Une marque de vêtements met la main à la poche
Une multinationale de l'habillement verse 2,3 millions de dollars pour sécuriser les usines au Bangladesh

A la suite d'un règlement à l'amiable avec les syndicats mondiaux Industriall Global Union et Uni Global Union, une multinationale de l'habillement va verser 2,3 millions de dollars pour remédier aux risques sécuritaires mortels dans les usines de ses fournisseurs au Bangladesh. Cet arrangement est intervenu après que l'affaire a été portée devant la Cour d'arbitrage permanente de la Haye. Précisions.

Une multinationale de l'habillement verse 2,3 millions de dollars pour sécuriser les usines de ses fournisseurs au Bangladesh. Succès des syndicats et des travailleurs

«Ce règlement à l'amiable est une grande victoire pour les travailleurs de la confection au Bangladesh.» Dans un communiqué commun publié le 29 janvier dernier, les syndicats mondiaux Industriall Global Union et Uni Global Union ont annoncé qu'une multinationale de l'habillement allait payer 2,3 millions de dollars. Ce montant, «un des plus élevés jamais versés», servira essentiellement à remédier aux dangers rencontrés dans les usines des fournisseurs de l'entreprise en question, au Bangladesh. 300 000 dollars viendront alimenter un fonds destiné à soutenir l'action des syndicats afin d'améliorer les conditions de travail et de salaires des ouvriers des chaînes d'approvisionnement mondiales. La transaction a été obtenue à la suite de l'intervention de la Cour d'arbitrage permanente de la Haye. Cette dernière a été saisie dans le cadre de l'Accord sur la sécurité incendie et la sécurité des bâtiments au Bangladesh. Et pour cause. Des défaillances potentiellement mortelles dans les fabriques de la marque de prêt-à-porter avaient été décelées sans que cette dernière n'oblige ses prestataires à corriger le tir dans les délais fixés. La multinationale ne leur avait pas davantage donné les moyens financiers d'intervenir, comme l'exige pourtant l'Accord, à force exécutoire.

Des milliers de travailleurs en danger
«Lorsque la requête a été déposée, en octobre 2016, aucun des fournisseurs connus de la multinationale n'avait procédé aux travaux obligatoires. Tous leurs ateliers présentaient au moins un risque de sécurité grave.» Absence d'alarme incendie, d'extincteurs, de portes coupe-feu, de séparation entre des matériaux inflammables et les chaudières... La négligence observée exposait des dizaines de milliers de travailleurs à des dangers divers. «Nous sommes très satisfaits de l'arrangement. Le montant obtenu paiera le travail nécessaire pour remettre en état les usines. Plus de 150 fabriques sont concernées», précise Jenny Holdcroft, secrétaire générale adjointe d'Industriall relevant que le nom de la marque ne peut être divulgué, la confidentialité étant une condition sine qua non de la Cour d'arbitrage.
Si la démarche des syndicats a eu pour conséquence d'inciter plusieurs sous-traitants de la multinationale à accélérer le processus de réhabilitation des ateliers, d'autres ont toutefois continué à traîner les pieds. «Toutes les améliorations qui s'imposent doivent être faites à l'expiration de l'Accord du Bangladesh, en mai 2018», précisent encore les organisations de défense des travailleurs, soulignant l'efficacité de cette convention. «Le règlement obtenu est la preuve que les mécanismes contraignants peuvent obliger des multinationales à rendre des comptes...» a déclaré Valter Sanches, secrétaire général d'Industriall, espérant que cet engagement financier serve d'exemple à d'autres entreprises.

Eviter de nouveaux drames
L'Accord du Bangladesh, qui a force de loi, couvre 2,5 millions de travailleurs de la confection textile dans le pays. Il a été instauré par Industriall Global Union et Uni Global Union à la suite de la tragédie du Rana Plaza à Dacca. Pour mémoire, ce bâtiment, abritant plusieurs ateliers de couture opérant pour différentes marques de vêtements internationales, s'était effondré le 24 avril 2013, provoquant la mort de plus de 1130 personnes.
A ce jour, précisent les syndicats, des inspecteurs ont vérifié l'état de plus de 1800 fabriques fournissant quelque 200 marques. Environ 118 500 risques d'incendie, de défaillances du système électrique et de structure ont été signalés. 83% des dangers identifiés ont été éliminés et 500 ateliers concernés par l'Accord ont effectué 90% au moins des réparations. A noter encore qu'une seconde convention a été signée en juin dernier. Cette nouvelle mouture entrera en vigueur en mai prochain et prorogera les protections garanties durant trois années supplémentaires sauf si un comité de surveillance représentatif de toutes les parties en présence convienne à l'unanimité que les conditions rigoureuses ont depuis été remplies. Dans ce cas, un organe réglementaire national prendra le relais.

Sonya Mermoud

 

Edition n° 6 du 7 février 2018

 
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