Le Fablab un atelier pas comme les autres
Le partage des connaissances et l'autonomisation face à la tehnologie numérique sont au coeur du Fablab de Renens

Dans les Ateliers de Renens, un Fablab offre à toutes personnes intéressées la possibilité de réaliser leurs idées les plus folles, grâce aux imprimantes 3D et autres machines ainsi qu'au soutien de bénévoles dévoués.

Fabriques et laboratoires. Deux mots que les fondateurs d'un mouvement mondial ont mariés pour créer les Fablab au début de ce siècle.
En Suisse, après Lucerne et Neuchâtel, et avant beaucoup d'autres, celui de Renens est né en 2013. Sis à la rue du Chêne, il a ensuite migré, il y a une année, aux Ateliers de Renens. Il y partage un local avec le Hackerspace Fixme, qui regroupe des passionnés d'informatique et d'électronique. Ces deux entités ont une même philosophie: le partage des connaissances. «Les Fablab sont nés du constat que notre civilisation était atteinte d'un mal incroyable: des gens de plus en plus pointus dans leur domaine qui ne communiquent pas entre eux. Il fallait donc décloisonner d'urgence, et ouvrir la technologie à tous les citoyens. Aujourd'hui, il se crée des Fablab partout. Ils sont tous différents, mais partout l'esprit est non lucratif, non marchand, et avec le souci de partager les connaissances», explique Richard Timsit, cheville ouvrière du Fablab de Renens, ancien informaticien de l'EPFL. «Ici, nous concevons et réalisons des objets techniques, grâce à la fabrication numérique.»

Ouvert à tous
Le Fablab de Renens compte une soixantaine de membres, payant une cotisation annuelle de 100 francs par année. Des ingénieurs, des informaticiens, des médecins, des physiciens, des historiens, des biologistes, des bijoutiers, des photographes, des orthopédistes, beaucoup d'hommes mais aussi des femmes, des retraités et des chômeurs, le fréquentent. Autant d'inventeurs qui apportent leurs idées et y trouvent un moyen de les réaliser, grâce aux imprimantes 3D, à la découpeuse laser et surtout au savoir de l'homme à tout faire, Richard Timsit. «Ce qui nous anime, c'est ce désir de créer une passerelle entre la culture technique et la culture générale», relève ce professeur Tournesol ingénieux, qui soutient la réalisation des idées les plus folles. «Le plus souvent, on crée avec l'imprimante 3D des prototypes en PLA, un biopolymère, sorte de plastique biodégradable constitué d'amidon de maïs.»
Entre autres objets conçus: un virus modélisé pour une campagne de l'Université sur les thérapies phagiques, fruit d'un dialogue avec les biologistes; ou encore des plans d'architecture pour offrir à des personnes aveugles la possibilité de se représenter leur nouveau bâtiment, ou encore la construction d'un château fort pour des enfants malvoyants. «C'était passionnant de dialoguer avec eux pour comprendre quel motif représentait le mieux les murs, la brique, selon leurs perceptions...», relate Richard Timsit.
Des artisans fréquentent le Fablab, ainsi que des artistes qui y trouvent les conditions idéales pour réaliser leurs recherches personnelles. Comme l'indique la charte du Fablab, «des activités commerciales peuvent être initiées, mais ne doivent pas faire obstacle à l'accès ouvert du lieu».

Une fourmilière
En ce mardi après-midi de fin novembre, Jean arrive le premier, et s'assied à l'un des bureaux pour ouvrir son portable. Son projet? «Développer des capteurs de force pour connaître la pression exercée sur le dos du cheval par la selle et le cavalier.» Au chômage, il relève la belle philosophie du Fablab. «Ici, toutes les connaissances sont transmises, pas comme dans l'industrie où on vire des gens, et leurs compétences avec...»
Un peu plus loin, Jacques, à la retraite, définit le Fablab comme une fourmilière. «C'est une mine d'informations sur les plans techniques, scientifiques, artistiques. Pour ma part, j'ai toujours eu besoin de créer des objets concrets. Je suis arrivé ici parce que je cherchais une aide pour une modélisation en 3 dimensions d'un photophore. Autrement dit, comment incruster une image sur une pièce en relief, un dôme, en évitant la déformation et en jouant avec la transparence?» L'inventeur a ainsi pris parallèlement un cours de porcelaine fine, et a déjà plusieurs autres projets en tête - comme tous ceux qui fréquentent ce lieu hors temps et hors circuit.

