Aide aux salariés et à la population jugée insuffisante

Bâtiments Nespresso à Romont.
© Thierry Porchet

Unia Fribourg déplore que le plan de relance annoncé par le Conseil d’Etat profitera essentiellement aux entreprises. L’aide aux ménages les plus précarisés est aussi insuffisante, estime le syndicat.

Le plan de relance adopté par le Conseil d’Etat fribourgeois ne convainc pas Unia, le syndicat estimant qu’il sert surtout les entreprises

«Manque de vision et erreur stratégique sur le long terme»: voilà les mots employés par Armand Jaquier, secrétaire régional d’Unia Fribourg, pour qualifier le plan de relance adopté par le Conseil d’Etat et présenté le 7 septembre dernier. Si le syndicaliste estime qu’un bon nombre de points figurant dans ces dispositions sont nécessaires, il critique le fait qu’elles favorisent surtout les sociétés. «L’essentiel des mesures se traduisent par des aides directes et indirectes aux entreprises. Presque 50 millions de francs pour ces dernières et seulement 10% en faveur de la population et des salariés.» Plus concrètement, le représentant d’Unia déplore la maigre enveloppe prévue pour la formation continue. Cette dernière se répartit comme suit: 1,6 million de francs destinés à des bourses pour les reconversions professionnelles et les personnes de plus de 25 ans sans qualification, 170000 francs pour des conseils de carrière et 200000 francs en vue de la préparation à la recherche de places d’apprentissage. Cinq millions sont en revanche consacrés au financement des salaires des apprentis de 1re année.

Créer une culture de la formation continue

«Les montants alloués à la formation continue sont nettement insuffisants au regard des enjeux et des pertes d’emplois. En cette période d’incertitude, les salariés font face à d’énormes mutations, décuplées par les transformations technologiques comme la digitalisation. En n’accordant que des sommes dérisoires à ce poste, le Conseil d’Etat n’anticipe pas une évidence: seul un bagage solide permettra aux travailleurs de répondre à cette situation.» Dans ce contexte, Armand Jaquier estime capital d’offrir un soutien financier concret pour éviter les pertes de salaires des employés qui envisageraient d’étoffer et d’ajuster leurs connaissances. «Cette aide inciterait ces derniers à se lancer et leur permettrait d’affronter les changements avec quelques chances.» Pour le syndicaliste, la «culture de la formation continue manque cruellement». «Il faut la créer avec l’appui de la collectivité. Les travailleurs formés pourront s’adapter aux évolutions dans les entreprises qui en profiteront elles aussi et, s’ils se retrouvent au chômage, avoir la réactivité nécessaire pour considérer d’autres possibilités.»

Critères trop limitatifs

L’aide directe visant à soutenir la consommation des ménages les plus précarisés est aussi jugée insuffisante. Cette dernière porte sur l’octroi de bons, pour un montant de 4 millions de francs, pour les bénéficiaires des réductions de prime d’assurance maladie. «Les critères pour en profiter sont trop limitatifs. Beaucoup de personnes de la classe moyenne n’entreront pas dans cette catégorie, se trouvant juste au-dessus des plafonds fixés. Et cela alors qu’elles auront peut-être déjà perdu leur emploi ou traversé une longue période de chômage partiel, avec seulement 80% de leur rémunération.» Armand Jaquier rappelle au passage que le salaire médian fribourgeois est inférieur de 370 à 400 francs par rapport à celui national. «En ne consacrant que très peu de moyens au soutien direct à la population, le Conseil d’Etat ne lui apporte pas la confiance nécessaire pour se projeter dans l’avenir sereinement.»

Enfin, le responsable d’Unia est aussi sceptique sur la baisse d’impôts prévue dans le plan de relance: «Vraisemblablement une forme de tromperie. De ce que j’ai pu observer jusqu’ici, cette réduction n’aura d’effets significatifs que sur les plus fortunés et les personnes aux revenus les plus confortables.»