Bras de fer pour des salaires impayés
Unia et trois ouvriers se sont rendus chez un employeur du second oeuvre à Vucherens pour exiger le versement des salaires

Jeudi passé, Unia a investi les bureaux de l'entreprise CE Construit Sàrl à Vucherens pour réclamer au patron le paiement des arriérés de salaire de trois ouvriers licenciés l'un en juin et les autres en septembre. Un long bras de fer s'est déroulé durant toute la journée. Sans qu'aucun accord n'ait été obtenu. Unia attend des nouvelles sur les reconnaissances de dettes soumises au patron. Et a découvert une ardoise de plusieurs milliers de francs de charges sociales...

Nouveau cas d'exploitation sur un chantier vaudois. Jeudi passé, trois travailleurs licenciés en juin et en septembre, n'ayant toujours pas touché leur dernier salaire, ni les soldes d'heures supplémentaires et leur part de 13e, se sont rendus chez leur employeur, soutenus par des syndicalistes d'Unia Vaud, pour réclamer le paiement de leur dû. Ces ouvriers du second œuvre étaient actifs sur un chantier de rénovation et de transformation d'un bâtiment à la rue des Tisserands à Moudon. Selon Unia, plus le chantier progressait, plus la situation des travailleurs devenait incertaine. «Ils se sont tous fait virer sans ménagement», note le syndicat, qui dénonce le sort fait à ces «travailleurs jetables». Entre six et huit salariés étaient encore actifs fin juin. Trois mois plus tard, ils n'étaient plus que quatre. «Début octobre, il n'y avait plus qu'un travailleur et le chantier a été terminé par des sous-traitants. Aujourd'hui, l'entreprise continue de travailler avec des sous-traitants sur d'autres chantiers de la région», relève Francisco Machado, secrétaire syndical d'Unia.
Mandaté par les trois ouvriers lésés, le syndicat avait tenté de trouver une solution avec le patron de CE Construit Sàrl pour le règlement des arriérés qui s'élèvent au total à 23'363 francs net. Selon Unia, le patron s'était engagé à les payer en deux temps, mais ne s'est pas exécuté. Après une mise en demeure à la mi-novembre, restée sans effet, Unia et les travailleurs sont passés à l'action le 30 novembre.
Au petit matin, syndicalistes et ouvriers ont investi les bureaux de CE Construit Sàrl, à la route de Moudon à Vucherens dans la Broye vaudoise. «Nous avons tenté de négocier. En début de matinée, le patron était prêt à verser une partie. Il nous a dit avoir demandé un prêt de 15000 francs pour faire une avance à chaque ouvrier. Puis il s'est ravisé. Il a appelé un avocat qui lui aurait conseillé d'arrêter de discuter avec nous, et proposé que l'on parle dans son cabinet. Mais il n'a jamais voulu nous donner ses coordonnées», raconte Francisco Machado. «La seule chose qu'il a faite, c'est de nous embrouiller et d'appeler la police à son secours!»

Charges sociales à la trappe
Des plaintes auraient été déposées par l'employeur, et une dizaine de gendarmes sont restés à proximité du bureau du patron. En fin de journée, alors que la police s'apprêtait à déloger les syndicalistes et les ouvriers, tous ont quitté les lieux, laissant à l'employeur des reconnaissances de dettes qu'il devait soumettre à son avocat avant de les retourner à Unia. Lundi, à l'heure où nous écrivions ces lignes, aucune réponse n'était encore parvenue au syndicat.
Le lendemain de l'action, un syndicaliste et un ouvrier se sont rendus à l'Office des poursuites et faillites et ont découvert que le patron avait une ardoise de 183'000 francs de charges sociales non payées depuis le début de l'année. «C'est énorme! Et c'est pénal. Mais si l'entreprise fait faillite, ce qui risque bien d'arriver, c'est sur la collectivité que cela retombera», s'énerve Francisco Machado.

Sylviane Herranz

 

Edition n° 49 du 6 décembre 2017