Hémorragie de postes de travail dans l'habillement
Charles Vögele a annoncé une nouvelle charrette de licenciements après son rachat en décembre 2016 par OVS leader italien

Blackout, Bata, Yendi, Globus, Charles Vögele. L'hémorragie des postes de travail se poursuit dans la branche de l'habillement en Suisse. Après une cinquantaine de postes de travail supprimés début 2016 chez Charles Vögele, racheté en décembre dernier par le numéro un italien OVS, puis une centaine en janvier, 160 nouveaux emplois devraient disparaître dans les deux centres logistiques situés dans le canton de Schwyz.

Le commerce de détail, et de l'habillement en particulier, subit une saignée de postes de travail en Suisse. Après Globus qui a annoncé dernièrement la suppression de 80 emplois en Argovie, après les 500 postes perdus chez Yendi pour cause de faillite à la fin avril, les 175 licenciements chez Bata en 2016 ou encore la fermeture l'an dernier de certaines boutiques Blackout, c'est la société Charles Vögele qui annonçait la semaine passée de nouvelles suppressions d'emplois.
Début 2016, une cinquantaine de postes a déjà disparu au siège de Charles Vögele à Pfäffikon, dans le canton de Schwyz, dont la moitié par licenciements immédiats. En janvier 2017, la société de vêtements, créée il y a 62 ans, avait annoncé 100 licenciements supplémentaires sur le même site, cette fois dans les domaines des achats et du design. Des activités délocalisées en Italie à la suite de l'acquisition en décembre 2016 de Charles Vögele, en difficultés financières, par le groupe d'investisseurs Sempione Retail, détenu pour plus d'un tiers par le leader italien du prêt-à-porter, le groupe OVS, anciennement Oviesse.

Logistique regroupée en Italie
En achetant Charles Vögele, OVS souhaite étendre son empire en Suisse et dans des pays où le leader helvétique de la mode est présent, notamment en Autriche, en Allemagne et en Slovénie. Les 160 suppressions d'emplois annoncées mardi 16 mai concernent le secteur de la logistique, actif sur les deux sites schwyzois du groupe, à Pfäffikon et à Freienbach. La société a prévu d'externaliser la distribution et de la confier à l'entreprise XPO Logistics. Cette dernière gère déjà le centre de distribution d'OVS à Pontenure, près de Plazencia dans le nord de l'Italie, centre gigantesque d'où est expédiée la marchandise vers les 1200 boutiques italiennes et étrangères d'OVS. Un porte-parole de Charles Vögele a expliqué à l'ATS que les marchandises seront acheminées de l'Asie vers Pontenure puis redistribuées vers la Suisse, l'Allemagne et l'Autriche.
Selon l'ATS, une procédure de consultation a été ouverte pour la nouvelle restructuration et les informations sur les plans de transfert de la logistique ont été données aux collaborateurs. L'ATS indique encore que Charles Vögele dispose d'un plan social «usuel dans la branche» et que l'entreprise ne compte pas discuter avec Unia, alléguant que ses employés ne sont pas syndiqués. Ce que réfute vivement Natalie Imboden, responsable de la branche du commerce de détail à Unia. «Nous avons été mandaté par des employés lors des premiers licenciements déjà», souligne la syndicaliste qui ajoute que le plan social n'a été «ni discuté, ni négocié avec personne». Elle s'indigne de cette nouvelle charrette de licenciements alors qu'une procédure devant l'Office de conciliation, ouverte en début d'année, est toujours en cours pour que le syndicat soit reconnu comme partenaire à la négociation.
Dans un communiqué, Unia dénonce la consultation annoncée la semaine dernière comme «une farce». Le syndicat exige une procédure digne de ce nom et respectant les droits des employés. «Nous voulons négocier pour limiter le nombre de licenciements et pour améliorer le plan social», précise Natalie Imboden, qui craint une restructuration plus globale. «Le personnel des magasins a peur de futures pertes d'emplois dans les succursales. OVS a une ligne plus jeune que Charles Vögele et une ligne pour enfants. Le groupe va développer ses enseignes selon ses besoins», indique la syndicaliste alors que le processus de changement d'enseignes est en cours. Les points de vente de Charles Vögele, quelque 163 boutiques en Suisse, doivent en effet se muer, courant 2017, en magasins OVS. Quelques enseignes, notamment à Crissier, Genève, Bâle et Stans, ont déjà fait le pas.

Sylviane Herranz



Face au commerce en ligne, les chaînes helvétiques doivent se réveiller
Pour la responsable du commerce de détail d'Unia, l'hémorragie des postes de travail dans l'habillement serait due en grande partie au tournant que les chaînes de la mode helvétiques auraient tardé à prendre à la suite du développement du commerce en ligne. «Elles ont un peu dormi, et doivent s'y mettre face à la concurrence internationale. Pour cela, il est nécessaire qu'elles investissent dans le personnel et les innovations.» Natalie Imboden constate également que tout est en mouvement. Bata avait par exemple décidé de fermer toutes ses succursales suisses l'an passé, or aujourd'hui, la société rouvre certains magasins. «Ce qu'on ne sait pas, c'est à quelles conditions le personnel est traité lors de ces réouvertures. Il y a une pression générale sur les conditions de travail dans la branche. Ces dernières empirent. Le seul moyen de s'y opposer serait de disposer d'une convention collective nationale, qui permettrait non seulement de fixer un salaire minimum mais également de contrôler la flexibilisation du temps de travail, un des problèmes majeurs aujourd'hui.» Pour l'heure, une telle CCT n'est toujours pas à l'ordre du jour. Concernant OVS, la syndicaliste informe néanmoins qu'une CCT d'entreprise existe en Italie. L'avenir dira si elle pourrait, comme la société, s'étendre elle aussi en Suisse...
SH

 

 

Edition n° 21 du 24 mai 2017