Violente attaque de l'Usam contre les droits des travailleurs
L'association faîtière des PME veut flexibiliser La Loi sur le travail et les ordonnances protégeant les salariés

Le catalogue de revendications de l'Usam, porté par des conseillers nationaux UDC et radicaux-libéraux, annonce un véritable démantèlement de la Loi sur le travail sous couvert de «modernisation» d'un droit qu'ils considèrent comme obsolète. Unia et l'Union syndicale suisse dénoncent une grave atteinte à la protection des travailleurs.

«Une gifle pour beaucoup de salariés.» «Une attaque frontale.» C'est en ces termes qu'Unia a qualifié, la semaine dernière, les mesures présentées par l'Union suisse des arts et métiers (Usam) lors d'une conférence de presse tenue à Berne.
L'Usam est la plus grande organisation de l'économie suisse et représente quelque 300000 petites et moyennes entreprises (PME). Lors de la conférence de presse, c'est un panel de conseillers nationaux UDC et Libéraux-Radicaux (PLR) qui ont présenté les mesures de démantèlement du droit du travail souhaités par cette association. Mis à part Gian-Luca Lardi, président de la Société suisse des entrepreneurs (SSE) et membre du comité directeur de l'Usam, tous les autres présents sont des élus au Parlement fédéral: Jean-François Rime, UDC et président de l'Usam, Hans-Ulrich Bigler, PLR et directeur de l'Usam, Sylvia-Flückier-Bäni, UDC et membre du comité directeur de l'Usam, et Daniela Schneeberger, PLR et elle aussi du comité directeur de l'Usam.
La conférence de presse de ces représentants des PME était placée sous le thème: «Exigences concrètes visant à réduire les coûts réglementaires dans le droit du travail». Ces exigences sont présentées, disent-ils, en raison d'un droit du travail qu'ils considèrent comme désuet, datant des années 50 et 60, et qu'ils estiment devoir moderniser au vu de la numérisation de l'économie et de l'évolution des conditions de vie. L'Usam a d'ores et déjà prévu un catalogue de modifications de la Loi sur le travail et de ses ordonnances*. Signe qu'elle entend agir vite.

Entreprises industrielles et durée du travail en ligne de mire
Que demande donc la faîtière des PME? D'abord la «suppression pure et simple de la réglementation concernant les "entreprises industrielles".» Une réglementation qui vise principalement à protéger les travailleurs dans des sociétés où leur vie ou leur santé sont exposées à des dangers particuliers... Ensuite, l'Usam liste toute une série de propositions visant à la flexibilisation du travail, avec comme mesures phares le passage de la durée maximale de la semaine de travail de 45 à 50 heures, et l'annualisation du temps de travail. Ce qui évacuerait notamment les indemnités prévues pour le travail supplémentaire. Parmi les autres mesures exigées: l'assouplissement des périodes de repos en ayant la possibilité, deux fois par semaine et non plus une, de baisser cette période à 8h (actuellement 11h); l'assouplissement du régime des pauses et la remise en cause du droit pour un travailleur d'avoir congé un jour après six jours de travail; et enfin, «l'élargissement de la notion de "petite entreprise artisanale".» Cette disposition permet aujourd'hui de dispenser ces entreprises comptant jusqu'à 4 salariés de l'autorisation obligatoire pour le travail de nuit et du dimanche. L'Usam demande qu'une société soit dorénavant considérée comme «petite entreprise artisanale» si elle emploie jusqu'à 10 personnes.
Pour sa part, rappelant qu'en 2018 la Convention collective du secteur principal de la construction (CN) devra être renouvelée, le président de la SSE, Gian-Luca Lardi a dit aspirer à une «CN moderne», et à une loi sur le travail flexible dans laquelle se fonderait le partenariat social. Et de revendiquer l'annualisation du temps de travail comme «bonne réponse aux défis qui s'annoncent».

Syndicats fâchés
A l'annonce de cette offensive contre le droit du travail, droit ayant pour but de protéger la santé et l'intégrité des travailleurs, l'Union syndicale suisse (USS) et Unia ont vivement protesté. «Unia rejette clairement la proposition de la semaine de 50 heures, la réduction des périodes de repos, la flexibilisation du règlement sur les pauses et l'attaque frontale contre les entreprises industrielles», relève le syndicat dans un communiqué, rappelant que «la Suisse est le pays d'Europe où les horaires de travail sont les plus longs. Le stress et une charge de travail élevée sont déjà une réalité aujourd'hui pour de nombreux salariés. Les conséquences des mesures unilatérales proposées, qui ne servent que l'employeur, se traduiraient par une grave détérioration des conditions de travail et une réduction de la protection de la santé.» Unia exige au contraire le renforcement des mesures de protection pour qu'elles soient adaptées aux formes de travail actuelles. L'USS quant à elle annonce qu'elle «combattra la loi de la jungle sur le lieu de travail», et cela «avec tous les moyens à sa disposition». L'USS ajoute que les propositions de l'Usam sont «complètement à contre-courant» et empêchent toute avancée vers une meilleure conciliation entre vie privée et professionnelle.

Sylviane Herranz

*Voir sous www.sgv-usam.ch

 

 

Edition n° 46/47 du 15 novembre 2017