L'horlogerie à l'heure du 4.0
Unia a organisé une journée d'échanges afin de cerner les enjeux pour l'emploi de la révolution numérique

Après la mécanisation, l'électrification et l'automatisation, une quatrième révolution industrielle est en cours. Qualifiée d'«industrie 4.0», cette évolution est marquée par la numérisation et la mise en réseau.

La révolution numérique frappe de plus en plus fort à la porte des manufactures et ateliers de la branche horlogère et microtechnique, raison pour laquelle Unia a organisé le 18 novembre dernier au Locle une journée d'échanges et de formation sur le thème «Horlogerie 4.0: quels enjeux pour l'emploi et la formation?» 85 personnes ont répondu présent à l'invitation et écouté des représentants des employeurs, du syndicat et des autorités, des chercheurs et des spécialistes de la formation professionnelle proposer des approches du phénomène. Alors, les nouvelles technologies représentent-elles un risque pour l'emploi? Peut-être pas en termes de volume de postes de travail, mais en parallèle à la création de nouvelles professions, caractérisées par un haut niveau de formation, il est à craindre que certains métiers ne disparaissent, comme l'a notamment relevé José Corpataux, chargé de mission au Service de l'emploi du canton de Neuchâtel et ancien économiste à l'Union syndicale suisse. Certaines marques ne cachent plus leurs robots et le plus grand groupe de la branche, Swatch, est à la pointe de la numérisation. Inaugurée au début du mois, sa nouvelle usine Omega de Bienne dispose d'un système de stockage entièrement automatisé où deux robots filent à 50km/h chercher des composants répartis dans 30000 boîtes. La vitesse de la révolution 4.0 implique pour les salariés une capacité d'apprentissage et d'adaptation tout le long de la carrière professionnelle, a souligné Cédric Bassin, directeur du Pôle de formation professionnelle. Sans quoi, le risque est grand d'une polarisation de la société, entre une poignée de salariés ultraqualifiés et une masse de travailleurs peu formés coincés entre emplois précaires et inactivité, comme l'a mis en évidence Christophe Degryse, chercheur à l'European Trade Union Institute de Bruxelles (institut syndical de recherches). La formation, d'une part, et la formation continue, d'autre part, s'avèrent donc cruciales et cette journée d'échanges a été l'occasion d'énoncer des revendications syndicales.

Droit à la formation et à la reconversion
«Il est primordial que les salariés puissent évoluer dans leurs métiers», explique Catherine Laubscher, secrétaire régionale d'Unia Neuchâtel. «Il faut ancrer dans la loi un droit à la formation continue et également ouvrir un droit à la reconversion professionnelle, en particulier dans le cadre de l'assurance chômage. De plus, les conventions collectives de travail (CCT) doivent ancrer le droit absolu à un perfectionnement professionnel qui soit organisé de telle manière à anticiper et préparer les changements des métiers, à l'instar de la toute nouvelle CCT de Coop qui a inscrit cette possibilité. Aujourd'hui, le perfectionnement professionnel dépend beaucoup trop souvent du bon vouloir des employeurs.»
La secrétaire régionale tire un bilan positif de la manifestation: «Les intervenants étaient de grande qualité et, ce qui fit aussi la richesse de la journée, provenaient d'horizons très divers. Il a été relevé par les participants que de telles opportunités sont rarissimes. Au niveau d'Unia, il est à noter que nous avons pu réunir un mélange de membres et de nombreux "cols blancs", tels des ingénieurs, que nous n'avons que peu souvent l'occasion d'intéresser par nos manifestations.»

Jérôme Béguin


 

Une autre numérisation est possible

Unia réclame une numérisation sociale au service de l'ensemble de la société
Unia a saisi l'occasion de la «Journée du digital» du 21 novembre dernier pour exprimer ses thèses syndicales en faveur d'une «numérisation sociale», «au service de l'ensemble de la société et pas seulement du capital». Le syndicat demande un large débat sur le phénomène en rappelant que les changements à l'œuvre touchent en premier lieu les salariés. Unia ne s'oppose pas à l'utilisation des nouvelles technologies, mais estime qu'il est toutefois nécessaire de créer un cadre législatif et conventionnel garantissant la sécurité de l'emploi et la sécurité sociale face aux précarisations de l'«uberisation», ainsi que la protection de la vie privée et du temps libre à l'ère de l'accessibilité permanente. Le syndicat revendique aussi un partage de l'augmentation de la productivité, sous la forme d'augmentations de salaire ou de réduction du temps de travail. Enfin, Unia exige que les travailleurs bénéficient d'un droit à la formation et à la reconversion leur permettant de suivre les évolutions technologiques.

«Passerelle professionnelle 4.0»
Le perfectionnement professionnel en cours de carrière apparaît vital pour nombre de métiers des secteurs tertiaire et industriel. Pour pallier les déqualifications, la branche MEM (industrie des machines, des équipements électriques et des métaux) d'Unia vient d'ailleurs d'élaborer un projet intitulé «Passerelle professionnelle 4.0». L'idée est de fonder une structure de formation gérée par les partenaires sociaux et financée par des cotisations paritaires et des fonds des assurances sociales. «Nous voulons en discuter lors des négociations pour le renouvellement de la convention collective de travail qui s'ouvriront en début d'année prochaine», explique Manuel Wyss, responsable de la branche MEM d'Unia. «L'émancipation des individus par la formation a toujours été une revendication majeure du syndicat.»
JB

Thèses syndicales et vidéos consultables sur www.unia.ch

 

 

Edition n° 49 du 6 décembre 2017