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Le glyphosate nouvel amiante
La documentariste Marie-Monique Robin sort un nouveau film accompagné d'un livre Le Roundup face à ses juges. A voir et à lire

A l'heure où l'Union européenne tergiverse sur la prolongation de l'autorisation de commercialiser le glyphosate, Marie-Monique Robin continue de dénoncer l'un des plus grands empoisonnements de notre siècle, celui des pesticides de Monsanto.

Il y a 10 ans déjà, Le Monde selon Monsanto révélait au grand public les agissements de la multinationale. Un film choc réalisé par Marie-Monique Robin, journaliste et réalisatrice, fille d'agriculteurs. Cette enquêtrice hors pair n'a depuis cessé d'enquêter sur l'agro-industrie, les OGM, les pesticides, et notamment le glyphosate, principe actif du Roundup, désherbant phare de Monsanto. Alors que ses effets dramatiques sur la santé des humains et des animaux, sur les végétaux et les sols, ont été révélés par nombre d'études scientifiques et de témoignages, l'Union européenne tergiverse encore sur une prolongation de son autorisation qui échoit le 15 décembre prochain. Le 9 novembre, la Commission européenne n'a, une nouvelle fois, pas réussi à s'accorder sur la durée de la prolongation, reportant à la fin du mois la convocation d'un comité d'appel. De son côté, en Suisse, le Conseil fédéral n'a toujours pas rendu le rapport demandé par le Conseil national en 2016 sur les risques du glyphosate.
En plein débat, le film Le Roundup face à ses juges*, et le livre du même nom qui l'accompagne, de Marie-Monique Robin tombe à point nommé. Diffusé à la mi-octobre sur Arte, ce documentaire revient sur le déroulement du Tribunal Monsanto, dont la réalisatrice a été la marraine. Et sur les effets dévastateurs du glyphosate. Comme elle le rappelle dans son documentaire, aussi pédagogique qu'alarmant, le glyphosate est un cancérogène, un perturbateur endocrinien, un antibiotique et un chélateur de métaux (il retient les métaux présents dans le sol) générant des maladies rénales, congénitales, chroniques... Sournoisement, des traces du produit se retrouvent partout, jusque dans nos corps. Entretien avec Marie-Monique Robin, figure de proue de la lutte contre Monsanto, et pour une agriculture respectueuse du vivant.


QUESTIONS/REPONSES

En 10 ans, qu'est-ce qui a changé?
Je dirais qu'il y a une prise de conscience d'une minorité grandissante qui, face à l'empoisonnement collectif auquel nous sommes soumis, réclame de savoir ce qu'elle a dans son assiette. Cela prend du temps. Les Monsanto Papers ont révélé ce que je racontais déjà dans Le Monde selon Monsanto en 2008. On sait depuis longtemps que cette multinationale publie de fausses études, et paie des scientifiques pour qu'ils les signent. Les PCB, l'Agent orange, le Lasso, l'Aspartame... Autant de scandales. Même dans ses propres études pour l'homologation du glyphosate, l'effet cancérigène et tératogène de la molécule du glyphosate est dénoncé. Qu'attend-on encore pour dire «stop»?

Comment expliquer que le Roundup soit encore en vente, malgré les conclusions du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) qui classe le glyphosate comme un cancérigène probable?
Des résidus de glyphosate se trouvent en chacun de nous. Or on a beaucoup de mal à sortir du domaine agricole pour en faire un débat de santé publique. Des agriculteurs disent que c'est biodégradable, mais ils utilisent des combinaisons et des masques pour le répandre sur leurs champs... C'est triste. La FNSEA (la Fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, ndlr) estime que les agriculteurs ne peuvent pas s'en passer et qu'il n'y a aucun lien entre pesticides et cancers. Or le lymphome, l'une des maladies générées par le glyphosate, est considéré en France comme maladie professionnelle...
La EFSA (l'autorité européenne de sécurité des aliments, ndlr), aussi, dit qu'il n'y a pas de problème. Or des centaines d'études indépendantes et des milliers de témoignages prouvent le contraire. Comment les citoyens peuvent-ils faire encore confiance aux institutions européennes?

Votre film sur le Tribunal Monsanto donne la parole à de nombreuses victimes du glyphosate...
Oui, cet événement inouï nous a permis de rassembler des victimes et des spécialistes du monde entier devant des juges internationaux. Entendre leur parole a été extrêmement touchant. C'est ce qui fait la force de ce procès citoyen. Car, trop souvent, il y a une déshumanisation du problème.

Et pourtant l'Union européenne s'apprête à prolonger l'autorisation du glyphosate?
Elle doit prendre une décision d'ici au 15 décembre... Mais la prolongation de trois à cinq ans semble acquise. Ce qui est scandaleux! Je crains qu'on soit en train de laisser du temps aux industries pour trouver une autre molécule, avant que le glyphosate finisse par être interdit, au même titre que l'amiante. Les autorités américaines ont interdit le 2,4,5-T - l'un des composants de l'Agent orange - au moment où le glyphosate a été découvert, et d'abord utilisé pour détartrer les chaudières!
Or il est urgent de sortir de cette logique agro-industrielle liée aux OGM! Car tout le soja transgénique américain imbibé de glyphosate importé est la source de contamination des animaux que les Européens mangent. Et pourtant - comme je le montre dans mon documentaire Les moissons du futur - des agriculteurs, sans produits chimiques, s'en sortent très bien. Le glyphosate est un emblème d'un système duquel nous devons sortir... Et pour ce faire, une volonté politique est nécessaire.

