Pleinement conscient
Après 17 ans en Inde Fabrice Dini a retrouvé son Valais natal

Après 17 ans en Inde, Fabrice Dini a retrouvé son Valais natal. Formateur, il intervient dans les entreprises et les écoles pour diminuer le stress

La cohérence. C'est la première impression qui émane, avec force, de Fabrice Dini. Calme et souriant, il nous a fixé rendez-vous dans le restaurant biologique Nouvelle Terre à Martigny, ville où il donne des cours hebdomadaires de «pleine conscience». Le reste de la semaine, on peut le trouver dans l'Espace Satyavan à Sion, à la Haute école pédagogique (HEP) du Valais, ou encore dans d'autres institutions romandes, voire des entreprises, où il enseigne la réduction du stress basée sur la pleine conscience (mindfulness-base stress reduction - MBSR). Soit une forme de yoga intégré dans le quotidien. «Le stress et la souffrance sont très présents chez les enseignants. Or il est prouvé, scientifiquement, que cet état stresse les enfants au niveau neurologique, qui sont ainsi freinés dans leur apprentissage. Heureusement de plus en plus d'enseignants cherchent des solutions... Et elles existent. De nombreux outils permettent de créer un climat de bienveillance et ainsi favoriser l'apprentissage et la connaissance.»
L'auteur de l'ouvrage «Une éducation intégrale pour grandir en s'épanouissant» a également cocréé l'association EducaTerre, une école pour les jeunes enfants basée sur l'apprentissage en nature.
Entre ses multiples activités, ses conférences et ses formations, Fabrice Dini réussit-il à appliquer ce qu'il enseigne, sans stress? «Je dois faire attention», sourit-il. «Je prends du temps pour me ressourcer seul, dans la nature. Ce matin, j'ai marché et couru dans la neige. J'ai croisé des chamois, c'était magnifique!»
Les yeux pétillants, il revient sur son parcours atypique qui prend sa source à Charrat, à côté de Martigny. «C'est une chance de naître dans un petit village. C'était comme une grande famille.» L'école, par contre, ne lui correspondait pas.
Très jeune, entre autres questions existentielles, il aspire à comprendre ce qui transcende la mort. «J'ai cherché des réponses dans la religion, la philosophie, mais rien n'assouvissait ma soif», explique celui qui fera un apprentissage d'électricien, sans trouver l'illumination. Jusqu'au jour où l'un de ses amis lui conseille de partir en Inde...

La révélation
A 20 ans, après quatre mois de voyage, Fabrice Dini, métamorphosé, revient en Suisse, avant de repartir... Il vit à Bénarès au bord du Gange, apprend la musique classique indienne, l'anglais et l'hindi, vit pieds nus, découvre le yoga et les ashrams himalayens. «Bénarès est l'endroit le plus puissant que je connaisse. Je jouais des tablas 6 à 8 heures par jour, je faisais du yoga. J'avais une telle liberté, c'était extraordinaire. Tout cela m'a transformé en profondeur.»
Il se souvient des cérémonies quotidiennes, de scènes surréalistes - comme ce crocodile qui avait affolé le quartier -, de la chaleur qui brûle la peau, de l'eau boueuse de la mousson, de ses bains dans le Gange. «Quand on parle hindi et qu'on vit la mousson, les gens nous traitent comme l'un des leurs. La fraternité est exceptionnelle. Tout le monde a toujours le temps de discuter, boire un thé, et t'inviter à la maison.»
C'est sa découverte des écrits du yogi Sri Aurobindo qui l'amène à quitter le nord de l'Inde, pour Pondichéry, au sud. «C'était une révélation. Dans ses livres, j'avais enfin toutes les réponses à mes questions», souligne celui qui se dit pourtant critique de nature. En 2000, il s'installe à Auroville, cette communauté internationale née du rêve de la Mère, compagne spirituelle de Sri Aurobindo.
Fabice Dini y restera dix ans, durant lesquels, entre autres projets, il cocrée une école. «Il y a des maths et de l'anglais pour tous les enfants. Pour le reste c'est plus organique, selon les besoins et les envies, et les apports de l'extérieur.» Tel, par exemple, ce voyageur européen qui était arrivé à vélo après avoir traversé toute l'Asie et avait donné aux élèves un cours de géographie appliquée. «Il n'y a pas d'idéologie, ni de programme détaillé. On suit les enfants dans leur propre développement, physique, émotionnel, mental... On les observe attentivement et on donne le coup de pouce quand il faut, car l'enfant a l'impulsion naturelle pour apprendre. On n'a pas besoin de lui expliquer qu'il faut marcher et comment marcher...»
Fort de son expérience, il entreprend ainsi d'écrire un livre sur l'éducation intégrale, qu'il finira en Suisse, à son retour au tournant de ce siècle. «Comme je suis parti, je suis revenu. Je sentais au fond de moi que c'était juste», relève celui qui tend à se libérer sur tous les plans.
Paradoxalement, c'est dans son Valais natal qu'il entend pour la première fois le terme «pleine conscience». Il se forme alors aux techniques du MBSR avec facilité. «En fait, cela faisait 20 ans que je les pratiquais», sourit-il. Et d'ajouter: «C'est un processus qui ne s'arrête jamais. Je continue d'apprendre chaque jour...»


Aline Andrey

«Une éducation intégrale pour grandir en s'épanouissant. Accompagner les enfants et les adolescents avec bienveillance et discernement», Fabrice Dini, préface de Matthieu Ricard, Editions Faim de siècle, 2016.

www.harmonieintegrale.ch

www.espacesatyavan.ch

 

Edition n° 49 du 6 décembre 2017