Amazonie: Parmelin n’y voit que du feu

Il y a une dizaine de jours, alors que les flammes ravageaient l’Amazonie, les représentants de l'Association européenne de libre-échange (AELE) et du Mercosur, le marché commun de quatre pays sud-américains, signaient un accord à Buenos Aires. Depuis le début des années 1990, en se servant de l’AELE comme d’une plateforme, la Suisse a déjà conclu 22 accords de libre-échange avec des pays en dehors de l’Union européenne. L’un des premiers à entrer en vigueur fut celui avec Israël, ce qui nous vaut encore aujourd’hui de trouver dans les rayons de Migros des patates issues de la colonisation de la Palestine. Ensuite, d’autres Etats pas plus recommandables se sont alliés à nous, tels que l’Arabie saoudite, l’Egypte, la Turquie ou la Chine, responsables de violations massives des droits humains et sociaux. A une époque pas très lointaine, mais qui s’éloigne déjà rapidement, on cherchait à nous faire croire que le développement du commerce mondial ferait progresser mécaniquement la démocratie et les droits de l’homme… On attend encore de voir le résultat!

Aujourd’hui que l’urgence climatique se précise, nos dirigeants ne vont pas jusqu’à prétendre que l’élimination des barrières douanières est bon pour l’environnement, mais, tout de même, ils veulent nous faire avaler que le nouvel accord prévoit, pour citer le communiqué du Département fédéral de l’économie, «un dialogue sur une filière agroalimentaire durable et contient des dispositions relatives à la protection du climat et à l’utilisation durable des ressources forestières»… Parmelin nous invite donc à faire confiance à un pyromane facho comme Bolsonaro! Macron, qui n’est pas connu pour être le plus écolo et gauchiste du monde, a pourtant prévenu: le président brésilien «ment» sur ses engagements environnementaux. Le conseiller fédéral UDC, lui, n’y voit que du feu, c’est le cas de le dire, et s’en moque car, selon lui, le deal est bon pour l’économie suisse. Entendez par là, d’après les éléments communiqués, pour les actionnaires des entreprises de l’industrie d’exportation et des pharmas, qui défendront mieux leurs brevets, ainsi que, dans une moindre mesure, les postes de travail de ces branches.

Les perdants se trouveront surtout dans le monde agricole. De l’autre côté de l’Atlantique, l’accord aura un impact certain sur les peuples autochtones victimes de la déforestation, ou encore les malades, qui devront payer plus cher leurs médicaments, ainsi que, bien sûr, l’environnement et les animaux. On peut très sérieusement poser la question de savoir si ce traité va dans le sens de l’intérêt général. On sait qu’il nous faut consommer moins de viande, arrêter de défricher les forêts, réduire les émissions dues aux transports maritime et aérien... Bref, cesser de faire des bêtises. Comme nous le disent les jeunes du mouvement de la grève climatique. Un référendum, qui nous éviterait de nous précipiter tête baissée et ouvrirait le débat, apparaît nécessaire.