L'arche de Sarah
Géré par Sarah Quiquerez le domaine de Bel-Air sur les hauts du Landeron abrite un refuge pour animaux sauvages

Sur les hauts du Landeron, dans le canton de Neuchâtel, Sarah Quiquerez a créé un refuge pour animaux sauvages délaissés abritant 200 pensionnaires. Partageant son temps entre les soins à ses protégés et son travail d'agricultrice bio, cette passionnée affronte un quotidien exigeant qu'elle ne changerait pourtant pour rien au monde. A la rencontre de Crémeux, Biquette, Pic et Nic, Luna et tant d'autres... dans le sillage de cette amie inconditionnelle des bêtes.

Une rangée d'oies gloussant bruyamment, toutes ailes déployées; des chevaux placides paissant dans le pré voisin; des guanacos observant avec une certaine morgue et un rien de méfiance les intrus... Pas de doute, nous sommes bien au domaine de Bel-Air, sur les sommets du Landeron (NE) abritant une singulière ménagerie. Salutations et franche poignée de main, la maîtresse des lieux, agricultrice et gardienne d'animaux sauvages, Sarah Quiquerez, 56 ans, nous attend pour la visite. Une promenade à laquelle s'invitent ses deux chiens, Spoke et Speedy, un berger croisé et un fougueux et joueur border collie rappelés régulièrement à l'ordre... «Le domaine appartenait déjà à mon arrière-grand-père. Il s'étend sur 42 hectares. Avant, on y élevait des vaches laitières», relève l'agricultrice arpentant, bottes et veste chaude de rigueur en cette frissonnante journée d'hiver, cet espace qu'elle gère depuis l'an 2000. Un lieu qu'elle a transformé, petit à petit, en refuge. «Un rêve de petite fille. J'ai commencé par recueillir des poules, des lapins, et des wallabys, pareils aux kangourous mais en plus petits» explique Sarah Quiquerez confiant se sentir plus à l'aise avec les bêtes que les humains, qui lui font peur... «Je suis un peu sauvage. Je n'aime pas trop la foule» souffle-t-elle encore. Quant aux animaux, la majeure partie provient de zoos ou de particuliers qui n'en veulent plus. «Les abandons injustifiés me révoltent. Il s'agit d'êtres vivants. Mais je ne juge pas les personnes», poursuit-elle tout en gagnant le parc des capibaras, les plus grands rongeurs au monde. Curieux, ces sortes de hamsters géants aux pattes palmées - expliquant la raison de l'étang créé dans leur enclos - s'approchent de la gardienne.

Tellement zen
«Je les adore, ils sont supersympas et tellement zen», lance la passionnée, mariée et mère de trois grands enfants, gratifiant au passage de quelques gratouilles ses protégés au pelage aussi hirsute et rugueux que de la paille. «Ce sont des herbivores. Ils se nourrissent essentiellement de foin, de maïs et de légumes», note-t-elle encore, continuant à caresser Luna - tous les pensionnaires du refuge possèdent un prénom. Plus loin, de fiers alpagas dont Crémeux, un spécimen blanc faisant partie des chouchous de Sarah Quiquerez, suscitent une curiosité réciproque. Alors que des daims, craintifs et timides, ne résistent toutefois pas aux cacahouètes tendues. «Ils appartenaient auparavant à un home qui, ne pouvant plus les garder, nous les a confiés en urgence. On a créé cet espace pour eux.» Et Sarah Quiquerez - aidée par un retraité et par un ou deux apprentis gardiens d'animaux sauvages - de préciser que l'ensemble des aménagements sont maison et réalisés le plus souvent avec des matériaux de récupération. Une organisation de l'espace offrant un maximum de liberté aux occupants et des structures visant à favoriser leur bien-être entre cabanes, galeries, points d'eau... et à certains endroits des barrières électriques pour repousser les renards... Un détour dans l'ancien local à fourrage transformé en cuisine et salle de soins des pensionnaires témoigne encore du travail que génère une telle entreprise. «Je consacre toute la matinée à les nourrir, nettoyer les parcs, effectuer des réparations... Sept jours sur sept. Mais vivre au milieu des animaux c'est génial, le paradis sur terre. Ils ne nous déçoivent jamais.»

Singulière arche de Noé
Entre yacks, ânes, cochons d'Inde, moutons (18 races dont celle à quatre cornes originaire de Mésopotamie), écureuils de Chine, dragon d'eau... sans oublier une ribambelle de biquettes naines gambadant joyeusement à côté de leur étable ou encore les oiseaux exotiques de la volière - un pis-aller, la propriétaire détestant l'idée de cage... -, la découverte se poursuit générant enchantement et respect pour cette singulière arche de Noé qui abrite pas moins de 200 animaux représentant 28 espèces différentes. «Je pourrais en accueillir davantage. Ce n'est pas la place qui manque mais les moyens financiers. J'ai récemment dû refuser des singes bien que j'en rêvais», précise Sarah Quiquerez qui ne touche aucune aide pour le refuge et se débrouille tant bien que mal entre les dons, les entrées saisonnières*, des ateliers pédagogiques et animations ponctuelles, et sa casquette d'agricultrice bio -; elle tire notamment ses revenus de la culture de pommes de terre et de maïs, des foins et pâturages, des subventions (zone écologique protégée). Pour tenter d'amener un peu de beurre dans les épinards, Sarah Quiquerez propose aussi, dans la yourte de bois construite avec son mari sur le domaine, des mets spécifiques (sur réservation) et des possibilités de nuitées insolites: sous une tente suspendue dans les arbres, au milieu de pâturages ou encore dans un chalet féérique.

Paperasserie horrible
«L'idée est d'offrir aux intéressés la possibilité de dormir à proximité des animaux. De leur faire vivre une expérience particulière, au milieu de la nature.» Reste que si la vie est dure, sans aucun jour de vacances ou presque, Sarah Quiquerez ne la changerait pour rien au monde, elle qui a toujours voulu habiter sur le domaine, entourée d'animaux. Elle fustige néanmoins les contraintes administratives liées à ses différentes activités. «Horrible la montagne de paperasse qu'elles nécessitent. Pour tout: le travail agricole, les animaux, le refuge, le bio, les apprentis, le restaurant... Totalement exagéré. J'aurais besoin d'une secrétaire. C'est trop lourd. Il y a des fois où j'en pleurerais. Et ça ne cesse d'augmenter avec l'introduction constante de nouvelles lois et normes.» Heureusement qu'elle trouve des compensations avec ses amies les bêtes. «Le moment préféré dans la journée, quand je me trouve à leur contact», note encore la passionnée qui s'est donnée pour mission de leur garantir un cadre de vie et des conditions d'existence les meilleurs possible. «Comme on ne peut les relâcher, je veux qu'ils vivent une retraite paisible, heureuse. Le respect des bêtes et de la terre, dont nous sommes seulement locataires, est au cœur de la philosophie du domaine.»


Sonya Mermoud

 

*Domaine de Bel-Air, Le Landeron
Ouverture de mars à octobre, les mercredis et jeudis de 13h30 à 17h et le samedi, de 10h à 17h. Entrée: 5 francs pour les enfants (dès 3 ans), 8 francs pour les adultes.
www.brebis.ch

 

 

Edition n° 5 du 31 janvier 2018

 
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