C'est indispensable au vu de la démographie et de l'effet du "papy-boom". Faute de quoi on va se retrouver dans les chiffres rouges. C'est peut-être ce que veulent certains. Nous voulons, au contraire, la renforcer, parce qu'il s'agit du pilier le plus stable et le plus solidaire.» La prévoyance vieillesse sera à l'ordre d'une assemblée extraordinaire des délégués d'Unia le 17 mars prochain.

Jérôme Béguin

 

Edition n° 1/2/3 du 17 janvier 2018

 
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