Migros double le supermarché paysan
Alors que le quartier des Vergers à Meyrin devait accueillir une coopérative alimentaire celle-ci s'est fait devancer

Bien que le Supermarché participatif paysan - La Fève se soit fait doubler, l'énorme soutien moral et financier qui a suivi devrait lui permettre de voir le jour, sans doute dans un autre local des Vergers. Les porteurs du projet sont encore plus motivés et convaincus de la nécessité d'une telle alternative.

L'énorme écoquartier de Meyrin à Genève a commencé à accueillir ses premiers habitants. A terme, en 2019, ce sont plus de 3000 personnes qui vivront dans ces 34 nouveaux immeubles. C'est au cœur de ce futur lieu de vie qu'une démarche citoyenne globale a rapidement vu le jour. L'idée? Assurer une filière alimentaire artisanale au sein même du quartier avec une ferme urbaine, une production maraîchère, des ateliers de transformation, une boucherie, une boulangerie, une laiterie et une conserverie artisanale. Et pour commercialiser le tout, un Supermarché participatif paysan (SPP), baptisé La Fève. La «pièce maîtresse» de tout un système. Le principe est simple: après avoir adhéré, le coopérateur accède à des produits locaux à des prix intéressants en échange d'un coup de main au supermarché. Un projet citoyen autour de la santé et de l'alimentation, mais aussi dont le but est de favoriser la mixité sociale, créer du lien entre les habitants, les consommateurs, les producteurs et les artisans.

Enthousiasme au rendez-vous
C'est sur cette base que La Fève convoite un local de 670 m2 appartenant à la coopérative des Ailes au sein de l'écoquartier. Le projet se construit, les autorités communales sont séduites, les appels de fonds sont lancés, la sauce prend, l'enthousiasme est au rendez-vous, et dans la dernière ligne droite, le SPP-La Fève se fait doubler par Migros. Et là, c'est la stupéfaction. «En septembre dernier, nous avions encore besoin de temps pour finaliser notre projet, explique Benoît Molineaux, membre du conseil administratif du SPP. La coopérative des Ailes nous a prévenus qu'ils devraient chercher quelqu'un d'autre si nous n'arrivions pas à réunir les fonds. Mais à ce moment-là nous restions prioritaires.» Alors qu'une nouvelle séance est prévue mi-décembre, les Ailes informent le SPP fin novembre qu'elle ne peut plus attendre et que le contrat a été signé avec Migros qui, elle, avait les garanties financières suffisantes. «Tout à coup, il n'y avait plus aucune discussion possible, la décision était prise, regrette Benoît Molineaux. Cette façon de faire nous a tous surpris.»

Pas perdu la guerre
Le SPP-La Fève lance alors une pétition, qui récolte rapidement plus de 2500 signatures. «Nous avons reçu énormément de soutien, notamment financier.» Alors que, fin novembre, la coopérative disposait de 400 000 francs, à mi-janvier, la cagnotte atteint le million. «Nous sommes plus motivés que jamais, et convaincus que ce projet va marcher. Face à la toute-puissance et à l'arrogance de Migros, cela vaut la peine de développer des alternatives citoyennes qui redonnent le choix aux consommateurs et la parole aux producteurs.» Le SPP-La Fève regrette l'attitude des Ailes. «Manifestement, cette coopérative obéit à une logique de marché. Evidemment que nous n'avons pas la même capacité financière que le groupe Migros, mais il faut justement sortir de ce modèle économique basé sur la concurrence et la division. Pour nous, il est hors de question d'abandonner, et le soutien des gens nous prouve que c'est important pour eux.» Déterminés, les membres du SPP sont en train d'étudier trois propositions pour s'implanter dans d'autres locaux de l'écoquartier. Maintenant que les fonds sont suffisants pour démarrer, il n'y a plus qu'à!Manon Todesco

Pour plus d'infos, ou pour devenir membre: https://spp-vergers.ch/

 

Concurrence à venir
Hasard ou pas, Migros implantera aux Vergers le premier «Voi» de Suisse romande. Mieux connus outre-Sarine, ces magasins proposent évidemment des produits Migros mais la cible reste les produits locaux et bio. Par ailleurs, on y trouvera de l'alcool, du tabac et des journaux. Le supermarché paysan et les autres commerces, qui tenaient à une diversité des enseignes et des activités devront donc composer avec cette concurrence dont ils se seraient bien passés...
MT

 

Edition n° 7/8 du 14 février 2018