Qu'adviendra-t-il des procès en cours contre Monsanto si la multinationale fusionne avec le géant de la pharma Bayer**?
Si Monsanto a accepté cette absorption, c'est certainement pour échapper aux procès. Aux Etats-Unis, ils sont 3500 agriculteurs à porter plainte. En France, Sabine Grataloup aussi. Son fils de 10 ans a subi depuis sa naissance 50 opérations (elle a utilisé du Roundup dans les premières semaines de sa grossesse, ndlr). D'autres plaintes se préparent partout dans le monde. Il est essentiel qu'une clause lors du rachat souligne que Bayer doit endosser la responsabilité des actions en cours. Pour ne pas répéter ce qui s'est passé suite à la catastrophe de Bhopal en Inde.

Propos recueillis par Aline Andrey

* A voir sur www.arte.com jusqu'au 16 décembre.
«Le Roundup face à ses juges», éditions La Découverte/Arte Editions (2017).
Plus d'informations: www.mariemoniquerobin.com

** La semaine dernière, l'autorité de la concurrence de la Commission européenne a annoncé repousser sa décision sur le rachat de Monsanto par Bayer au 5 mars 2018.


Ecocide

Le Forum civique européen vient de sortir «Ecocide, les multinationales inculpées. Tribunal international Monsanto, La Haye 2016». Sa marraine, Marie-Monique Robin y dénonce «l'un des plus grands scandales sanitaire et environnemental de l'histoire moderne, d'une magnitude bien supérieure à celui de l'amiante, car le glyphosate est partout: dans l'eau, l'air, la pluie, les sols et les aliments».
En préface de cet ouvrage, l'ancien conseiller aux Etats tessinois, Dick Marty, souligne la position de faiblesse des gouvernements face aux multinationales, dont la dimension financière surpasse la majorité des Etats. «La société Monsanto est un exemple parfait de la puissance démesurée, de l'arrogance que peut assumer une entreprise, de son emprise sur la politique et les Etats ainsi que de sa capacité à conditionner le consommateur et l'opinion publique.» Face à ce mastodonte, la pression de la société civile est essentielle. Le Bâlois René Lehnherr, initiateur et cheville ouvrière du Tribunal Monsanto, l'a bien compris. Cet événement citoyen, hautement symbolique, a permis de rassembler des juges et des avocats professionnels de renom, et des victimes: des Américains porteurs de lymphome non hodgkinien (l'un des cancers les plus fréquents); des Sri-lankais atteints de maladies rénales dont l'espérance de vie ne dépasse pas quelques années - Une hécatombe qui a poussé le gouvernement à interdire le glyphosate en 2014 -; des parents d'enfants français et argentins nés avec de graves problèmes congénitaux. Des éleveurs ont également témoigné des maladies touchant leurs animaux: des porcelets déformés, des veaux mort-nés. Et des agriculteurs, de la prolifération de maladies sur leurs plantes... Pourtant, Monsanto, avec l'appui de ses adeptes, continue d'affirmer qu'OGM et pesticides sont la seule voie pour nourrir la planète et réfute toutes les critiques. Au point d'affirmer, sur son site internet, que le sel ou le café sont plus nocifs que le glyphosate... Le tribunal, lui, a conclu que si le crime d'écocide existait en droit international, plusieurs activités de Monsanto pourraient relever de cette infraction.
AA

«Ecocide, les multinationales inculpées», brochure sur le Tribunal international Monsanto, La Haye, 2016, par le Forum civique européen. A commander sur www.forumcivique.org



En Suisse, toujours pas d'interdiction

Des traces de glyphosate se retrouvent partout. Et les Suisses ne sont pas épargnés, malgré l'encadrement de l'utilisation du pesticide. Interdit à la vente pour l'usage privé, les agriculteurs l'utilisent toutefois pour se débarrasser des mauvaises herbes avant de semer leurs cultures, ainsi que des communes et les CFF... Certaines villes, par contre, l'interdisent, comme le montre l'enquête menée en automne 2015 par des bénévoles de Greenpeace des cantons de Vaud et de Genève*. Un symbole: Morges où se trouve le siège européen de Monsanto n'utilise pas de glyphosate, et tend à bannir tous les pesticides. Même situation à Genève. Alors que Lausanne n'utilise déjà plus du tout de pesticides.
AA

*www.ma-commune-zero-pesticide.ch/carte/



Monsanto dans le viseur

La Librairie, à Morges, organise en collaboration avec Les Verts vaudois une conférence-discussion avec Mathieu Asselin, photographe et auteur du livre «Monsanto: une enquête photographique». L'événement aura lieu le jeudi 16 novembre à 18h à La librairie (rue des Fossés 21).

 

Edition n° 46/47 du 15 novembre 2017

 
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