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Le monde conjugé au féminin
Ecrivaine et enseignante Elisabeth Thorens-Gaud rédige des carnets de voyage

Ecrivaine et enseignante, Elisabeth Thorens-Gaud rédige des carnets de voyage avec, pour fil rouge, des destins de femmes. Dernier en rayon, la Suisse...

Un amour inconditionnel pour les voyages et les rencontres, une passion pour l'écriture, et l'envie de mettre en lumière le parcours de femmes: voilà les principaux ingrédients à l'origine des carnets de voyage réalisés par Elisabeth Thorens-Gaud. Une démarche, initiée avec son amie Carin Salerno - avec qui elle cosigne le premier de la série sur la Tanzanie -, qui vise ainsi à valoriser la manière dont les femmes appréhendent le monde. A faire entendre leur voix. A les sortir de l'ombre. Dernière parution en date: le guide consacré à l'Helvétie* que l'on découvre à travers le regard et le parcours d'habitantes provenant des quatre coins du pays. Des protagonistes sélectionnées dans différents milieux socioprofessionnels qui se distinguent toutes par des expériences de vie positives. Un dénominateur commun important aux yeux de l'auteure, désireuse d'offrir à travers son ouvrage, richement illustré, «une part de rêve». Mais les Suissesses voient-elles vraiment le monde autrement que leurs homologues masculins? «Oui, leur vision, leur manière de s'exprimer sont différentes. Elles ouvrent davantage leur cœur. Font confiance à leur intuition. Privilégient l'humain», affirme Elisabeth Thorens, non sans dénoncer au passage «un sexisme invisible, ordinaire». Et souligner les difficultés qu'elles rencontrent pour concilier vie familiale et professionnelle. Du vécu, l'écrivaine et enseignante de culture générale à mi-temps à l'Eracom et à l'Ecole technique et des métiers à Lausanne (ETML), mariée et mère de deux grands enfants, ayant aussi été confrontée à ces questions.

Séjour stimulant
«Dans tous les cas, l'important, c'est d'assumer ses choix», relève-t-elle, tout en nuançant sa pensée: «Du moins, quand on en a. J'ai conscience d'être privilégiée. Et d'avoir reçu une bonne éducation.» Une instruction qu'elle a peaufinée à Boston (USA) où la licenciée en lettres a suivi son époux, chercheur. «Nous y avons vécu de 1986 à 1991. Nos enfants sont nés là-bas. Mère au foyer, sans permis de travail, j'ai alors décidé de reprendre des études de management et d'administration à Harvard.» Et Elisabeth Thorens, 56 ans, de retenir surtout de ce séjour une compréhension de ce que signifie vivre dans un pays étranger et des efforts qu'il a fallu faire pour s'intégrer. «Une expérience très riche intellectuellement, stimulante.» Mais si elle apprécie alors certains aspects de cette Amérique, favorable aux audacieux, elle se trouve en revanche en porte-à-faux avec «son capitalisme à outrance» et entend élever ses enfants dans la culture et les valeurs européennes. De retour dans nos frontières, les Thorens-Gaud s'installent à Lausanne. Et c'est là que, hésitant entre le journalisme, la communication et l'enseignement, la jeune mère opte pour la dernière option, davantage compatible avec sa vie de famille. Reste que ses envies d'écriture continuent à la titiller, déjà bien présentes du temps de l'Université. Elle rédige d'ailleurs à cette époque des piges pour le Journal de Genève et Le Courrier et, plus tard, pour Le Temps. Un cap sera toutefois vraiment franchi en 2009, où elle prend un congé sabbatique pour écrire un livre.

Barrage à l'homophobie
Une période charnière sur le parcours de cette belle et sensible quinquagénaire, confrontée à la disparition tragique de sa sœur. Et aussi touchée par le coming out d'un proche et sa détresse. «J'ai été particulièrement révoltée par la réaction, en milieu scolaire, de jeunes vis-à-vis de l'homosexualité et ai décidé d'écrire un ouvrage sur le sujet.» Intitulé Adolescents homosexuels. Des préjugés à l'acceptation, son livre rencontre une large audience. Utilisé comme outil pédagogique, il ouvre la voie à un programme et différentes actions visant à prévenir et contrer l'homophobie dans les écoles vaudoises et genevoises. Un projet qui sera placé sous la responsabilité d'Elisabeth Thorens, attelée à cette tâche durant quatre ans. Avant de démissionner, suite à un burn-out et une charge émotionnelle trop lourde. C'est alors que naît l'idée de la collection des carnets de voyage. Et la possibilité, comme a toujours rêvé l'enseignante, de réaliser des reportages. «A 48 ans, les enfants hors du nid, j'ai enfin pu assouvir cette passion», note cette optimiste qui a trouvé là un créneau en phase avec sa nature indépendante et entrepreneuriale.

Rencontres tous azimuts
Heureuse bien que parfois déstabilisée par des questions existentielles, reconnaissante envers la vie qui, estime-t-elle, l'a gâtée, Elisabeth Thorens se ressource auprès des siens mais aussi dans la création de projets. Elle envisage d'ailleurs de mettre sur pied un atelier d'écriture avec ses apprentis de l'ETML qui devrait déboucher sur une publication diffusée à l'interne. L'équilibre et le bien-être de cette meneuse passent aussi par des virées dans la nature: marche, vélo, natation, peau de phoque... Autant d'activités qu'elle pratique avec plaisir.
Enfin, bien qu'ayant bourlingué aux quatre coins de la planète ou presque, Elisabeth Thorens confie adorer la Suisse. Les voyages restent toutefois autant d'occasions de rencontres et de frottements à d'autres cultures figurant au cœur des centres d'intérêt de cette souriante auteure, toujours partante pour vivre des moments d'échange et de partage. Ici et ailleurs. Et en faisant la part belle à des destins de femmes qui nourrissent sa plume.

Sonya Mermoud

* Le Monde des femmes - Suisse, 352 pages, disponible en librairie au prix de 32 francs ou sur le site www.womeninactionworldwide.org

 

 

Edition n° 28/29 du 12 juillet 2017

 
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