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Nous demandons du respect
Des employés d'ISS au Cern se sont mis en grève le 4 avril pour exiger l'ouverture d'un dialogue

Inquiétudes quant à l'avenir de leurs emplois, pression accrue au travail, salaires qui stagnent, non-respect des usages et licenciement d'un travailleur âgé: la coupe est pleine pour les personnes chargées de la logistique au Cern. Malgré plusieurs sollicitations d'Unia pour rencontrer la direction d'ISS, celle-ci reste muette. Pour les employés, l'heure est venue de passer à l'action.

Le soleil se lève tout juste. Ce matin du 4 avril, environ deux tiers des employés de la multinationale ISS Facility Services sont restés aux portes du Cern à Meyrin. Soutenus par Unia, ces employés polyvalents chargés de la logistique sur le site ont débrayé toute la journée pour dénoncer le refus de leur employeur d'ouvrir des discussions au sujet de leurs conditions de travail. En réalité, le malaise ne date pas d'aujourd'hui. La quinzaine d'employés en grève évoque une pression qui s'est accrue ces derniers temps mais aussi une incertitude grandissante quant à la pérennité de leur emploi. «Depuis des années à Genève, les organisations internationales et les entités publiques comme l'aéroport externalisent une série de services, explique Umberto Bandiera, responsable romand du transport et de la logistique d'Unia. Les mandats de transport, logistique, cuisine ou encore de nettoyage sont soumis à la concurrence des grandes multinationales à travers des appels d'offres. Les récentes pertes de mandats d'ISS inquiètent les travailleurs actifs sur le site du Cern.»

Revendications
Le licenciement du collègue Jérôme* (lire ci-dessous) est la goutte d'eau qui fait déborder le vase. Le personnel entre en contact avec le syndicat. Unia remarque rapidement que, pourtant signataire des Usages genevois pour la branche du transport et de la logistique, ISS n'est pas claire dans leur application. «Nous avons organisé plusieurs assemblées du personnel et établi un cahier de revendications, souligne Umberto Bandiera. Dans un premier temps, nous demandons que les usages soient appliqués quand ce n'est pas le cas. Ensuite, nous demandons plusieurs améliorations comme un 13e salaire complet dès la deuxième année de service, des indemnités de repas, pour l'entretien des habits de travail et une progression salariale selon l'ancienneté.» Le volet santé et sécurité au travail est aussi important pour ces magasiniers et ces techniciens qui sont amenés à transporter des matériaux dangereux. Partant, ils réclament une meilleure formation ainsi qu'une visite médicale par an aux frais de l'employeur. «Depuis 2016, il y a aussi des inquiétudes par rapport à la présence d'amiante dans les locaux du personnel, ajoute Umberto Bandiera. Face à l'absence de transparence à ce sujet, le syndicat a signalé les soupçons à la Suva qui devrait intervenir pour poser un diagnostic.»

Silence radio
Transmises à la direction romande d'ISS le 6 mars, accompagnées d'une proposition de rencontre, les revendications sont restées lettre morte. Face au mutisme de la direction, les employés ont décidé de se mettre en grève. Le syndicaliste se dit surpris par l'attitude de l'entreprise. «ISS a signé un accord international avec la fédération Uni Global Union dans lequel ils reconnaissent les droits syndicaux. Aujourd'hui, ces engagements ne sont pas respectés.»
Pour tenter de venir à bout du conflit, Unia a décidé le lendemain de la grève de saisir la Chambre des relations collectives de travail. Par ailleurs, le syndicat somme l'entreprise d'annuler le licenciement de Jérôme et de le réintégrer, sans quoi, le dossier sera transmis au service juridique d'Unia.

Manon Todesco

 

 

Témoignages

Didier*
«On ne se sent ni écouté ni respecté par l'entreprise. Dès qu'on exprime des doléances, ils nous répondent que la porte est ouverte et qu'on peut partir si on le souhaite. La direction nous a aussi informés qu'en 2021, si ISS conservait le mandat du Cern, rien ne changerait pour nous. Aujourd'hui, on se rend compte que nos droits sont bafoués et que nos emplois sont sur la sellette, et nous avons décidé de recourir à une action collective. Au quotidien, nous avons de plus en plus de responsabilités, les conditions de travail se péjorent mais les salaires ne bougent pas: cela fait sept ans que nous n'avons pas eu un centime d'augmentation alors que nous fournissons un travail professionnel et de qualité. Il faut rééquilibrer les choses. Nous sommes tous noyés dans un contrat de magasinier avec une même ligne salariale alors que certains ont des compétences de techniciens ou encore de gestion des produits dangereux. En faisant grève, nous souhaitons être entendus par ISS et qu'un dialogue soit enfin ouvert. ISS se targue d'être le champion du monde des bénéfices, mais nous, employés, n'en voyons pas la couleur.»

Jérôme*
«J'ai été licencié fin janvier après quinze ans de service au Cern dont onze chez ISS. Je n'ai rien vu venir, j'ai été convoqué un lundi à 16h15 et à 16h30 j'étais renvoyé, sans explications. Unia a insisté pour en obtenir: ISS a invoqué des raisons de comportement alors que je n'ai jamais eu de problème. Normalement, toutes les années nous avons un entretien individuel. En 2017, je n'ai pas été convoqué. Quant à la prime mensuelle de 200 francs pour bon travail et bon comportement, je n'ai jamais cessé de la toucher, je ne devais pas être un si mauvais élément que ça... L'an passé, j'ai demandé à changer de service à cause de mes maux de dos. Au lieu d'aménager mon poste, ils ont préféré me licencier. Et après, ils disent qu'ils prennent en compte le bien-être des employés, c'est du vent! On veut faire travailler les gens jusqu'à 65 ans mais à 59 ans on nous laisse de côté. Qui va vouloir de moi à mon âge? Je n'ai plus qu'à aller pointer au chômage...»

Stéphanie*
«En tant qu'assistante administrative et technique, cela fait six ans que je gagne 3600 francs bruts par mois alors que les nouveaux employés touchent beaucoup plus. C'est de la sous-enchère abusive. Cela fait des mois que je soulève le problème, en vain. Mes supérieurs sont incapables de me dicter un cahier des charges. Maintenant il est temps de passer à l'action pour que les choses changent enfin, c'est pourquoi je me suis greffée à cette lutte collective. Je demande que mon salaire soit reconnu à sa juste valeur et qu'on prenne en compte l'ancienneté dans son calcul.»

Propos recueillis par MT

*Prénoms d'emprunt

 

Edition n° 15 du 11 avril 2018

 
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