1er Mai combatif et polychrome

Cortèges, drapeaux, calicots et discours: journée de mobilisation en ce 1er Mai célébré aux quatre coins du pays. Une édition combative aux couleurs plurielles. Violet-mauve d’abord, la teinte illustrant les luttes des femmes. Avec, cette année encore, la question de l’égalité salariale qui occupe une large place dans nombre de manifestations. Et pour cause. Les travailleuses gagnent toujours 19,6% de moins que leurs homologues masculins. Une situation scandaleuse, en infraction totale avec la Constitution et la loi supposées garantir, depuis bientôt 40 ans, un traitement indifférencié pour un travail égal. Autant dire que les digues de la patience ont cédé depuis longtemps, emportées par la colère. Une colère d’autant plus justifiée que les salariées se trouvent non seulement pénalisées durant leur vie professionnelle mais aussi à l’heure de la retraite. Et sachant encore qu’elles assument généralement la majeure partie des tâches au foyer, la garde des enfants et s’occupent souvent de proches vieillissants. Une dernière contribution essentielle à la société sans que ce travail de care ne soit rémunéré. Ce 1er Mai permet ainsi de dénoncer encore et encore ces injustices. Et résonne comme une répétition générale de la Grève des femmes, le 14 juin, au cœur de plusieurs allocutions sur les discriminations conjuguées au féminin. Et ce n’est pas la matière qui manque. Entre inégalités des chances au travail mais aussi violence sexiste, conjugale, harcèlement, etc. Alors que des voix patronales osent s’élever pour qualifier le débrayage annoncé d’illicite. On croit rêver...

Couleur emblématique de lutte, le rouge domine les défilés. Les revendications syndicales visent cette année des augmentations de salaire, cinq semaines de vacances pour tous et davantage de temps, de respect, d’équité, en particulier pour les femmes. Elles portent aussi sur des réductions plus conséquentes de primes maladie et de meilleures rentes. En trois mots, les manifestants exigent «plus pour vivre». Une requête légitime alors que les fins de mois s’avèrent toujours plus difficiles pour nombre de travailleurs. Que stress et pressions sur délais ne cessent de croître. Que le personnel féminin, souvent payé au rabais et contraint à des temps partiels, n’en finit plus de jongler avec toutes ses obligations...

Spectre de couleurs encore en ce 1er Mai symbolisé par la solidarité réaffirmée aujourd’hui entre tous les travailleurs, indépendamment de leur passeport. Et l’occasion pour les syndicats de rappeler leur position sur la nécessité de protéger les salaires, non les frontières.

Cette édition se pare aussi de vert. Avec, dans plusieurs localités, la présence de militants pour le climat. Une participation plus que fondée, l’économie étant appelée à opérer des changements radicaux pour que des lendemains restent possibles. Avec des moyens de production et la création d’emplois qui devront aussi s’inscrire dans une dynamique de reconversion écologique.

Inimaginable enfin d’évoquer la Fête du travail sans mentionner son caractère festif, entre animations musicales, repas en commun, projections de films... Rendez-vous incontournable des travailleurs – qui trouve son origine dans les combats menés à la fin du XIXe siècle de mouvements ouvriers pour limiter la journée à 8 heures de travail – ce 1er Mai est ainsi l’occasion de porter haut les couleurs de la cause féminine. De tous ceux qui triment sans juste compensation. De la fraternité et du partage. Sans oublier l’impératif environnemental. Un brin de muguet, aussi pour s’en faire l’illustration...