Unia met un chantier sous scellés syndicaux
Le syndicat a bloqué le chantier de la Nouvelle Comédie en ville de Genève

50% de travailleurs temporaires sur un chantier public de la ville de Genève, c'en est trop pour Unia! Le syndicat a décidé d'employer les grands moyens et de fermer le chantier afin de forcer les autorités et l'entreprise, Maulini SA à trouver une solution pour limiter le travail temporaire à 10%. Par ailleurs, une médiation entre les partenaires sociaux de la construction genevoise va bientôt démarrer.

Le 30 novembre au petit matin, Unia s'est rendu à la Nouvelle Comédie à Genève et a soudé les deux portails permettant l'accès au chantier. Les travailleurs n'ont pas pu entrer sur leur lieu de travail. En fin de journée, le chantier était toujours bloqué. Pour qu'il rouvre, Unia exige la limitation immédiate à 10% du recours au travail temporaire sur les chantiers de la ville de Genève. Et pour cause, sur les 24 maçons à œuvrer à la construction du futur théâtre, 12 sont des travailleurs temporaires. «Quels que soient leur âge, leur expérience, leur qualification, ils se retrouvent tous tout en bas de l'échelle des salaires», souligne José Sebastiao, secrétaire syndical. «Nous exigeons que les travailleurs soient embauchés de manière fixe.» Le jour même, l'entreprise Maulini SA était convoquée par Rémy Pagani, le maire de Genève. Le syndicaliste prévient: «Tous les chantiers publics ou semi-publics qui embauchent plus de 10% de travailleurs temporaires vont connaître le même sort dans les semaines à venir.»

Fléau
Par cette action, Unia dénonce une pratique qui se répand comme une traînée de poudre. Après les récents cas du chantier des Vergers à Meyrin et de celui du chemin de l'Etang à Vernier, c'est au tour de la ville de Genève de se prêter au jeu. «Malheureusement, ces pratiques ne se circonscrivent plus aux entreprises peu recommandables ou débarquées de nulle part sur de petits chantiers privés, relève Yves Mugny, responsable du bâtiment à Unia Genève. Elles s'affichent au grand jour, sur les plus grands chantiers du canton, et sont mises en œuvre par les entreprises de la place. Avec ses 200 travailleurs et son siècle d'existence à Genève, Maulini SA est un acteur important du marché local. Qu'il s'autorise à engager la moitié de son personnel en temporaire sur un de ses plus gros chantiers du moment, cela n'a rien d'anodin.»
Pour rappel, les travailleurs temporaires dans le secteur de la construction sont exposés à une grande précarité, notamment le risque de perdre leurs droits à la retraite anticipée, de voir leur poste supprimé du jour au lendemain, et en cas d'intempéries, de ne pas être indemnisés.

Prendre ses responsabilités
Pour Unia, si les entreprises s'autorisent autant d'abus, c'est qu'«elles peuvent compter sur le soutien» de la Société suisse des entrepreneurs, leur faîtière patronale. «En effet, la SSE vient encore de refuser la demande votée le 19 octobre 2017 par 400 maçons genevois de limiter à 10% le recours au travail temporaire sur les chantiers genevois, déplore Yves Mugny. Pire, les employeurs ont même refusé aux syndicats genevois leur demande d'ouvrir des négociations sur ce point.» Et le syndicaliste de rappeler que le Conseil municipal genevois avait pourtant voté le 18 octobre une résolution demandant au Conseil administratif de «n'accorder des contrats, dans la passation des marchés publics, qu'aux entreprises et à leurs sous-traitants s'engageant à ne pas employer plus de 10% de leurs effectifs en contrat temporaire sur les chantiers». «Il est grand temps que les élus prennent leurs responsabilités et que cette résolution soit appliquée sur les chantiers municipaux, dont celui de la Nouvelle Comédie», appelle José Sebastiao. «Il est aussi urgent que les patrons prennent conscience du problème du travail temporaire.» A ce sujet, le syndicat a saisi la Chambre des relations collectives de travail pour tenter de trouver un accord avec les employeurs sur la limitation du travail temporaire. Les parties ont été convoquées prochainement. «Unia va épuiser tout moyen légal et pacifique avant de recourir aux mesures de lutte, si nécessaire.»

Manon Todesco

 

 

Edition n° 49 du 6 décembre 2017