Victoire d'étape pour les salariés de l'ATS
Après 4 jours de grève les employés de l'ATS ont obtenu l'ouverture de négociations directes avec le conseil d'administration

Le personnel de l'Agence télégraphique suisse (ATS) se bat contre un plan d'économies qui réduit de 36 postes de travail équivalents plein temps, sur 150, l'effectif des journalistes. La grève a été suspendue vendredi en raison de l'ouverture de négociations.

Le personnel de l'ATS a mené quatre jours de grève la semaine dernière. Pour rappel, les employés de l'agence de presse avaient déjà débrayé durant trois heures le 23 janvier. Ils s'opposent à un plan d'économies qui réduit de 36 postes de travail équivalents plein temps, sur 150, l'effectif des journalistes. Loin de calmer ses troupes en ébullition, le directeur de la société, Markus Schwab, a mis le feu aux poudres dans une interview donnée le 28 janvier à la NZZ am Sonntag. Sans montrer de compassion pour ses collaborateurs licenciés, le CEO de l'ATS, dont on murmure qu'il perçoit le salaire d'un conseiller fédéral (450 000 francs), a affirmé que son agence n'était pas un service public, que son but était de dégager un bénéfice et qu'elle n'avait de compte à rendre qu'à ses actionnaires. «Ces déclarations ont eu pour effet de galvaniser la rédaction et de nous donner le courage nécessaire pour nous mettre en grève», explique Marc, journaliste romand.

A l'abattoir
Entretemps, la direction avait convoqué tous les collaborateurs à un entretien individuel. «On y allait à tour de rôle comme à l'abattoir. Ça ne durait pas plus de 10 minutes. Le travail des uns et des autres n'était pas jugé, on a seulement pris les plus âgés et les stagiaires pour les licencier, les employés à temps partiel se voyant, eux, diminuer leur temps de travail», indique Marc. Environ 80 personnes ont été touchées par ces mesures. «C'est une restructuration très lourde, violente, brutale. Et ce qui est énervant, c'est le manque de considération pour les employés qui font l'ATS», ajoute le journaliste, qui s'est vu signifier une réduction du temps de travail. «On coupe les têtes sans stratégie», déplore Regina. Agée de 61 ans, cette correspondante au Palais fédéral en langue italienne, n'a pu de son côté échapper au licenciement. «Lorsqu'on me l'a annoncé, ça a été une claque monumentale, surtout que l'on n'avait jamais trouvé à redire de mon travail en 35 ans de boîte!»

Service public en jeu
Durant leur grève entamée le 30 janvier, les salariés de l'ATS ne sont pas restés les bras croisés. Le premier jour, ils ont manifesté aux abords du Palais fédéral. Le lendemain, ils se sont rendus à Zurich au siège de Tamedia pour se faire entendre par l'actionnaire de référence de l'agence. Jeudi, c'est à Lausanne qu'ils ont débarqué, pour une manifestation devant la radio publique. Les employés de la RTS, qui sont aussi menacés d'une sévère restructuration par l'initiative «No Billag», attendaient leurs collègues de l'ATS avec des panneaux de lettres formant le mot «solidaires» et les ont accueillis par des applaudissements. «ATS, SSR, même combat! C'est le service public qui est en jeu. Et ce combat, nous devons le mener tous ensemble», a lancé Christian Campiche, président d'Impressum, aux quelque 250 personnes rassemblées au pied de l'immeuble du quartier de la Sallaz. Vice-présidente de Syndicom, Stephanie Vonarburg a rappelé les revendications des grévistes: la suspension de la restructuration, l'ouverture de négociations directes avec le conseil d'administration, puisque la confiance est rompue avec la direction, et le respect des employés. A ces revendications s'ajoute la réflexion sur l'avenir de l'ATS, comme l'a souligné un journaliste romand. Comment garantir que les minorités linguistiques bénéficient du service public?

Feller soutient la grève
Des orateurs se sont succédé pour témoigner de leur soutien. «Je suis ici parce que je suis un partisan du partenariat social. Ce qui vous arrive n'a rien à voir avec le partenariat social, il s'agit d'une volonté d'imposer des mesures sans dialogue social», a dit Olivier Feller. «L'ATS est certes une entreprise privée, mais c'est une entreprise d'intérêt public, de service public, essentielle à notre pays, notre fédéralisme et notre démocratie pour la qualité, l'indépendance et la diffusion des informations. Et comme la SSR, l'ATS est une entreprise systémique dans le domaine des médias», a ajouté le conseiller national PLR, que l'on ne s'attendait pas à croiser dans un mouvement social. «Pour la première fois de ma vie, je soutiens une grève», a-t-il reconnu en aparté. «Nous sommes impressionnés par votre mobilisation», a déclaré, pour sa part, Yves Defferrard, président de l'Union syndicale vaudoise. «L'expérience nous a montré que lorsqu'on est solidaires, unis, on peut faire revenir en arrière une direction, il faut y croire, c'est possible. Nous sommes derrière vous jusqu'au bout», a clamé le secrétaire régional d'Unia Vaud.

Courage, force et solidarité
Au nom d'Unia, la présidente Vania Alleva avait envoyé un message de solidarité aux grévistes, leur souhaitant «beaucoup de courage, de force et de solidarité pour les batailles à venir». Ils n'en ont pas manqué. «On vient de toute la Suisse, on est unis et fiers les uns des autres», se félicitait un journaliste durant le rassemblement à Lausanne. «A l'exception de quelques chefs, tout le monde est en grève», constatait une autre rédactrice. Même la rubrique sportive, pourtant épargnée par la restructuration, tournait au ralenti. «Nous sommes six grévistes sur sept employés en Suisse romande. Ça m'embête de ne pas pouvoir bosser, j'ai envie de travailler, mais si on ne fait pas grève tous ensemble, ça ne sert à rien», confiait un journaliste sportif.
Cette détermination a produit son effet. Jeudi soir, une délégation de la commission de rédaction a rencontré des représentants du conseil d'administration, qui se sont dit prêts à engager des négociations si la grève était levée. Le lendemain, une assemblée du personnel a décidé de la suspendre. La commission de rédaction, Syndicom et Impressum ont reçu mandat de représenter les salariés. La toute première négociation doit porter sur la suspension des licenciements. La grève reprendra si cette demande n'est pas satisfaite.

Jérôme Béguin

 

 

Edition n° 6 du 7 février 2018

 
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