Quand l'objet nous utilise
«Les machines, on les préfère rustiques, car cela permet de les transformer. Les boîtes noires telles les machines Nespresso ne sont pas bien intéressantes, on ne peut rien en faire», explique Richard Timsit, critique vis-à-vis du consumérisme. «Aujourd'hui, on n'utilise plus les objets techniques, on est utilisé par eux! Or ce qu'on a besoin de toute urgence, c'est de comprendre et de faire comprendre la technologie pour la mettre à notre service et non pas exclusivement au service du marché. Les travailleurs sont de plus en plus dépossédés de leur savoir-faire au profit des machines. Car un robot est toujours de bonne humeur, plus précis et plus rapide qu'un humain. En plus, il travaille jour et nuit et n'est pas syndiqué.»
Entre deux conseils ou soutiens techniques aux membres présents, Richard Timsit relativise le calme qui règne dans l'atelier: «Généralement, il y a davantage de monde et de jeunes le soir au Fablab.» Anne, physicienne des particules à la retraite, est aussi l'un des piliers du Fablab. Elle résume le lieu en ces termes: «C'est un espace où l'on prend possession de la technologie pour ne pas la subir. L'idée est d'être créatrice plutôt que consommatrice. La grande question, à mon avis, réside dans le comment insuffler de l'autonomie aux gens?»
Beaucoup des membres du Fablab fréquentent également le Makerspace Made@UC, en bas de l'immeuble, atelier complémentaire, car il possède beaucoup plus de machines et d'espace. Les tarifs varient selon le temps que l'on y passe, d'une demi-journée à une année. «On peut donc venir développer une idée ici et la concrétiser au Makerspace. Car le Fablab est un lieu davantage axé sur l'apprentissage de la chaîne numérique et de l'usage de l'ordinateur», indique Richard Timsit. Et d'ajouter: «Il est essentiel de développer une critique des technologies. Car on fonce droit dans le mur et à toute vitesse. Si toute technologie est à la fois remède et poison, il faut faire en sorte qu'elle nous libère et soit donc remède. Le Fablab est un lieu où l'on fait les choses, car comment comprendre sans faire?»

Aline Andrey

www.fablab-renens.ch
Portes ouvertes tous les mardis de 15h à 21h30.


Les Ateliers de Renens

Les Ateliers de Renens ont ouvert leurs portes en 2016 dans la friche industrielle des IRL (Imprimeries réunies de Lausanne). Un labyrinthe qui regroupe aujourd'hui de multiples espaces de création, des incubateurs et des start-up, des lieux de coworking, un Makerspace, un Fablab, un Hackerspace, UniverCité - un laboratoire citoyen et participatif animé par l'association Hackuarium -, un fabricant de coucous suisses, une société horlogère, un brasseur... La cafétéria est gérée par l'association Mobilet'.
Pour mémoire, à l'annonce de la fermeture des IRL en 2012, la ville de Renens et le canton de Vaud interviennent. Cacib SA (dont les actionnaires sont la ville de Renens et la Sicol - Société industrielle et commerciale de l'Ouest lausannois) rachète le bâtiment. S'ensuit le transfert des activités de la Fondation des Ateliers de la ville de Renens, créée en 2007 au moment de l'installation de l'Ecole cantonale d'art de Lausanne (Ecal) dans les anciens ateliers d'Iril, spécialiste du bas nylon.
AA

 

Quelques définitions

Les Fablab sont des ateliers de fabrication numériques. «Des lieux de partage et d'accès libre à des technologies de prototypage rapide où l'on peut fabriquer à peu près tout.» Source: www.fab-lab.renens.ch

Les Hackerspace sont des lieux qui regroupent des gens avec un intérêt commun, souvent en lien avec la technologie. «Des laboratoires communautaires ouverts, où des gens (les hackers) peuvent partager ressources et savoirs.» Source: Wikipédia.

Les Makerspace sont des ateliers où l'on apprend à utiliser des machines, et à réaliser ses idées. Il y a mutualisation des moyens, des connaissances et des idées. Source: www.made.univercite.ch Soirée découverte aux Ateliers de Renens chaque premier mercredi du mois, de 19h à 22h.

A noter que ces ateliers citoyens ont une même éthique: le partage libre d'espaces, de machines, de compétences et de savoirs...
AA

 

Edition n° 1/2/3 du 17 janvier 2018

 
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